Danse
« En son lieu », la fin du monde en slow hip hop de Christian Rizzo

« En son lieu », la fin du monde en slow hip hop de Christian Rizzo

19 mars 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« Cela fait 385 jours que je n’ai pas montré un spectacle » nous glisse Christian Rizzo après la première du superbe En son lieu, présenté à la presse et aux professionnels à l’occasion du Festival Séquence Danse au 104. Une pièce 100% Rizzo, avec un geste en plus. 

Les fondations

Christian Rizzo fonctionne par strates ; à chaque spectacle, on retrouve un pas qui est entré dans son panthéon personnel. Expliquons… Aux Carmes à Avignon, dans Soit le puits était profond, soit ils tombaient très lentement, car ils eurent le temps de regarder tout autour en 2011, nous découvrions un poirier oblique. Plus tard dans le tube d’Après une histoire vraie, il ajoutait les bras en seconde, c’est-à-dire en croix, les doigts ouverts tirés d’un arrêt sur image d’un mouvement de danse folklorique turque. Dans Une maison, chef d’œuvre total qui a clôt la saison de danse avant le premier confinement, il appuyait plus que jamais sur la disparition de la rondeur. Chez Rizzo, l’affaire est carrée. 

La filiation

Un autre élément cher à ce chorégraphe est la pratique du solo écrit pour un danseur. On se souvient bien sûr de Sakinan Göze Çöp Batar offert à l’une de ses muses, Kerem Gelebek, qui nous faisait passer du mutisme à la vie. En son lieu, son dernier spectacle qui sera donné à Montpellier Danse, cet été, semble être le pendant, presque le miroir de cette pièce. Nicolas Fayol est peut être cet adolescent qui a pris son envol en 2013. Il est un homme qui arrive sur scène avec une grosse veste et un gros bouquet de fleurs. Bien élevé le garçon ! Comme souvent sur le tapis blanc sont posés des objets, un peu comme dans les scénographies de Castellucci. Des cloches, un rocher, des tiges de métal hautes, une paire de bottes. Rizzo n’a jamais choisi dans ses pièces entre l’art plastique et la danse. Ici, particulièrement, il nous demande d’attendre et de regarder, d’observer. 

Solo pour tout un corps

La pièce va nous raconter une histoire au son de la techno réduite à un vrombissement doux de Cercueil. Il s’agit d’un dépouillement, d’un retour bestial à la nature. Dans cette quête animale, Nicolas Fayol cherche sa route, les bras pliés, le visage zyeutant le sol. Il est attiré par la terre, pas par le ciel. Sa danse s’appuie sur les genoux, dans des gestes iconiques du break dance. Le bassin monte, une jambe est jetée en arrière avant de croiser les bras et l’autre jambe sur son chemin. Il s’emmêle, se démêle, et comme ça, il avance. Les pivots se font, forcement, sur trois appuis, cela lui donne l’allure d’un chien blessé, et dans les lumières holographiques de Caty Olive son corps devient un objet cassé. Il n’en est rien, il sait retrouver la vitesse, sortir de la brume et suivre son chemin, vers lui-même, loin de la civilisation. 

Cela fait un an, avec deux mois d’exception, que le public non professionnel n’a plus accès aux spectacles. Dans l’écriture de Rizzo cela sonne comme un appel de la forêt, mais les arbres sont en métal, et les volcans en feu. Le ciel est vert. Il faut aller voir ailleurs, dans un prochain spectacle sûrement !

Visuel : © Sequence Danse

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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