Classique
Chaignaud survole la Philharmonie au Festival d’Automne

Chaignaud survole la Philharmonie au Festival d’Automne

27 septembre 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est la rencontre de deux mondes qui a lieu ce weekend : celui de la musique classique et de la performance. Neuwirth, Ravel, réunis par Dominique Brun pour une autre histoire du XXe siècle.

Nous n’avons pas l’habitude de vous parler des spectacles par le menu, mais la structure classique de cette soirée qui porte le nom de ses auteurs nécessite d’en passer par là pour comprendre un peu mieux ce qu’il se passe.

Donc. Cette soirée Dominique Brun, Olga Neuwirth, Maurice Ravel, sous titrée « Bolero / Nijinska » est une progression en vue d’un feu d’artifice. Dominique Brun est une chorégraphe archiviste.

Souvenez- vous, elle avait remonté le Sacre du printemps dans sa version de 1913. Ici elle s’associe une nouvelle fois à l’Orchestre Les siècles, cet orchestre qui joue les œuvres avec les instruments correspondants à leurs périodes pour partir à la recherche des origines de la modernité.

Disloquer.

Les œuvres montrées n’ont aucun sens chronologique et résonnent entre elles par intervalles, exactement comme les notes d’Olga Neuwirth qui ouvrent la soirée.

C’est un événement majeur car c’est la première fois que Clinamen/Nodus écrit entre 1999 et 2000 est entendue à Paris.

Cette œuvre est la définition du chaos. Écrite à l’orée d’un nouveau siècle, elle est la définition de la fin d’un monde – et l’entendre au lendemain d’un attentat, ce 26 septembre, n’est pas sans écho. Les timbales sont reines dans ce pas de deux avec des cordes dissonantes.

À la direction, le célèbre François Xavier Roth, d’ailleurs artiste associé de la Philharmonie de Paris, joue de tout son corps pour arrêter net, de façon mécanique, le récit en train de se faire.

Il y a des sourdines puis des élévations, des angoisses livrées par les tambours. C’est hallucinant à voir et à entendre. Ne cherchez pas le confort et le joli, il est resté coincé dans une autre époque.

 

Alors pourquoi commencer de façon si pointue et si ardue pour finir avec le tube qu’est le Bolero ?

La réponse est simple : le Bolero est emprunt de la même folie que Cliclamen/Nodus

Deux thèmes, 16 mesures, et c’est tout. Juste, comme tout le monde le connaît on perd parfois de vue que cet anti virtuosité en fait justement un acte virtuose.

Et entre, comme une parenthèse, nous trouvons deux compositions de Ravel, la Rhapsodie espagnole, plus facile à appréhender  dans ses moments de légèreté et La valse, pièce sombre à la beauté époustouflante dans l’apparition du hautbois, sorte de parodie viennoise où les boucles des cordes se répètent jusqu’à un débordement volontaire.

Mais alors quel rapport avec la danse ?

Et bien un fil conducteur : Bronislava Nijinska, sœur de Nijinski qui a beaucoup chorégraphié pour les ballets russes et notamment le Bolero, dont nous n’avons pas de traces. Dans son travail d’historienne, Dominique Brun est en quête de cette chorégraphe dont le nom a été effacé par celui du frère.

Dominique Brun fait parler les faits au sujet de la non postérité de Nijinska « C’est vrai, et pourtant les chiffres parlent d’eux mêmes : Bronislava a signé plus de soixante-dix chorégraphies, son frère seulement quatre. »

Elle nous place avant tout dans ses influences et son époque, et dans ces dissonances qui sont devenues la signature de la modernité.

Et qui de mieux que François Chaignaud pour incarner la pensée et l’écriture de cette femme ? Lui qui choisit à sa convenance d’être un homme ou une femme, à la scène comme à la ville. 

Les siècles entament en do majeur LE Boléro, pulsés par l’obstination du tambour. François apparaît torse nu, vêtu d’une immense mais immense jupe à volants multicolores. Le costume est de Romain Brau. Il a les cheveux lâchés, toujours aussi longs et bouclés. Bref , c’est une apparition. Imaginez, il est au dessus de l’orchestre, surélevé à l’étage où se trouvaient les batteries et les percussions de Neuwirth.

Chaignaud devient une  héroïne flamenco. Les doigts de pieds et de mains sont ultra étendus et se crispent. Le corps se déploient dans des ouvertures d’épaules folles.  Il devient un membre de l’orchestre et rappelle dans ses pas que la danse n’est pas un silence.

C’est juste spectaculaire de voir la binarité de Chaignaud, présente dans tous ses spectacles se déployer là; comme un oiseau qui survolerait l’orchestre.

Le buto n’est pas loin pour celui dansera avec Akaji Maro dans quelques jours. Il cherche le grotesque dans le visage, la légèreté dans les pirouettes.  La partition n’est donc pas celle de Nijinska, c’est une inspiration qui convoque une autre icone, La Argentina, danseuse espagnole des années 20 qui a elle dansé le Bolero en 1928…

 

Il reste de la place sur place, allez-y ! Dernière et deuxième, aujourd’hui dimanche à 16h30.

 

Visuel : ©ABN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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