Danse
François Chaignaud et Geoffroy Jourdain tentent de faire danser le chant au Festival d’Avignon

François Chaignaud et Geoffroy Jourdain tentent de faire danser le chant au Festival d’Avignon

22 juillet 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Pour la première fois, le chorégraphe s’associe au directeur des Cris de Paris pour tenter une fusion des corps et de la musique.

François Chaignaud travaille depuis longtemps la relation corps et musique. Avec Sous l’ombrelle (s’avive l’éclat de nos yeux) en 2011 déjà, il chantait de l’opérette et c’était flamboyant. Chaignaud, c’est un corps particulier qui déborde de technique et de grâce. Il maîtrise les codes classiques et contemporains. C’est simple, la danse et les idées de Chaignaud font avancer la notion même de spectacle.

Nous n’étions pas surpris de voir son nom associé aux Cris de Paris. Pour ce chorégraphe, qui est également universitaire, l’histoire de la danse et l’histoire de la musique doivent être mises en scène dans une perspective de regard contemporain.

Nous voilà donc plongés dans le noir quand surgit la première image à la beauté époustouflante. Telle une farandole ininterrompue, les dix-sept interprètes arrivent tous vêtus des costumes futuristes de Romain Brau. Les lignes sont excessives et molletonnées. C’est superbe.

Les dix-sept sont soit chanteurs soit danseurs. Toute l’idée de ce spectacle est de les fusionner. Les chanteurs chantent et dansent et les danseurs dansent et chantent. Malheureusement, leurs partitions sont mises à égalité, ce qui crée un nivellement par le bas de la proposition. Elle devient belle, très agréable à regarder et à écouter, mais elle ne dépasse pas ce cadre de divertissement. Les chants sont polyphoniques, datent du Moyen Âge comme de la période contemporaine et témoignent d’une permanence dans le temps de ces tonalités chargées de beauté.

Ce qui provoque ce hiatus, c’est l’écriture de la danse. Les rondes comme les sauts ressemblent à ceux du Sacre du printemps que Dominique Brun a réactivé en 2014 et qui est entré au répertoire de l’Opéra de Paris cette saison. François Chaignaud a lui-même dansé un Boléro en l’ancrant dans une énergie espagnole, qui tient du chef-d’œuvre. Cette danse du début du XXe siècle demande de la puissance et de la précision. Il n’y a pas de drame, tous et toutes s’exécutent mais avec moins de poigne que s’ ils et si elles avaient tous et toutes été danseurs et danseuses.

Ce qui manque à t u m u l u s, on commence à le comprendre, c’est le corps de François Chaignaud. Pourtant, ce n’est pas la première fois que le danseur prodige s’efface derrière le chorégraphe. Cette saison toujours, il a eu l’occasion de penser une pièce pour le Ballet de Marseille, et le résultat était bestial. Contrairement à t u m u l u s, son absence au plateau n’était pas palpable. Chaignaud a tellement malaxé les esthétiques du début du XXe siècle que ce sont les souvenirs de ses gestes qui planent sur le monticule.

Peut-être que t u m u l u s aurait pu se déployer en plein air, dans un espace moins contraignant que la FabricA. Là où les voix grégoriennes auraient pu, elles aussi, se déployer pour devenir mystiques et enivrantes, et ne pas se contenter d’être élégantes.

t u m u l u s, François Chaignaud et Geoffroy Jourdain, 2022 © Christophe Raynaud de Lage

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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