Danse
Du temps où ma mère racontait, le deuil impossible d’Ali Chahrour

Du temps où ma mère racontait, le deuil impossible d’Ali Chahrour

22 juillet 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le chorégraphe libanais Ali Chahrour continue son exploration du deuil chez les mères libanaises avec sa nouvelle création qui a malheureusement souffert, lors de la première, hier dans La Cour Minérale, de lourds problèmes techniques.

Ali Chahrour est un chorégraphe libanais qui est obsédé par la mort. Elle traverse son beau et jeune travail. En 2017, Fatmeh interrogeait la place du corps féminin dans la société libanaise envahie par la guerre. Leila se meurt mettait en scène une pleureuse professionnelle. Avec May He Rise, il sortait de sa trilogie en injectant des hommes dans le rituel. Vu dans ce contexte de création, Du temps où ma mère racontait se place dans la totale continuité de ses obessions.

Nous voici face une nouvelle fois à l’histoire de Fatmeh. Nous en découvrons un autre pan, horrible. Son fils Hassan a disparu en Syrie en 2013. La pièce rend hommage à sa quête jusqu’à la mort pour tenter de le retrouver, sans succès. L’apport majeur de la pièce est double.

Le premier se tient dans la danse d’Ali Chahrour que nous voyons en mouvement pour la première fois. Il prend dans son bassin la partition chorégraphique des femmes arabes. Il dissocie et fait trembler chaque muscle de son corps. Les courbes qu’il trace de son dos sont des volutes qui s’ancrent dans des gestes millénaires. Plus tard, il dansera à genoux dans une partition qui se concentre sur ses épaules et qui tient du génie. Le second apport est dans la musique. La pièce est presque un concert, et vous le savez désormais si vous suivez nos articles à Avignon, le festival est dominé par la présence de musique live.

Des problèmes de son immenses ont malheureusement augmenté à outrance la voix déjà puissante de Hala Omran. Il en va de même pour la mandoline et le daf de Two of The Dragon. Le groupe est composé de Ali Hout et Abed Kobeissy et il livre, malgré les couacs de sonorisation, une leçon de musique orientale classique pimpée à la sauce rock et jazz. C’est fulgurant.

Malheureusement, le reste de la proposition ne fonctionne pas. Normalement, les pièces d’Ali Chahrour sont des exutoires, elles « fonctionnent » en convoquant tous les disparus que vous voudrez. Dans Du temps où ma mère racontait, on ne ne décolle pas de l’histoire de cette famille. Le récit est intime, personnel ( au plateau, une mère danse avec son fils, revenu de Syrie), il devrait être universel. Il ne l’est pas. Nous nous retrouvons avec la sensation désagréable d’être de trop, de déranger une famille dans son travail de deuil. Nous avons rendu visite, il est temps de les laisser se relâcher, retrouver la vie. Ce moment existe dans la pièce lors d’une fête. On y voit la mère, âgée au corps lourd et son fils danser l’un avec l’autre comme il le ferait dans un mariage au son de la musique qui s’emballe.

Dommage.

 

Du temps où ma mère racontait, Ali Chahrour, 2022 © Candy Welz

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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