Danse
Schumann et Ravel, la Ménagerie de Verre plus inaccoutumée que jamais !

Schumann et Ravel, la Ménagerie de Verre plus inaccoutumée que jamais !

02 décembre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Les Inaccoutumés battent leur plein à la Ménagerie de Verre, ce haut lieu de la danse et de la performance ouvert en 1983 par Marie-Thérèse Allier, toujours aux commandes de ce parking devenu salle de spectacle. Et hier soir, le cube blanc a pris des allures vintage en nous servant RSRB + Nijinska / Un Boléro de Dominique Brun et François Chaignaud.

Donc, ce double programme avec entracte (on a dit vintage !) se compose de deux temps. Le premier est une performance de la plus historienne des chorégraphes, Dominique Brun. RSRB nous apporte les mots de Roland Barthes dans Rasch.  Ce texte est un éloge de l’intermezzo, c’est-à-dire « ce qui interrompt est à son tour interrompu ». Les mots du philosophe nous sont lus avec désinvolture par le musicien et chorégraphe Roméo Agid. Il est là en présence flottante pour laisser le piano faire. Oui, le piano, un grand et beau piano à queue, là, dans le off. « Finalement, ça sonne bien », nous dira après, étonné, Jérôme Granjon, qui partage le clavier avec Sandrine Le Grand. Il faut dire que cet iconique studio de danse n’est pas un lieu où la musique classique s’écoute tous les jours.

Tous les deux vont incarner cette idée  : « Au commencement de la musique était le corps. » Les pianistes vont donc jouer les brûlantes notes de l’Opus 16 composé pour Clara Wieck en 1838. L’idée est de faire entendre le mouvement de la musique. Marie Orts traduit les notes en danse. L’écriture de Schumann est romantique à souhait, entendez le mot dans son contexte du premier XIXe siècle, rien de mielleux. La performance est délicieuse, décalée au plus au point, totalement libre et contrainte à la fois. 

Entracte donc, pour retrouver ce qui est désormais un tube, le Boléro très espagnol de François Chaignaud. 

La première fois que nous avons découvert ce spectacle, c’était en 2020 à la Philharmonie. François Chaignaud dansait litteralement au-dessus de l’orchestre des siècles.  Ce qui intéresse Dominique Brun c’est de retrouver la danse du XVIIIe née en Espagne derrière les célébrissimes 16 mesures, et de la remettre dans un pas féminin. C’est Ida Rubinstein qui a commandé à Ravel la musique et à Nijinska la chorégraphie.  Dans son travail d’historienne, Dominique Brun est en quête de cette chorégraphe dont le nom a été effacé par celui du frère, Nijinski. Nous avions revu ce Boléro à Chaillot où cette fois en suite des Noces, Chaignaud apparaissait plus près, sur le proscenium. Mais à la Ménagerie, ce boléro est plus puissant que jamais. Nous retrouvons notre duo de pianistes, le piano est sur le côté, un plateau a été ajouté. Sandrine Le Grand et Jérôme Granjon se lancent dans le tube, et François, lui, passe devant eux, toujours torse nu, vêtu de l’immense jupe à volants multicolores faite par Romain Brau. Il a les cheveux lâchés, toujours aussi longs et bouclés. Et là, nous voyons les détails. Le visage est blanc, comme au butô, les faux ongles sont vert d’eau, et les doigts tremblent, comme dans une possession. Chaignaud devient une héroïne flamenco. Il crispe et détend, s’amuse et nous toise. Le corps se déploie dans des ouvertures d’épaules et de bassin folles.  

Vue à un mètre de soi, la danse pleine d’autres corps de François nous apparaît encore plus possédée que celle de La Argentina, danseuse espagnole des années 1920 qui a, elle, dansé le Boléro en 1928. Les pieds frappent, sont le tambour absent ici, et les bras s’ouvrent si loin.

Une soirée donc de toute beauté  qui se tenait en même temps que l’intronisation de Dominique Brun à l’Opéra de Paris. On ne s’attendait pas à trouver du patrimoine à la Ménagerie, et pourtant ! Décidément, les Inaccoutumés ne nous décevront jamais !

Le festival se déroule jusqu’au 11 décembre.

Rsrb + Nijinska/Un Boléro le 2 décembre. Latifa Laâbissi et Antonia Baehr pour Consul et Messie les 3 et 4, Benjamin Karim Bertrand les 7 et 8 et César Vayssié du 9 au 11.

Visuel: FRANÇOIS CHAIGNAUD & DOMINIQUE BRUN © J.Enrietti fom Library of Congress

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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