Théâtre
Le Nid de Cendres, l’odyssée brillante de Simon Falguières

Le Nid de Cendres, l’odyssée brillante de Simon Falguières

16 juillet 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Commençons par une devinette. Quel est le lien entre François Hollande, William Shakespeare et Dalida ? Réponse : la fresque haletante de treize heures du génial Simon Falguières qui ose tout. Entre histoires à tiroirs et esthétiques multiples, Le Nid de Cendres garde une structure folle. Génial.

 

« Nous sommes tous des histoires »

Donc. Contexte ! Un incendie immense dévaste un massif forestier tout près d’Avignon, faisant pleuvoir de la cendre sur la ville. Aujourd’hui, il reste des particules au sol, quand Le Nid de Cendres commence, à 11 heures du matin. Il y est justement question d’une cité qui brûle et qui cherche à détruire les puissants et les cols blancs. La pièce débute par une espèce de fuite à Varennes où les « élites » disparaissent en forêt. Dans ces chocs entre fiction et réalité commencés hier avec le spectacle Anima, nous montons d’un cran !

Au plateau, ils sont une armée. Citons les tous et toutes ici :

John Arnold, Clémence Bertho, Layla Boudjenah, Antonin Chalon, Mathilde Charbonneaux, Camille Constantin Da Silva, Frédéric Dockès, Élise Douyère, Anne Duverneuil, Charlie Fabert, Simon Falguières, Charly Fournier, Victoire Goupil, Pia Lagrange, Lorenzo Lefebvre, Charlaine Nezan, Stanislas Perrin, Manon Rey et Mathias Zakhar.

« Le royaume des contes et notre terre dévastée »

Le fil conducteur de cette saga, à dévorer d’une traite sans voir le temps passer, est double. C’est l’histoire d’une pomme coupée en deux, symbolisant deux mondes : le royaume des contes d’un côté et notre terre dévastée de l’autre. Tout l’enjeu est de savoir comment réconcilier ces deux univers. Comment mettre de la fiction dans notre quotidien, si vous préférez. Pour répondre à cette problématique, la scénographie s’offre à vue. Essentiellement, ce sont de grands panneaux qui se retournent, comme dans les pièces d’Olivier Py. Ces panneaux deviennent un théâtre dans le théâtre, une ville, un royaume, un bateau, l’enfer… Ils sont sur roulettes et sont manipulés par la troupe. Tous et toutes jouent avec une générosité proche de l’énergie du Nouveau Théâtre Populaire, une énergie qui fait également référence aux grands amoureux des textes : Nordey, Py, Mnouchkine… Simon Falguières (aussi bon comédien que metteur en scène) ne cherche pas à cacher ces citations, toutes assumées. Alors oui, une servante est toujours allumée comme dans les pièces de Py, on se maquille à vue comme au Théâtre du Soleil, on chante en robe lamée derrière un micro comme chez Pommerat.

« Prenons le risque d’exister »

Cette odyssée en est vraiment une. Les histoires entremêlent des récits où des enfants sont mis au monde dans des situations toujours rocambolesques et hilarantes. Une princesse féministe se retrouve à prendre la mer pour retrouver les dépouilles de ses frères (oui, Sophocle est là aussi !). Pendant ces treize heures, on fait de la politique et on pactise avec le diable, on boit du thé et on se crève les yeux. Il y a des mises en abyme à profusion qui permettent, de façon habile, de toujours tirer les deux fils du spectacle en même temps. Cela permet aux comédien.ne.s de déployer des jeux pluriels. Ils et elles campent plusieurs personnages, à différentes époques. Cela demande d’entrer dans le jeu la tête la première. Tous et toutes sont incroyables. La pièce dure treize heures, entractes compris. Cela veut dire que les comédien.ne.s sont au plateau pendant neuf heures et demie. La durée nous donne la sensation d’être partis très loin, nous aussi à la recherche d’une princesse dans une tour ! Comme dans d’autres pièces qui éprouvent la durée comme Les Éphémères, La Servante ou les différents Souliers de satin, les spectateurs deviennent aussi importants que les acteurs et actrices. Il faut faire alliance pour que l’attention tienne tout du long.

« Loin du volcan »

Sur le fond et la forme, Le Nid de Cendres nous écarte du centre-ville, du monde. Dans la pièce, les seuls qui sont à l’abri des émeutes sont les membres d’une troupe en errance. La liberté est dans le mouvement. La dictature est rigide. L’ensemble nous entraîne loin car, dans la mise en scène et la direction des acteurs et actrices, le mouvement justement est omniprésent. Le quatrième mur est aboli à plusieurs reprises par des prologues et rappels des épisodes précédents qui s’amusent de la durée. La progression des intrigues est parfaite jusqu’à la dernière image, lumineuse, douce qui offre une déclaration d’amour inouïe au théâtre.

Le Nid de Cendres, Simon Falguières, 2022 © Simon Gosselin

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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