Classique

Les Siècles et François-Xavier Roth à la Philarmonie: une leçon de finesse sur fond de Kandinsky

Les Siècles et François-Xavier Roth à la Philarmonie: une leçon de finesse sur fond de Kandinsky

04 décembre 2019 | PAR Lise Lefebvre

Dans un  programme consacré aux œuvres de Ravel et à sa transcription des Tableaux d’une exposition, François-Xavier Roth a dirigé l’orchestre « les Siècles » avec une légèreté bienvenue. 

Cette soirée centrée sur Ravel ne fut pas comme les autres mais l’occasion, pour François-Xavier Roth et Les Siècles, d’explorer la poésie et les subtilités des partitions. En effet, le chef approche les œuvres de manière délicate, précise sans être stricte, très française dans sa mesure. Ainsi, Une barque sur l’océan ravit par ses chatoiements et ses frissons, lesquels se communiquent de la scène à la salle; la ligne mélodique, bien perceptible, déploie sa puissance quand il le faut. Cette lecture lumineuse écarte l’idée d’un Ravel un peu trop joli. La Rhapsodie espagnole fait ensuite merveille, notamment dans ses tuilages ; avec un souci constant d’alléger, François-Xavier Roth met en valeur la diminution festive et joyeuse de la page. Shéhérazade a conclu la première partie, avec la voix d’Isabelle Druet (soprano). Sur des poèmes de Tristan Klingsor, où des échos de Baudelaire se font entendre, Ravel a tissé des mélodies qui dessinent un Orient fictif et fabuleux. Très expressive, la cantatrice a su entraîner la salle dans ce rêve esthétique, tout en maîtrisant les intervalles redoutables de la partition. 

« Nous pourrions jouer Ravel toute  la nuit »

La seconde partie était consacrée aux Tableaux d’une exposition de Moussorgski. L’orchestration de Ravel était ce soir-là présentée dans une version qui n’avait pas encore été jouée. Autre innovation de la soirée : la diffusion en fond de scène d’un film d’animation réalisé à partir d’esquisses de Kandinsky. Pourquoi ce peintre en particulier ? Parce qu’il avait un amour particulier pour cette œuvre ; il projeta même d’en faire un spectacle, avec ses peintures. 

On a retrouvé dans l’interprétation de François-Xavier Roth les mêmes qualités que dans la première partie. Subtilité, place laissée à la légèreté et à l’humour – ce qui fait du bien dans une musique capable d’une grande noirceur. Les différentes sections de l’orchestre se détachent avec un relief parfois saisissant. Bydlo a pris ainsi une grande ampleur, avant même qu’éclate le fortissimo. Quant au Ballet des poussins dans leur coque, il s’est fait entendre de manière contemporaine – et amusante à l’écran où trois boules jaunes se déplaçaient. Les spectateurs de la Philharmonie redevenaient des enfants. 

Et alors que retentit La grande porte de Kiev, avec ses cuivres majestueux et ses cloches, on a continué à entendre un orchestre très chantant. La musique touchait au grandiose, sans jamais être écrasante. Avant d’offrir, en bis, La Valse, le chef s’est adressé à la salle. « Nous pourrions jouer Ravel toute la nuit ». Et nous, les écouter encore et encore. 

Visuel: © Lise Lefebvre 

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