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Magnifique reprise de Pelléas et Mélisande au Théâtre des Champs Elysées

Magnifique reprise de Pelléas et Mélisande au Théâtre des Champs Elysées

12 octobre 2021 | PAR Gilles Charlassier

Le Théâtre des Champs-Élysées ouvre sa saison avec la reprise du Pelléas et Mélisande réglé par Eric Ruf qui avait été couronné par le Syndicat de la critique en 2017, sous la baguette de François-Xavier Roth, lequel fait ses débuts dans la fosse de l’avenue Montaigne avec son orchestre Les siècles.

L’unique opéra de Debussy, Pelléas et Mélisande, distille une singularité, à laquelle le texte de Maeterlinck n’est pas étranger. Dans sa production réglée pour le Théâtre des Champs-Élysées en 2017 – récompensée par un Prix du Syndicat de la critique cette même année –, et reprise en cette rentrée 2021, Eric Ruf a choisi de plonger le spectateur dans un poétique et évocateur camaïeu nocturne et aquatique, relayé par la sobriété des costumes dessinés par Christian Lacroix. Sous les lumières modulées par Bertrand Couderc, la scénographie décline des tableaux décantés. Le panneau anthracite prend tour à tour des allures de forteresses de grotte ou de mur de la tour de Mélisande – avec une petite lucarne éclairée par le mystère de l’intime qui torturera Golaud – tandis qu’un dais de filets de pêche suspendus comme un lampadaire renvoie à l’humidité de la fontaine et de tout le royaume d’Allemonde, froid et obscur, aux ombres miroitantes. Articulée autour des éléments, et de l’eau en particulier, la dramaturgie condense idéalement le symbolisme flottant de l’ouvrage, jalonné par un trio féminin aux allures de Parques. Songe et perceptions réelles se confondent dans une ambiguïté constante.

Confiée à François-Xavier Roth, à la tête de son orchestre Les siècles, la direction musicale répond à cette conception scénique où le beau et le sens dialoguent dans une intemporalité façonnée par une économie absolument théâtrale et contemporaine – sans les facilités de la vidéo. La lecture du chef français, qui avait abordé Pelléas pour la première fois il y a une vingtaine d’années, s’appuie sur les ressources des instruments d’époque pour mettre en valeur des couleurs un peu plus nerveuses et âpres que celles léguées par certaines habitudes. Le dynamisme de la ligne mélodique et la clarté dans l’éclairage de la mobilité harmonique soulignent avec une acuité inédite la vitalité et la modernité de la partition.

Aphone, Patricia Petibon est contrainte de mimer le rôle de Mélisande, chanté depuis le bord du plateau par Vannina Santoni. Si le timbre lyrique de la seconde affirme une sensualité plus franche que les accents évanescents que sait si bien exhaler la première, la vulnérabilité et l’ambivalence de l’héroïne de Maeterlinck affleurent au fil d’une évolution vocale glissant vers une certaine décantation au fil de la soirée. En Pelléas, Stanislas de Barbeyrac livre une incarnation délicate, d’une belle tendresse, au plus proche des inflexions des mots et du sentiment. Simon Keenlyside contraste avec un Golaud plus rustaud, investissant la déclamation avant la couleur vocale, dans une palpable tension expressive sur l’ensemble de la représentation. Lucile Richardot se révèle une Geneviève exceptionnelle, de présence comme de justesse dans sa tessiture de contralto qui évite de singer les matrones un peu fatiguées parfois distribuées dans le rôle. On retrouve la même plénitude de moyens dans l’Arkel de Jean Teitgen, à l’autorité paternelle bienveillante. Chloé Briot résume les élans juvéniles d’un Yniold jamais fade, tandis que Thibault de Damas assume avec efficacité les répliques du médecin. Les interventions chorales sont dévolues aux effectifs d’Unikanti, préparés par Gaël Darchen, et complètent les qualités évidentes d’une reprise remarquable d’un spectacle qui a justement fait date.

Pelléas et Mélisande, Debussy, mise en scène : Eric Ruf, Théâtre des Champs Elysées, du 9 au 15 octobre 2021

Visuels : © Vincent Pontet

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Gilles Charlassier

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