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Poésie dorienne à la Philharmonie : Les Siècles s’emparent de César Franck et de Mahler

Poésie dorienne à la Philharmonie : Les Siècles s’emparent de César Franck et de Mahler

06 mars 2018 | PAR Suzanne Lay-Canessa

Le 5 mars, la Philharmonie  proposait deux symphonies en ré, toutes deux composées en 1888 mais radicalement différentes, ont fait merveille sous la baguette de François-Xavier Roth et au timbre des instruments d’époque sélectionnés pour l’occasion. A quelques couacs près.y

Difficile de ne pas saluer la belle ambition à l’origine d’un tel programme : François-Xavier Roth et Les Siècles exploraient ce 5 mars des pages peu parcourues ailleurs : l’unique Symphonie de César Franck, dont le retour récent sur les scènes orchestrales a de quoi réjouir les mélomanes, et la célèbre « Titan » de Gustav Mahler, dans sa version de création devenue inédite, incluant le mouvement « Blumine », inspiré de l’œuvre de l’écrivain allemand Jean Paul et détaché de la version définitive de la symphonie. Le tout exécuté, comme d’usage, sur des instruments respectueux de l’époque et du lieu de composition – la fin du XIXème siècle, le cadre français puis germanique. Le résultat, à quelques impropriétés et dérèglements près, fut d’une expressivité et d’une organicité rare.

L’unique thème à l’origine des trois mouvements de la Symphonie en ré cite le célèbre motif « muss es sein ? », extrait du troisième mouvement de l’opus 135 de Beethoven. C’est dans cet héroïsme et cette vigueur que s’élève le Lento : du tressaillement des violoncelles au voile aérien tissé par les violons, en passant par l’ambre des vents, le son de harpe des pizzicati et le sautillement des flûtes, la délicatesse et la chair des timbres s’allient à une gestion itérative et imprévisible du temps. Entre langueur, théâtralité et pure poésie, l’ensemble se meut avec une robustesse admirable, sans jamais oublier de soigner avec minutie les subtilités des traits. Une vraie réussite.

A cette belle envolée succède, après l’entracte, une Titan lue à la lettre, des trompettes entendue hors champ aux échanges dialectiques entre coucous de clarinettes et cors timides. La richesse de la texture, et les échanges moins lisses qu’ailleurs entre pupitres et grains distincts, sont d’une sensualité rare. Peu importe alors que le temps, suspendu, semble par endroits alangui, ou que la richesse du foisonnement à l’œuvre n’apparaissent au cours d’un deuxième, puis d’un troisième mouvement pourtant pleins de souffle et d’une volupté entre Lied et Jazz, pas complètement maîtrisés. La ritournelle de « Bruder Jacob » et de son pendant klezmer font ensuite retentir les qualités des trompettes et des hautbois, avant de laisser émerger une belle harpe pianissimo, puis de laisser la noirceur et la discorde de la marche funèbre reprendre le dessus. Pour conclure sur un final séduisant dans ses ardeurs mais moins soutenu dans son lyrisme. Moins qu’une promesse manquée, cette incursion des Siècles vers Mahler laisse ouverte la possibilité d’une lecture bouleversante, en lieu de cette succession enthousiasmante de très belles idées. Il y a fort à parier que l’Orchestre, devenu artiste associé à la Philharmonie la saison prochaine, saura explorer cette voie.

Visuel : François-Xavier Roth © François Sechet

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Suzanne Lay-Canessa

Une réflexion sur « Poésie dorienne à la Philharmonie : Les Siècles s’emparent de César Franck et de Mahler »

Commentaire(s)

  • J’ai été encore plus enthousiasmé que vous par ce concert, c’était vivifiant !

    mars 9, 2018 at 21 h 04 min

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