Musique
Les Trans Musicales de Rennes : Béatrice Macé « le mot le plus important pour moi c’est rencontre »

Les Trans Musicales de Rennes : Béatrice Macé « le mot le plus important pour moi c’est rencontre »

04 décembre 2019 | PAR Amina Lahmar

Béatrice Macé s’engage au sein de l’association Terrapin, du même nom que la chanson de Sid Barret, dans les années 70. Elle fait la connaissance d’Hervé Dordier et de Jean-Louis Brossard. Deux ans plus tard, en juin 1979, les trois amis, tous bénévoles, lancent la première édition de ce qui deviendra les Rencontres Trans Musicales de Rennes. Au fil du temps, l’initiative locale prend de l’ampleur jusqu’à l’international. Aujourd’hui, les Trans Musicales fêtent leur 41ème édition, sous le signe de la découverte, qui a lieu du 4 au 8 décembre 2019.

Amina Lahmar : Vous rejoignez l’association Terrapin dans les années 70, amorce des Rencontres Trans Musicales de Rennes, aux côtés d’Hervé Dordier et de Jean-Louis Brossard. Dans quel contexte ont débuté les Rencontres Trans Musicales de Rennes ? Est-ce que les RTMR sont pour vous une aventure d’amitié ?

Béatrice Macé: Depuis le début c’est une aventure : rien n’a été prémédité. Les premières rencontres sont en juin, les secondes sont en décembre. Car à l’époque il n’y avait pas d’examen à l’université en ces périodes. Ce sont les publics qui sont venus nous voir. C’est une aventure qui s’est construit au fil des éditions. C’est une aventure humaine entre des amis. On a construit  le festival autour de notre amitié. Mon rapport aux Trans c’est la liberté de choix, car je n’ai pas poursuivi mes études après mon baccalauréat mais je me suis lancée pleinement dans ce projet. Il y avait très peu de concerts à Rennes. Le public ne connaissait pas la scène rennaise. Nous avons invité à monter sur scène des groupes de musique locaux que nous connaissions. A l’époque, nous étions des amateurs, et sur un temps long. En vérité, l’équipe s’est constituée uniquement en 1970. De mon côté, j’avais l’impression de pouvoir choisir ma vie, une question de parcours de vie. Nous avons toujours travaillé en direction collégiale, et c’est dans les années 90 qu’Hervé, Jean-Louis et moi sommes devenus salariés de notre propre projet. En parallèle, le nom du festival vient d’un album de musique expérimentale “Transmusical”. Le nom résonne peut-être comme une déclaration du projet. En réalité, le projet est dit dans le nom du festival. Le mot le plus important pour moi c’est « Rencontre ».

AL: En quoi Les Trans constituent un événement important pour la ville de Rennes ?

BM:  Quand nous nous sommes penchés sur la question, nous avons constaté que les Trans étaient devenues pour les Rennais un rendez-vous qui a très peu changé de cap. Nous avons toujours été intéressés par le fait de découvrir des groupes qui paraissent importants et qui paraissent s’inscrire dans l’histoire des arts avec une singularité et une touche artistique qui leur est propre. Si les Trans sont nées à Rennes, c’est parce qu’il y a un terreau particulier. Nous avons noué une relation avec la ville au sens des habitants et de son identité. Nous avons avons été connus au-delà de Rennes puis au delà des frontières de la France. Nous sommes nés dans cette ville, il y a une forme d’osmose entre le festival et la ville: on se ressemble. Ce n’est pas un gros festival. Il y a 60 000 personnes mais avec une envergure beaucoup plus forte. Les Trans c’est d’abord un nom, un projet et  à côté il y a une reconnaissance professionnelle et médiatique. 

AL : Les Trans sont-elles le plus grand festival de musique actuelle d’hiver ? A ce titre, combien de spectateurs sont attendus cette année ?

BM: Nous sommes un petit grand festival tout comme Rennes est une petite grande ville. Il ne faudrait pas que ce soit perçu comme une auto-proclamation. Ça reste un festival important. Pour moi il n’y a pas de concurrence avec d’autres festivals, nous sommes complémentaires. Concernant le nombre de spectateurs, comme la grève démarre le 5 décembre, je ne sais pas, je dois être honnête. La billetterie a débuté en juin, depuis que la conférence de presse est passée. En général on affiche complet, et les fréquentations sont connues la veille ou l’avant-veille.

AL : Le prisme est-il toujours axé sur la découverte ? 

BM : La découverte c’est vraiment anthologique. Nous nous sommes définis comme ça, nous sommes paramétrés comme ça. Nous partons du principe que la création musicale est infinie. Il y a des milliers de groupes, ils ont tous une manière de voir le monde, c’est tout une diversité. Les canaux de diffusion de la musique ne sont pas forcément honnêtes par rapport à la réalité. Les algorithmes restreignent notre choix. Et le marché qui est basé sur la vente et sur le plus grand nombre de vendre est orienté. C’est le marché qui prime aujourd’hui, auparavant c’était l’académisme. L’utopie première c’est la liberté. Être libre c’est avoir plusieurs choix. On va être quelque part une opportunité.

AL: Comment repérez-vous et sélectionnez-vous les groupes ? Lesquels êtes-vous très pressée d’entendre en live?

BM : C’est Jean-Louis Brossard, dans l’équipe, qui s’occupe de la sélection.  C’est un passionné. Il travaille en binôme avec Matthieu Gervais. D’ailleurs, ils travaillent déjà sur la programmation des prochaines Trans. Depuis 40 ans, je vois Jean-Louis sans cesse écouter de la musique. Ils se questionnent sûrement sur les musiques, notamment concernant la capacité à la programmer, la particularité d’un groupe, la différence artistique, ce qui fait le charme d’un artiste. En général, je n’ai pas la possibilité de faire beaucoup de concert pendant les Trans, par contre une fois j’ai fini mon travail, je passe de scène en scène et j’ai envie d’aller voir Acid Arab, Stats ou Mush. Difficile de choisir, mais j’ai apprécié également Tekemat et Stats, et j’ai beaucoup aimé Songo.

AL: Sur l’affiche graphique de Brendan Monroe, on voit le choix de ne pas y mettre des « têtes » ou des noms. Pourquoi? En parallèle, Etienne Daho est-il le parrain de cette édition?

BM: Il était un temps où on avait écrit les noms de groupes sur l’affiche. Depuis une vingtaine d’années ce n’est plus le cas. Nous voulons que les gens s’intéressent à tous les artistes et qu’ils ne se focalisent pas sur ce qu’il y avait sur l’affiche. On ne met aucun nom comme ça on ne les oriente pas. Tout est indiqué sur nos documents. Concernant Etienne Daho, nous avons toujours gardé contact. Il est passé aux premières Trans en tant que, dida, puis en tant que Etienne Daho junior. Étienne est présenté comme un autre artiste. On ne présente pas comme tête d’affiche. Ni lui ni nous ne le concevons comme ça. Il ne joue que 2 soirs. On a pas du tout travaillé la question. Nous recherchons une égalité entre les artistes. C’est au public qui va choisir. Une tête d’affiche pour nous est un artiste qui va remplir la salle rien qu’avec son nom. On préfère présenter les artistes de manière équitable.

AL: La saison Africa 2020 lancée par l’Institut français prochainement a-t-elle un lien avec les conférences et le focus sur la musique africaine ?

BM: Il y a toujours beaucoup de musique africaine. Nous avions organisé une édition qui s’appelait African Queen, avec 48 nationalités de musiciens, car Jean-Louis est très attiré par le continent africain. C’est la musique de naissance de nombreuses musiques qu’on écoute actuellement. C’est le berceau lointain. Le colonialisme a généré le départ de beaucoup d’Africains vers les colonies. Aux Etats-Unis par exemple, le blues est né dans les champs de coton. Nous vivons dans un monde très mondialisé où les musiques se propagent énormément. La richesse des musiques africaines est très importante.

AL: Que sont exactement les Trans à l’internationale en cette année 2019?

BM: C’est beaucoup moins que ce qu’on voudrait. Durant la décennie 2000-2010, nous sommes allés à l’étranger, comme en Norvège ou sur l’Île de la Réunion. L’argent n’a pas suivi et ces actions ont été arrêtées. On ne matérialise plus notre intérêt pour l’international en partant, mais on travaille beaucoup la dimension d’accueil. En revanche, lorsqu’on se rend l’étranger, on peut se confronter à la découverte de territoires différents et ça nous permet de confronter nos manières de faire. C’est là où on constate l’importance des publics, des codes culturels. L’ambassade de France en Chine nous a proposé des lieux : un stade, ou une salle de sport, mais nous nous sommes tournés vers les jardins car nous avions perçu leur importance. Toutes les catégories s’y rencontrent.

AL: Comment la ville de Rennes accompagne-t-elle le festival ? La réputation estudiantine et festive de la ville notamment avec Bars en Trans accompagne-t-elle le festival ?

BM:  La ville nous accompagne beaucoup, et ce sur trois plans différents : le versement d’une subvention, l’utilisation de locaux municipaux et la gestion de l’UBU, une salle de concert de 400 personnes qui a beaucoup modifié le pilier des Trans. Nous nous sommes retrouvés face au quotidien. L’accompagnement artistique a quelque part été entièrement  rénové. Bars en Trans sont nos voisins, ils sont le off du festival in des RTMR. Les deux qui sont désormais festival participent à cette activité de sortie où il y a principalement des étudiants.

Visuels : Rencontres TransMusicales de Rennes

 
 
 
 
 

 

 

 

 
 
Les Siècles et François-Xavier Roth à la Philarmonie: une leçon de finesse sur fond de Kandinsky
Agenda cinéma de la semaine du 4 décembre 2019
Amina Lahmar

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *