Pop / Rock

[Live report] Zombie Zombie, Thomas Azier, Klaxons et Jackson au festival Chorus

[Live report] Zombie Zombie, Thomas Azier, Klaxons et Jackson au festival Chorus

06 avril 2014 | PAR Bastien Stisi

World, rock, hip hop, et maintenant clairement électro pop : le festival Chorus prouvait hier soir encore l’éclectisme formidable de sa programmation, en donnant sur le parvis de la Défense l’égalité de parole entre humains et machines. 

Rayonnant et imposant une bonne partie de la journée, le Soleil doit se résoudre dans les environs de 20h à laisser sa place aux ténèbres les plus délétères, convoqués par le krautrock de l’espace émis par Cosmic Neman (à la batterie), par Étienne Jaumet (aux machines), et par leur horrifique projet Zombie Zombie. Parfois accompagnés par une panoplie de musiciens (ce fut par exemple le cas lors de leur introduction du concert de Poni Hoax au Café de la Danse), c’est en duo que se présentent ce soir les deux compères, introduits par une lumière vaporeuse, bientôt traceuse de segments blanchis et géométriquement confondus. Bonheur coupable en perspective.

Après une introduction particulièrement longiligne, ce sont les méchants vrombissements et les appels à l’hypnose de « Rocket Number 9 » qui s’exportent dans les tympans d’un public très vite semblable à une entité zombifiée, incapable de se défendre et d’émettre la moindre opposition au voyage galactique proposé par le binôme, qui scandera à tour de rôle les paroles du morceau mille fois répétées avec ou sans l’aide du vocoder : « Rocket number nine take off to the planet (to the planet), Venus ! 

Le morceau, rituel orgiaque ponctué par l’intervention au saxo d’Étienne Jaumet, paraît ne jamais devoir s’interrompre, et durera, si ce n’est une année-lumière, au moins le temps qui sépare la planète Vénus des recoins bleutés de la planète Terre, que l’on devra bien se résoudre à rejoindre afin d’atteindre le Magic Mirror, où est sur le point de se produire le très émergeant Néerlandais Thomas Azier.

Ici, plutôt qu’un voyage dans un futur fantasmé, c’est plutôt à un voyage dans un passé largement désuet que le public sera confronté avec la performance sans pareille de ce Hollandais basé à Berlin, récemment auteur de son premier et très diffusé album Hylas.

Sous le chapiteau, Thomas Azier fait le show, tout juste accompagné par un musicien aux machines et aux percussions, et par un enthousiasme habité d’emphase et de théâtralité. Avec son look d’idole eighty et ses tubes enfilés comme des perles d’un autre âge (« Red Eyes », « Angelen », « Ghostcity »…), le Néerlandais lève les bras, fait gigoter son corps tout entier, parcourt la scène de long en large, stimule et contente une foule rapidement bruyante et emportée par la fougue de ce créateur d’une pop complètement obsolète et paradoxalement très moderne, qui paraît avoir ingurgité (et bien digéré) un large aperçu de ce qu’ont pu créer les machines électroniques, de la house à la techno, de la synthpop à l’électro rock, de la new wave au dubstep.

Triomphe bruyant et magistral pour la superbe performance du garçon, crochet du côté de l’électro pop camée de Jabberwocky et de leur délicieux « Photomaton », et électrisation radicale des débats avec l’intervention sur scène des Londoniens de Klaxons, bien décidés à ne pas laisser souffler le public de plus en plus excité qui circule avec plein de sourires et de mouvements dans les gambettes dans les allées du festival. Aussi généreux sur scène qu’en studio, et malgré un problème technique finalement bien peu dommageable, le quatuor fera défiler durant une heure et avec un enthousiasme contagieux les morceaux issus de leurs deux premiers albums (Myths of the Near Future et Surfing The Void) et ceux issus du très synthétique et disco rock Love Frequency, prévu pour le 2 juin prochain.

Aussi fidèle à leur nomination qu’à leur réputation, les Klaxons, vecteurs d’un électro rock tapageur et vertigineux, manqueront de faire basculer la salle dans une hystérie collective totale avec l’interprétation enflammée de leur tube sucré et enivrant « There Is No Other Time », et ponctueront, après un bruyant rappel, leur set idéal par l’énonciation acclamée de « It’s Not Over Yet ».

Plus tard, c’est au tour de Jackson Fourgeaud, toujours entouré de son Computerband galactique, d’invoquer la folie et la rave de l’espace par le biais d’une électro trempée dans une poussière d’étoiles, de souffres, et de sensations ovniesques. En présentant au Chorus les compositions de Glow, son dernier album sorti après huit années de mutisme discographique, le commandant Jackson manie une multitude de machines qui donnent à la scène l’allure d’une navette spatiale, offrant à un public en lévitation absolue l’occasion d’abandonner toute idée de morale et de raison.

Électro rock insoumis (« G.I. Jane »), copinage avec les spectres de l’ailleurs (« Dead Living Things »), et surtout, invitation dans la résidence de Lucifer et de ses sbires diaboliques avec l’interprétation du saccageur « Pump », ode à des cavaliers de l’apocalypse débarqués sur Terre avec des montures soudainement devenues raveuses et électroniques : la sensation d’ivresse électronique est totale, et poursuivra les plus courageux membres du public jusqu’au dj set tardivement proposé par Guillaume Brière et Benjamin Lebea, créateurs avec The Shoes d’une électro pop énoncée par le rock exultant et l’électro euphorique.

Changement d’ambiance dès ce soir du côté de la Défense, avec les concerts à venir de Tamikrest, de Jungle By Night, et surtout, du faiseur de messe pop Mathieu Chedid. Le programme complet de ce dernier jour de festival est à retrouver par ici.

Visuels : © Jean-Luc Dolmaire

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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