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[Live report] Poni Hoax fête ses dix ans Café de la Danse

[Live report] Poni Hoax fête ses dix ans Café de la Danse

21 mars 2014 | PAR Bastien Stisi

Afin de célébrer ses dix années de carrière, l’emblématique Nicolas Nerr et sa cavalerie de Poni Hoax investissaient hier soir un Café de la Danse empli à ras-bord et parfaitement surexcité…

poni hoaxEt comme un anniversaire fêté seul n’est jamais bien amusant, le groupe parisien a convié à ses côtés un tas de ses plus prestigieux amis, dont les identités avaient d’ailleurs été cachées aux yeux de tous jusqu’au dernier moment. Nulle crainte cependant devant cette incertitude entourant le line up introductif : plutôt qu’un parent à l’humour un peu gras dont l’arrivée à un anniversaire familial provoquerait le malaise le plus total, ce sont successivement les talents plus conciliants de Viking, d’Alice Lewis, de Maestro et surtout des très acclamés Zombie Zombie et de leur exultant « Rocket Number 9 » («…take off to the planet, Venus ! ») qui défilent devant les yeux largement contentés du Café de la Danse. L’apéritif proposé est idéal, et donne une sacrée dalle musicale.

Le Café de la Danse resserre alors ses rangs, inonde une fosse au sein de laquelle il fait soudain bien chaud, accueille dans son enceinte quelques fans habillés par les insignes visuels d’un équipage dont l’arrivée sera annoncée par la projection sur le mur derrière la scène du fameux poney aux sanglots griffés. Très vite, ce sont au tour des Poni Hoax, accompagnés d’entrée par une Alice Lewis en charge des commodités vocales féminines, qui investissent l’espace et capturent l’attention d’un public déjà surexcité.

Les synthés moroderiens et le groove discoïde de « She’s on the Radio », immédiatement, annoncent la teneur d’un concert qui verra Nicolas Ker et son équipe mutée en jukebox habitée de ses propres compositions, livrant à son public un voyage complet, presque didactique, au coeur d’une discographie faite de trois albums et d’un max de perturbations. Dans la foule, certains décollent leurs pieds du sol et abandonnent toute idée de morale corporelle sérieuse. D’autres, moins démonstratifs, préfèrent le mouvement des épaules, des hanches, de la tête, du cerveau. Les conséquences sont les mêmes : visible ou invisible, la jouissance pénètre les esprits.

Les plages new wave et disco rock des deux premiers albums (l’éponyme Poni Hoax, le sacralisant Images of Sigrid) rencontrent alors les ingénieux paradoxes de A State Of War (textes à la profondeur mortuaire opposés à des mélodies proches de la légèreté pop) et ses digressions post-rock, et accumulent les titres faiseurs d’orgasmes ostentatoires (le disco-rock symphonique et nymphomane de « Budapest », la chevauchée furieuse de « L.A. Murder Motel », la new wave saccagée par les guitares alourdies de « Involutive Star »…)

Une batterie littéralement foudroyante (qui avait déjà accompagné le set des Zombie Zombie en première partie), des claviers travaillés à plusieurs mains, des guitares urgées, des mélodies chevauchées par la voie caverneuse, parfois enflammée, de Nicolas Ker : le show du quintet parisien semble ne jamais devoir trouver de repos, et atteint sans doute son paroxysme ultime dans l’interprétation affolante de conviction d’ « Antibodies », hymne égaré entre disco, rock, et pop de boudoir scandée par un public au bord de l’implosion sensorielle.

Un dernier titre défendu aux côtés de leurs friends au grand complet, et une acclamation à la mesure du set proposé : même au cours de l’aftershow très privé organisé par le Café de la Danse quelques instants après le concert, personne n’osera sortir un gâteau crémeux afin de célébrer les dix piges du groupe au poney corné. Les bougies (et la flamme) auront toutefois été largement allumées, par la fougue démesurée et hautement qualifiée de l’un des groupes français les plus excitants de la dernière décennie…

Visuel : © affiche du concert

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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