Cinema

Le Palmarès des 34e Entrevues de Belfort

Le Palmarès des 34e Entrevues de Belfort

26 novembre 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Le Festival international du film, consacré au « jeune cinéma indépendant et novateur » et aux premiers, deuxièmes ou troisièmes longs-métrages des cinéastes, a décerné les Prix de son édition 2019. Fiction sur la fuite du temps, documentaires méditatifs sur le sens à donner à son existence, et même court d’animation salué pour son travail sur le son trouvent leur place dans ce Palmarès. Les deux lauréats des Grands Prix seront projetés à la Cinémathèque le 9 décembre.

 

Le Festival Entrevues prend place chaque année à Belfort afin de donner au public curieux et aux professionnels l’occasion de découvrir les premiers travaux de cinéastes prometteurs, grandement salués au final. Entre documentaires et fictions, sa programmation garde un horizon large, même si les choix s’imposent à terme (un aperçu des films qui nous ont passionnés cette année est à découvrir ici). Le Jury international de l’édition 2019, composé de Danielle Arbid (réalisatrice de Peur de rien), Marie Dumora (signataire de Belinda), Joao Pedro Rodrigues (O fantasmaL’Ornithologue), Yann Gonzalez (Les Rencontres d’après minuit, Un couteau dans le coeur) et Nicolas Reyboubet (représentant du GNCR, et directeur et programmateur du cinéma Kosmos de Fontenay-sous-Bois, entre autres) a décerné le Grand Prix Janine Bazin au long-métrage Los miembros de la familia, signé par l’argentin Mateo Bendesky (avec à la clé, 8 000 euros, dotés par Belfort, avec le soutien du GNCR). Une fiction passée par la section Panorama, à la Berlinale, dans laquelle un frère et une sœur vivent les dernières heures de leur adolescence, dans la ville où les volontés post-mortem de leur génitrice les a conduits. Avec en toile de fond, la passion pour les sports d’affrontement de l’un, et le mysticisme de l’autre…  A noter que le réalisateur de ce film lauréat prépare actuellement sa troisième réalisation, pour laquelle il a été lauréat du Prix Arte Kino International dans le cadre du Festival du film de Rotterdam, une récompense destinée à l’aider pour l’aboutissement de son projet.

Côté courts-métrages présentés dans le cadre des Entrevues 2019, parmi les treize courts présentés en Compétition Internationale, c’est Histoire de la révolution, du français Maxime Martinot (signataire de Trois contes de Borges, sorti en salles en 2018 via Vendredi Distribution), qui a remporté le Grand Prix André S. Labarthe (3 500 euros). La forme de cet essai qui prend pour objet « la polysémie et la réversibilité » du mot « révolution » a su séduire, de même que celle d’Aline, court du suisse Simon Guélat lauréat d’une Mention du jury, qui imagine l’itinéraire d’un jeune homme amoureux d’un garçon qui porte le même prénom que le héros du livre qu’il lit, au sein d’une station de ski. Avec au casting, l’acteur Paulin Jaccoud (vu dans Moka).

Quant au Prix du public, il est allé à Then comes the evening, de Maja Novakovic, court documentaire qui s’attache à deux vieilles femmes vivant dans l’Est de la Bosnie, qui ont apprivoisé la nature les environnant avec des rituels. Un Prix du public d’un montant de 1 700 euros, destinés à encourager de futurs projets. Le Prix du public côté long-métrage (3 000 euros) est venu saluer, lui, Jiyan, premier film long de Süheyla Schwenk, fiction qui suit une jeune femme débarquant de Syrie en Allemagne avec son mari.

Le Festival a également décerné le Prix d’aide à la distribution Ciné+ (impliquant, entre autres, l’achat des droits au distributeur du lauréat en vue d’une diffusion sur les chaînes du réseau Ciné+ du film gagnant), avec comme vainqueur cette année Wet season, second long-métrage du singapourien Anthony Chen, déjà lauréat en 2013 de la Caméra d’or à Cannes pour son film Ilo Ilo. La chronique de la chute d’un amour entre un homme et une femme (jouée par Yeo Yann Yann, déjà actrice dans Ilo Ilo) à l’heure où celle-ci traverse des remises en cause dans toute son existence. Quant au Prix Eurocks One+One, décerné par un jury de jeunes de Belfort et ses environs, présidé cette année par Docteur Lori Schönberg (membre percussionniste du groupe Zombie Zombie, entre autres), il est allé à The hunt, court-métrage d’animation du polonais Mateusz Jarmulski, salué pour son atmosphère et son univers musicaux (un prix de 2 500 euros, doté par les Eurockéennes avec le soutien de la Sacem).

Quant au Prix [Films en cours], qui assure une aide à la post-production à un film en fin de montage, en vue de sa sortie en salles, il a couronné The plains, essai documentaire de l’australien David Esteal, qui capte ses trajets en vidéo depuis sa voiture dans la banlieue où il vit, non loin de Melbourne, afin de témoigner des grands et petits faits de l’existence. On remarque que la fuite du temps est à nouveau très présente, dans ce projet…

On a goûté, au fil de notre parcours de quelques jours dans l’édition 2019 du Festival, les sensations offertes par l’écoulement temporel et les instants suspendus, grâce notamment au splendide film méditatif L’Île aux oiseaux, de Maya Kosa et Sergio Da Costa, présenté en Compétition Internationale (ou à l’avant-première de Tommaso, nouveau film d’Abel Ferrara). Mais cette même section a su également nous offrir des expériences dans des temps, ou des espaces mentaux et sociaux, tordus jusqu’à l’absurde, l’acidité et le ton rigolard, tels les films Noël et sa mère, proposition très réussie, originale, troublante et attachante signée par Arthur Dreyfus, ou Toutes les vies de Kojin, drôle et subtil portrait d’un jeune homosexuel dans l’Iran actuel dirigé par Diako Yazdani.

Los miembros de la familia et Histoire de la révolution seront repris à la Cinémathèque française le 9 décembre.

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Visuels :

1) affiche du festival Entrevues 2019

2) affiche étrangère de Los miembros de la familia

3) photo du court Histoire de la révolution © Maxime Martinot

4) affiche du court Aline, de Simon Guélat

5) affiche étrangère du court The hunt, de Mateusz Jarmulski

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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