Rap / Hip-Hop
[Live report] Billie Brelok, Disiz, Epic Rain et IAM au Festival Chorus

[Live report] Billie Brelok, Disiz, Epic Rain et IAM au Festival Chorus

05 avril 2014 | PAR Camille Hispard

Les jours se suivent et ne ressemblent pas au Festival Chorus ! Après avoir exulté sauvagement notre rage incandescente aux côtés d’un Pete Doherty lumineux et non déserteur, voici qu’un air hip-hop souffle massivement sur les tours déshumanisées du quartier d’affaire de la Défense.

Ça commence comme un grand coup de latte dans la face. C’est ce qu’on se dit immédiatement face aux premiers mots crachés, jetés d’un flot sale et puissant par Billie Brelok, inauguratrice de cette nouvelle soirée Chorus.

De son look réservé, presque sage, à la marée dévastatrice de mots précis, claqués au fouet : tout surprend chez cette rappeuse de Nanterre qui nous mène jusque sur les sommets péruviens.

Les propos sociaux, politiques mitraillent, Billie Brelok ne fait pas dans le détail et assume pleinement les messages qu’elle envoie sur des beats entêtants distillés par un diablotin mystique. Lorsqu’elle entonne « Bâtarde », son titre phare, c’est tout le public qui s’enflamme sur les envolées vénères de Billie Brelok. Une entrée en matière brute et nette qui a placé la barre très haute.

Si bien qu’à l’arrivée de Disiz sur la grande scène, la surcharge des instrus et les flots brouillons envoyés dans des micros quelque peu saturés nous fait légèrement redescendre. Malgré une belle énergie et un public prêt à en découdre, le set est en dessous, ce qui révèle en partie l’inégalité de son dernier opus Transe-Lucide.

On se presse un peu pour voir les islandais d’Epic Rain qui débarquent sur scène comme deux vagabonds lunaires et instaurent tout de suite une ambiance burtonnienne absolument remarquable. Les deux acolytes ont un univers onirique qu’ils vivent pleinement ! L’un chante, l’autre rappe. Tom Waits et Eminem se rencontrent pour un set poétique et cinématographique qui plane merveilleusement. Un somptueux moment perdu au milieu de bulles de savon et des parapluies sombres. Une vraie claque musicale !

S’enchainent les tours de chants des jeunes toulousains décapants Big Flo & Oli ainsi que celui des hip-hoppers indie rock Empire Dust, quelque peu éludés par l’excitation palpable due à l’arrivée du groupe Iam.

Car, il faut bien le dire, la présence des marseillais est l’événement de la soirée. Ça jubile et parle fort dans la fosse : explosion de joie à l’entrée en scène de Shurik’n et Akhenaton accompagnés de Kheops et Imhotep. Le plaisir de ces véritables mythes du rap français sur scène est visible et fait du bien. Des compos brutes et pleines de sens de leur dernier album éponyme aux puissants Arts Martiens en passant bien sûr, par les anthologiques de L’Ecole du Micro d’Argent, Iam offre un moment de communion ultime avec un public plus qu’acquis. Un public qui jouit pleinement des joutes verbales cadencées au millimètre par les deux acolytes qui ont marqué et marquent toujours l’histoire du rap.

Ces deux poètes du bitume n’ont rien perdu de leur énergie communicative et de leur envie de dire les choses. L’œil rieur et le flot claquant dans le micro, Iam a électrisé violemment la grande scène du Festival Chorus, s’armant même de sabres laser pour tran-scinder la foule. Tout le monde a même fini en dansant le Mia dans une transe follement joyeuse.

La nuit s’est peu à peu levée sous une arche de La Défense sublimée par « Les Raisons de La Colère » d’un groupe de marseillais qui a toujours montré la voie.

Crédit Photos © : CG92/Olivier Ravoire

De Vienne à Paris, l’étrange Tartuffe de Luc Bondy s’installe à l’Odéon
[Critique] Un autre avis sur « Eastern Boys »
Camille Hispard

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture