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[Critique] Un autre avis sur « Eastern Boys »

[Critique] Un autre avis sur « Eastern Boys »

05 avril 2014 | PAR La Rédaction

Dorothee Chiara a vu Eastern boys et a aimé. Un autre avis, dans le même sens.

[rating=5]

Comme Tel père tel fils il y a quelques mois, Eastern boys est une histoire de rédemption par l’amour filial. Le deuxième film de Robin Campillo raconte un tournant dans la vie de Daniel, quinquagénaire plutôt fringuant (joué par Olivier Rabourdin), homosexuel lambda – i.e sans exubérance ni placard – avec costume de cadre sup et salle de sport. Un homme qui a recours à des prostitués, sans que cela ne le mine. Un homme établi à défaut d’être heureux.
Premier élément : la ville, « Sa majesté la rue » comme l’intitule le réalisateur. Le film est construit en chapitres, comme des étapes d’un chemin de croix vers la lumière. Ce qui frappe ici est l’admirable mise en scène d’un lieu étrange, dangereux jusqu’au fantastique ; on pense beaucoup à l’Inconnu du lac, avec lequel Eastern boys partage cette mise en forme d’un espace en territoire surnaturel. Le film doit ainsi beaucoup à la magnifique photo de Jeanne Lapoirie. La gare du Nord devient le théâtre du vice à ciel ouvert tout en étant dissimulé. Le mal est en nous.
Deuxième élément : l’appartement qui est le cadre de « Cette fête dont je suis l’otage ». C’est un espace en forme de frontière, à la fois clos et embrassant la ville. Un appartement qui deviendra le lieu du dépouillement, ou comme se défaire des oripeaux qui encombrent la vie et la masque. Le personnage de Daniel fait preuve dans cette scène d’un sens du détachement rare et magnifique. Il se retrouve seul et n’en fait pas un drame. Il avance dans la vie.
Troisième élément : l’amour. Le film naît d’une rencontre entre un homme et un sans papier prostitué, mais l’amour peut curieusement se construire à partir d’une situation qui semble l’exclure. Ce troisième chapitre s’intitule « ce qu’on fabrique ensemble ». On peut lire le premier rapport sexuel entre Daniel et Marek (joué par Kirill Emelyanov) comme une vengeance. Mais à cette prise de pouvoir dérisoire sur l’autre succède la pureté. L’amour de Daniel pour Marek devient pur, condition d’un amour en retour. Et d’un couple aux amours tarifées, le film nous amène à l’histoire d’une famille en construction.
Comme dans tous les drames, il y a des méchants qui s’opposent au bonheur des héros. La bande de Russes présente une image effrayante de la pauvreté de l’âme : rustres, idiots, n’ayant que la violence et le larcin comme horizon. Le « boss » est un personnage maléfique impeccable, flanqué d’un gnome malfaisant et d’une escouade de vils affidés. Il perdra tout.
Sur son chemin de Damas, Daniel trouvera, lui, l’aide d’une femme (Edéa Darcque), belle et généreuse.

Le film nous a emballé comme rarement. On précisera deux ou trois choses en guise de conclusion.

D’abord, on ne voudrait surtout pas laisser penser que le film aborde l’homosexualité comme un vice qu’il conviendrait de bannir. La modification de la relation entre les deux héros ne semble en rien une remise en cause de leur passé. Daniel est toujours homosexuel, Marek l’est peut-être aussi ; ils s’aiment comme deux anciens amants peuvent s’aimer. Ils coucheront sans doute avec d’autres, mais plus ensemble. C’est tout.
Le rapport du film à l’homosexualité plus généralement. Il existe des films dont l’homosexualité est le thème, d’autres dont elle est le postulat. Les films à thème/thèse sont souvent ratés. Réjouissons-nous d’être entré dans une nouvelle ère.
Le rapport maitre-esclave. Cette opposition est à l’évidence au centre du film. La vie comme un risque que l’on prend trouve ici une belle illustration. Mais comme dans tous les rapports entre hommes, impossible ici de dire qui dirige qui. Ou même qui enfante qui.
L’invraisemblance enfin. Certes, elle est patente dans Eastern boys, mais demande-t-on à un conte – comme à la religion – d’être réaliste ?

Eastern boys est avant tout un film beau et intelligent.

Mathieu Orsi

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La Rédaction

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