Pop / Rock
[Live report] Camp Claude et The Dø au Centquatre

[Live report] Camp Claude et The Dø au Centquatre

10 septembre 2014 | PAR Bastien Stisi

Trois ans après Both Ways Open Jaws, leur second album studio, Dan Levy et Olivia Merilahti (qui forment ensemble The Dø) présentaient hier soir au Centquatre leur troisième album Shake Shook Shaken.

Et effectivement, qu’on la conjugue au prétérit ou au past perfect, on est secoué par une transformation aussi radicale, excessive, et surtout si brillamment orchestrée. Car sur ce troisième album, où la prise de risque est maximale, The Dø a décidé de substituer majoritairement les instruments électroniques (claviers, ordinateurs portables, batterie électronique…) aux instruments acoustiques jusqu’alors exclusivement utilisés sur A Mouthful et sur Both Ways Open Jaws, les deux pieds désormais totalement inondés par une pop syncopée que l’on devra alors écouter, non plus lors des moments de petits chagrins (« On My Shoulders » et « Too insistent » étaient en cela idéaux…), mais plutôt, lorsque le corps manifestera l’envie de s’en aller gigoter de manière aléatoire et/ou réfléchie. Les puristes et les plus fervents amateurs des deux premiers albums râleront (beaucoup). Les autres hurleront sans doute de bonheur.

Camp Claude : de TC à CC

Les deux premiers extraits postés sur la toile au cours des dernières semaines (« Keep Your Lips Sealed », « Miracles (Back In Time) »), tout de même, avaient déjà plus ou moins préparé le terrain et les esprits, entourant le duo franco-finlandais (Olivia a passé quelques années à étudier à Helsinki) de ces sonorités new wave et numériques que l’on retrouvaient, aussi hier, en ouverture de la soirée du côté de Camp Claude, petit phénomène cold wave (ou groove wave ?) du moment formé par deux membres de Tristesse Contemporaine (Mike Giffts au clavier, Leo Hellden à la guitare) et par une photographe / vidéaste / graphiste / mondaine (Diane Sagnier au chant) aussi décomplexée, sensuelle et maniérée que captivante.

L’hydre TC est donc devenue CC, a échangé un instant une tête (nippone) par une autre (française), a remplacé le masque d’âne méchant de Mike par des lunettes noires, et fait ressentir en live plus encore qu’en studio l’influence de ses productions noires, urbaines, et quand même lumineuses, qui émanaient déjà des deux premiers albums mille fois salués du trio apatride (Tristesse Contemporaine et Stay Golden). Il y aura cette reprise d’« All Shook Up » d’Elvis Presley, vingt-cinq minutes de live, et deux tubes qui n’en sont pas encore vraiment (« Hurricanes » et « Trap ») mais qui ne devrait pas avoir trop de mal à en devenir assez rapidement. Il suffira sûrement pour cela de laisser le temps à Camp Claude de se façonner une expérience live commune, un trio qui, on se le rappellera, n’a encore que quelques mois d’existence derrière lui…

The Dø : deux ans sans scène, une heure de bonheur

La scène, justement, et ils le rappelaient hier, The Dø ne l’avaient pas connu depuis deux années complètes. Une éternité dont le duo garçon/fille a manifestement profité pour partir visiter le passé (eighty), les étoiles, la Lune, l’espace, en revenant les bras chargés d’un album rempli de morceaux aux petits héroïsmes, aux grandes mélodies pugnaces, noires et colorées, qui paraissent tous porter en eux une potentialité tubesque assez affolante (et ce n’est pas l’immensément jouissif « Miracles » qui nous dira le contraire…)

De miracles, justement, il en a été beaucoup question hier. Car malgré tant de temps d’immobilité scénique, le live des deux Dø (accompagnés hier par un bassiste et une manieuse de clavier), et malgré quelques approximations bien légitimes, s’avérera absolument grandiose et d’une pertinence totale, faisant résonner avec belle cohérence les instrumentations synthpop, les jeux de lumière rétro-futuristes, et les gestuelles scéniques d’une Olivia Merilahti émue à l’extrême (elle le répètera et le manifestera souvent) et remarquable de justesse vocale.

Il y a désormais ici quelque chose d’Owlle, d’Austra, si ce n’est du premier album de La Roux (dans les moments les plus affolés et les plus martiaux) dans le nouvel univers visuel et sonore d’un groupe qui tend à se rapprocher aussi, dans son esthétisme, d’une électro pop du Nord proche des voisins Suédois (The Knife) ou Danois (Giana Factory), et qui aura sans doute convaincu hier soir les membres les plus réticents d’un Centquatre blindé à l’extrême et particulièrement bruyant au moment de remercier le quatuor lors de son retour en coulisses. Avec quelques dates de plus, la prochaine tournée du duo/quatuor risque de s’avérer absolument immanquable…

« Do you really want to go back in time ? » Visiblement, il n’en est pas question : c’est bien vers le futur que The Dø a commencé à tourner les talons, très loin des ambiances pop folk miaulées de leurs deux (superbes) premiers albums, un futur que l’on a hâte de retrouver le 29 septembre en studio, et pour les plus acharnés, dès ce soir, à l’occasion de la deuxième date consécutive du groupe dans le complexe culturel du XIXe arrondissement parisien…

Visuel : (c) Centquatre

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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