Pop / Rock
[Live report] Petite Noir et Austra à la Cigale (festival des Inrocks)

[Live report] Petite Noir et Austra à la Cigale (festival des Inrocks)

08 novembre 2013 | PAR Bastien Stisi

festival-inrocks-2013Deuxième soirée ce jeudi du festival des Inrocks cuvée 2013 après le show thermique et bodybuildé de Major Lazer mercredi, et traditionnelle carte blanche laissée au label londonien Domino au sein de l’esthétisme rougi de la Cigale. Du rock barbu et volumineux, un sud africain à la voix porteuse, et un astre tout droit issu d’une galaxie où l’électro et la pop gouvernent en parfaite harmonie…

Matthew E. White et ses prophéties rock

Un batteur sur-vitaminé, des guitares brutes et apaisées, et un colosse serein à la pilosité affirmée venu offrir à la Cigale un folk-rock aux effluves de goudron d’une longue route américaine : Matthew E. White a le look du Christ (avec des lunettes) qu’il évoque dans son fabuleux « Brazos », et décline comme un prophète routier les merveilles issues de son premier album Big Inner. Accrocheur et épuré d’une quelconque diablerie contemporaine.

Orgies de guitares en guise de terminaison, baissé du rideau écarlate de la Cigale, et extinction des feux pour l’arrivée du sud-africain Petite Noir, invocateur de spectres rock, post-punk et folk au sein d’un tout premier album, Till We Ghosts, acclamé par la presse spécialisée l’an passé.

Petite Noir, ou plutôt « Pépite Noir »

Le charismatique Petite Noir a la pigmentation foncée est vêtu tout de noir, et ses musiciens blancs-becs tout de blancs : provenant d’un artiste issu du pays de la ségrégation raciale, le clin d’œil à l’esthétisme clair-obscur n’aura rien de banal…Rien d’anodin non plus dans la performance transportée de l’artiste : casquette à l’envers pour le chanteur, cerveau très clairement à l’endroit pour ses compositions (« Disappear », « Till We Ghosts »…), et un public retourné par l’assurance et la plénitude vocale de cet ouchebti subsaharien de Ian Curtis, venu perpétuer à sa manière les trésors enfouis de Joy Division et de ses guitares post-punk. Petite Noir s’est manifestement trompé en déposant son nom à l’État civil : c’est bien « Pépite Noir » qu’il aurait dû s’appeler…

Austra, déesse possédée d’une lumière électro-pop

L’obscurité totale, un brouhaha chahuté, et bientôt, une lumière éclatante : les synthétiseurs et les canadiens d’Austra font leur entrée sur scène, et quelques pointes d’électro viennent pénétrer la salle du boulevard de Rochechouart d’une teinte dancefloor. Rapidement, c’est au tour de Katie Stelmanis d’investir l’espace, acclamée comme il se doit par un public déjà enivré par la rythmique disco et new-wave de l’idéal « Painful Like », issu du dernier album Olympia.

Quelques petits parasols dispersés entre guitares et claviers se colorisent au rythme des compositions, la foule sautille et gesticule, un drapeau canadien flotte dans un recoin de la Cigale sans parvenir toutefois à atteindre les hauteurs vertigineuses issues des cordes vocales de la déesse pop aux cheveux blondis. Totalement transcendée par sa musique, Katie Stelmanis lève les bras et s’agenouille, se tord et s’élance, engage une danse païenne et mystique qui la projette parfois au sol, adopte une attitude gestuelle en cohabitation parfaite avec le rythme de ses compostions d’électro pop scintillante.

Les poils se dressent, les hanches gesticulent, les sens s’égarent totalement lorsque retentissent les premières émanations sonores de l’immense tube « Lose It », porté par les immensités vocales de sa perceuse d’éther et par l’engagement new wave de claviers enivrés. Après un rappel salué à gorge déployée par une Cigale véritablement fusionnée par le show parfait des canadiens, on trouvera sur le bitume de Pigalle l’arrivée d’une petite pluie fine et affirmée : à force de trop titiller la sensibilité des cieux, Austra et son immense incantatrice auront donc fini par les percer…

Le Festival des Inrocks se poursuit ce soir, avec le concert très attendu de These New Puritans et de Suuns à la Cigale.

Visuel © : affiche de la soirée

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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