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[Live report] Tristesse Contemporaine et Château Marmont au H&M Loves Music Festival

[Live report] Tristesse Contemporaine et Château Marmont au H&M Loves Music Festival

09 mai 2013 | PAR Bastien Stisi

H&M Loves Music FestivalDepuis ce mercredi, H&M ne se contente donc plus d’habiller la moitié des minets de la capitale et d’œuvrer pour le développement durable mercantile. Forcément inspiré par la récente et probante réussite du festival Coachella en Californie, le géant de prêt-à-porter suédois organisait son premier H&M Loves Music festival à la Bellevilloise, en compagnie des quelques heureux gagnants du jeu-concours organisé sur la page Facebook de la marque, ainsi que de Tristesse Contemporaine, de Château Marmont et de Rocky. Au milieu d’une population printanière ornée pour l’occasion de ses habits d’apparat (en costume de hipster, donc), on a vagabondé la journée durant dans les stands proposés par la Bellevilloise, on a bu un smoothie à la banane (gratuit), une bière (payante), et tendu l’oreille.

Il est à peine 18 heures. S’il fait encore largement jour dehors, dedans, dans le sous-sol large et isolé de la Bellevilloise, c’est déjà bien la nuit qui paraît décidée à s’imposer dès les premières mesures sonores balancées spontanément par le groupe introducteur de la soirée. Une nuit ténébreuse, mélancolique et froide, engendrée par les nappes synthétiques et électroniques de Tristesse Contemporaine, hydre à trois têtes et aux trois nationalités (la japonaise Narumi aux synthés, le suédois Leo Hellden à la guitare, l’anglais Maik au chant) accompagnée pour l’occasion d’un batteur bien décidé à durcir encore la noblesse de l’électro cold proposée par l’une des formidables révélations de l’année 2012.

Tristesse Contemporaine et bonheur d’électro cold

Comme à son habitude, Maik, l’ancien chanteur du groupe Earthling et leader du projet Motorville, se présente sur scène en dernier, camouflé derrière son fétiche masque d’âne étrange et grisé. À l’indifférence relative qui avait entouré jusqu’alors l’arrivée du groupe s’impose désormais une fascination curieuse et inquiète devant ce troubadour d’une autre galaxie à la carrure imposante, qui s’immobilise avec hauteur après l’interprétation de chaque morceau. Le masque, d’ailleurs, paraît prendre parfois le dessus sur l’homme, et voit son propriétaire pousser quelques mugissements ponctuels et quelques cris d’animaux, comme une invitation perpétuelle à la transe hypnotique de krautrock mêlée de piquouses d’électro, de hip-hop et de beats légèrement techno que le groupe tente d’injecter directement dans nos veines, le tout malgré quelques larsens assassins et un public bien propre et bien timoré.

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Batterie rugissante, chœurs spectraux, clavier multilingue, guitare métronomique, les morceaux s’allongent et se densifient, à l’image de l’hypnotique et organique tube « I Did’t Know », de la pop dure et fataliste de « Hel lis Other People » ou d’un « 51 Ways To Leave Your Lover » aussi sombre et anxiogène que le regard masqué et terrifiant du chanteur. Tristesse dans le phrasé, tristesse dans le timbre orchestral, tristesse dans les lyrics, mais bonheur absolu pour les tympans, et une performance remarquable de professionnalisme et d’érudition musicale dans un contexte pourtant peu propice au déraisonnement cold et contemporain.

Château Marmont : grand cru et grosse perf’

Un verre de vin (faiblard) consommé à l’entracte, et un très grand cru pour se consoler en seconde partie : déjà aperçus il y a une dizaine de jours en introduction d’Electric Guest au Trianon, revoilà les Château Marmont dans les travées de la capitale, toujours portés par la même flatteuse réputation scénique et par la même attente entourant la sortie prochaine d’un album préparé depuis deux années maintenant.

IMG_3761S’ils ne cessent de regarder vers le futur avec l’élaboration savante d’une synthpop lumineuse, numérique et spatiale, les trois garçons de Château Marmont (accompagnés d’un quatrième larron pour les besoins de la scène) n’en ont pour autant jamais oublié de réciter et de déclamer leurs classiques, des Phoenix à Daft Punk en passant par les inamovibles Kraftwerk, avec qui ils partagent le même entêtement pour la vocalité solennelle et robotisée et pour les plages atmosphériques glaciales.

Sur le tube « Wargames », sur le galactique « Helliochrome », sur le pointillisme de « Anything & Everywhere », les corps se déhanchent, les têtes circulent de manière verticale, des gamines improvisent une danse transcendante et balancent leurs cheveux dans une foule enfin nombreuse et attentive, passionnée par les synthétiseurs épidermiques et surtout par la batterie affolée qui trône majestueusement au cœur de la scène, audace scénique salvatrice à l’heure de l’hégémonie des impersonnelles boîtes à rythmes et de leur charisme contestable…

Ovation véritable pour la performance impeccable des Château Marmont (un album, vite !), et conclusion de la soirée avec la prestation de la troupe Rocky et de ses coups de buttoirs d’électro groove, ponctués de percussions parfaitement tribales et de la magnificence vocale d’une chanteuse énergique et sensuelle.

Des fringues, des smoothies, des groupes musicaux aussi brillants en live qu’en studio….Avec un public un peu plus élargi et plus concerné pour la programmation musicale, ce H&M Loves Music Festival serait un véritable rêve éveillé (ou du moins, une certaine vision du rêve). On re-tente l’année prochaine ?

Pour en savoir davantage sur le reste de la journée et sur les multiples autres activités proposées par le festival et par la Bellevilloise, vous êtes autorisés à vous réjouir, et à suivre ce lien.

Visuels © : affiche du festival ; Marianne Baulez

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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