Pop / Rock

[LIVE REPORT] CHRISTINE AND THE QUEENS, THE CHEMICAL BROTHERS, TOM JONES ET THE DØ AUX VIEILLES CHARRUES

[LIVE REPORT] CHRISTINE AND THE QUEENS, THE CHEMICAL BROTHERS, TOM JONES ET THE DØ AUX VIEILLES CHARRUES

18 juillet 2015 | PAR Thibaut Tretout

Au Pays des Merveilles, les sept musiciens de Caravan Palace seraient le Chapelier, sur la scène Kerouac. La joyeuse bande – ou plus justement le happy band – s’échauffe et décolle, charriant dans le sillage de leur caravane manouche mille sons et influences. Primesautiers, charmeurs et bondissants, les interprètes de Caravan Palace entraînent leur public dans un tourbillon de plaisir et de complicité partagés, rimant avec des roaring twenties mâtinés d’électro et d’une fête qui semble issue tout droit des morceaux les plus endiablés de King Luis. «Aussi mouillés que nous», les saltimbanques de Caravan Palace balancent avec entrain un son punchy qui nous manque déjà.

La programmation, toutefois, ne laisse aucun répit : en Grall, Cabadzi, face à un public d’abord clairsemé puis au fur et à mesure de plus en plus fourni, assène un flow dont la poésie s’ancre aussi bien dans les paroles chantées par Olivier Garnier – « Féroces intimes » en administre immédiatement la preuve – que dans une orchestration sensible, écorchée même, que conjuguent alto, violoncelle, trompette, et la magistrale beat box de Victorien Bitaudeau. Les harmonies rapsodiques de Cabadzi ont la tendresse d’une vérité, depuis « Le bruit des portes » – contre la Manif’ pour tous – , jusqu’au futur simple et désabusé – « L’odeur » – d’une jeunesse belle d’avoir été et de disparaître encore. Authentiquement vrais, les cinq artistes de Cabadzi offrent une magistrale interprétation de leur dernier album – Des angles et des épines -, qui mérite d’être entendu non seulement « Cent fois », mais encore et toujours, le concert s’achevant par une expérimentation accoustico-accoustique au cours de laquelle, en plein cœur du public, Olivier Garnier et ses complices parviennent à imposer le silence attentif et recueilli d’une foule sous le charme des notes qui s’égrènent. Force est par contraste de constater qu’aussi insolite soit-il, le concert itinérant auquel se livre Boogers et sa Ghetto Blaster Party ne soutient pas la comparaison.

Après la magistrale prestation, la veille, de Muse, Archive n’émeut guère et ne suscite qu’un intérêt des plus limités. A quelques instants près, le concert du groupe britannique ennuie, littéralement et dans tous les sens. Ne donnant rien, Archive ne reçoit rien, et s’abîme en une longue et lente agonie musicale, à tel point que les festivaliers préfèrent se masser au pied de la scène Kerouac, dans l’attente de Tom Jones, pourtant prévu trois quarts d’heure plus tard. C’est l’occasion rêvée, donc, de retrouver Laëtitia Shériff, et sa diction parfaite, aussi sensible que délicate. Timide, peut-être, en tout cas au début, Laëtitia Shériff confesse ne pas pouvoir danser pour ne pas rater un accord, mais peu à peu s’affirme et progressivement monte en intensité, jusqu’à finalement libérer sa voix et gagner son étoile.

Tom Jones, le crooner aux 76 printemps, investit enfin l’espace Kerouac, face à un premier rang, rarement observé aux Vieilles Charrues, composé de toute évidence de fans de la première heure… Lord Jones, dont les yeux bleus trahissent la vivacité, démarre son concert avec la régularité d’un moteur diesel et tient toutes ses promesses : espiègle, et comme tel touchant, a little bit tired sans doute mais en aucun cas retired, le vieillard le plus sexy de la programmation carhaisienne remplit son contrat avec un brio digne des plus grandes stars, offrant à chacun l’illusion de se croire une «Sex bomb», au point de succomber à la tentation du strip stease – «You can leave your head on» – comme à celle des baisers les plus langoureux, avec une reprise enfiévrée de «Kiss». Servi par des musiciens enthousiastes et rigoureux, Tom Jones achève un concert dont la durée est à la mesure de sa longévité. God bless you too, Mister Jones.

«Je me souviens de toi, Carhaix» : c’est par cette déclaration que Christine, ses danseurs et ses Queens s’emparent de la scène Glenmor, qui devient, magiquement, cet «espace personnel de représentation» qui est en même temps celui de la consécration. Présente, omniprésente même, Christine habitée nous habite et, de débordement – «Don’t want a short dick man» – en débordement – «Paradis perdu», ou l’héritage assumé de Christophe et de Kanye West – charme et transporte un public à juste titre subjugué par celle qui, non contente de résister à sa propre caricature, crée ce soir-là cette « Chaleur humaine » que les plus grands, seuls, savent susciter. Brillante, exubérante, femme-orchestre et danseuse émérite, Christine and The Queens ne cède en rien au Maestro belge qui l’avait précédée l’année dernière, et dans la sensuelle obscurité d’une nuit qu’elle est seule à savoir nommer, séduit, irrésistiblement.

Après l’émotion, place aux rythmes d’une soirée dévolue à la danse et propre à la transe : entre The Dø, qui de façon curieuse ouvre son set par le cultissime « On my shoulders » et décline ensuite, avec enthousiasme et précision, un son 3.0 éclectico-rock à l’image de l’album Shake Shook Shaken, et Ez3kiel, véritable plongée dans un brasier musical et lumineux qui fait des Tourangeaux les archanges sulfureusement diaboliques d’un «Valhalla» électrique, les festivaliers les plus courageux – et ils étaient très nombreux – ont encore eu le privilège et le bonheur de succomber au live halluciné des Chemical Brothers, servi par une mise en scène proprement exceptionnelle, que prolongent, dans une moindre mesure cependant, les basses profondes et percutantes du Berlinois Boris Brejcha.

Thibaut Tretout et Gweltaz Le Fur.

Visuels : © DR

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Thibaut Tretout

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