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[Live report] Izia, Hanni El Khatib, The Dø et Paul Kalkbrenner au Solidays

[Live report] Izia, Hanni El Khatib, The Dø et Paul Kalkbrenner au Solidays

27 juin 2015 | PAR Bastien Stisi

En 20014, le Solidays battait son record de fréquentation, en cumulant au terme de 3 journées de festival le chiffre de 175 000 festivaliers présents sur l’espace de l’Hippodrome de Longchamp. Le but est-il de faire mieux en 2015 ? « Je l’espère (…) mais pour nous l’important c’est d’être là, de montrer que nous ne renonçons à rien dans notre combat », annonce Antoine De Caunes, président d’honneur de Solidarité Sida. 

BigaRanx muet, Izia bavarde

Alors, pour faire en sorte de voir tomber ce record déjà imposant, mais surtout, afin de contenter un public qui fait surtout rimer le mot « solidarité » avec celui de « festivité » (on pourrait aussi ajouter « bouton d’acné », tant on a souvent l’impression que le lieu ait prétexte pour beaucoup à fêter la fin du lycée, lorsque ce n’est pas du brevet…), on a programmé dès le début de la première journée BigaRanx sur la grande Scène Paris, ce Français qui maitrise le vocable et le sound-system jamaïcain sans pourtant en être natif (un voyage à Kingston en 2008 a été en cela décisif), et qui mélange reggae, hip hop, et soul méchamment exécutée (lui appelle cela « rub-a-lounge ») dans un cocktail explosif qui ne prendra pas bien longtemps à exploser. Sauf qu’au bout de 20 minutes d’un concert maîtrisé (le mec est rodé : il est monté pour la première fois sur scène à l’âge de 13 ans…), le son ce coupe, et brise le jeune Français dans son élan. Quelques encouragements, et quelques sifflets : le show de Biga* Ranx ne reprendra pas, faisant de la première très grosse affiche de cette édition 2015 un échec cuisant.

Izia, qui passera une heure après lui et juste après une intervention courte mais ovationnée de Bill Gates (monsieur Microsoft était déjà passé dans le coin l’an passé), n’aura pas ce problème. La Française, représentante féminine de la très prolifique famille Higelin (Jacques Higelin, Arthur H, Kên Higelin), pourra ainsi présenter son troisième album (La Vague), sur laquelle elle alterne toujours le Français et l’Anglais, le rock électronique et le R&B bercé de soul, les grandiloquences vocales et les douceurs minimales. On reconnaît Louis Delorme à la batterie (il exerce aussi sur Blind Digital Citizen et sur Inigo Montoya), et on salue l’énergie, le dynamisme et le charisme scénique d’une artiste dont le live électrique contrastera avec celui, bien plus organique, proposé à l’autre bout du festival (sous le chapiteau Domino) par Faada Freddy, habitué à faire de son corps un instrument à part entière (claquement de doigt, beats à la bouche, chœurs gospel). Ici, ça sent le oinj et les mélodies onomatopées que l’on retient facilement. Ça sent aussi la bonne humeur qui se diffuse bien aisément.

Entre-temps, et avant la performance appliquée d’Angus & Julia Stone sur la scène Bagatelle, ces deux Australiens frères et sœurs que l’on a vu passer cette année des petites balades folk au rock psyché-shoegaze-électrifié, on aura constaté la faculté de Kid Wise, ces Toulousains dont on a déjà souvent salué l’excellent premier album sorti en début d’année et l’intensité des live, à retenir les erreurs du passé. À Bourges, ils n’avaient pu terminer leur set, faute de temps et d’Innocence (tiens, c’est le titre de leur premier album), privant ainsi le public du très gros titre qui les avait fait connaître (« Hope »). Le public du Solidays, lui, aura bien le droit à « Hope », et aussi à « Ocean », à « Forrest », à « Funeral » et à « Ceremony », ce morceau aux ambiances alternées (psyché, chamanisé puis énervé) qui verra Augustin Charnet, le chanteur du groupe, tenter (et réussir) un slam dans une foule qui reproduira, un peu plus tard, par mimétisme ou parce que le set s’y prêt, le processus de « slam avec le corps offert aux mains étrangères » lors du concert d’Hanni El Khatib, à 22 heures sous le chapiteau Domino.

Hanni El Khatin, Isaac Delusion : grosse adhésion

Car le live du Californien, que l’on avait déjà vu impeccable il y a quelques semaines au We Love Green, se prête à ce genre de pratique adolescente (il y a aussi des mecs qui grimpent sur les poteaux du chapiteau…), en convoquant entre blues rock électrifié, rock animal et déhanché de gredin gentrifié  des ambiances évocatrices d’une Amérique révolue et actuelle, celle où les taulards baroudeurs se confondent avec les beaux garçons briseurs de cœur (certaines minettes portent justement sur leurs bras le visuel du second album du mec). Les singles, car il y en beaucoup, s’accumulent largement (« Dead Wrong », « Moonlight », « Mexico »), et le live cumule à l’image du surprenant tube de pop symphonique et grooveuse « Two Brothers », à des hauteurs idéales. Le meilleur live de cette première journée de festival.

Ce titre, honorifique et subjectif, il pourra toutefois lui être contesté par la bande d’Isaac Delusion (mené par le chant perché de Loïc Fleury ), que l’on avait vu quelques instants plus tôt sous le chapiteau du César Circus proposer un set humecté dans une pop rêveuse et vaporeuse, étirée entre funk de chambre et dream-pop de champs minés de petites bombes tubesques capables d’imposer, sans les brusquer, la mélancolie dans les têtes et les grosses folies dans les gambettes. Récemment signés chez Microqlima, ce label responsable d’autres micro phénomènes pop pour l’heure plus confidentiels (Cliché, Mooon, Amarillo), les garçons d’Isaac Delusion recevront l’ovation qu’aura mérité leur très belle interprétation (on notera évidemment, avant tout, celle du superbe « Midnight Sun »).

The Dø déçoit, Paul K. envoie

Ovation immense aussi, plus tard, pour la voix déchiquetée de l’Israélien Asaf Avidan et son tube « One Day » (dont on entend, depuis la Scène Paris, les paroles hurlées par la foule jusqu’à l’autre bout du festival). Ovation moindre, par contre, pour le set mitigé d’Olivia Merilaht, de Dan Lévy et de The , pourtant lancés dans un marathon de lives impressionnant depuis la parution de leur quatrième album Shake Shook Shaken, dont le nom dit parfaitement l’ambiance qu’il génère (c’est-à-dire : une ode à la pop synthétique et secoueuse de corps).

Le live début en mode piano + voix sur « On My Shoulders », qui évoluera ensuite sur un format plus disco. Devenue diva pop maniérée, loin de la sensibilité pop-folk des premières années, Olivia ôte alors sa capuche afin d’interpréter son « Keep Your Lips Sealed » et ses percussions doublées, puis « Miracles (Back In Time »). On entendra plus tard le tube « Despair, Hangover & Ecstasy », efficace mais bien loin de la jubilation que l’on était en droit d’attendre. Car le live, s’il ne manque pas de grandiloquence, manque bel et bien de puissance. Surtout qu’une partie du public a déjà l’esprit projeté vers la scène Paris et le live à venir du Berlinois Paul Kalkbrenner, qui portera (comme promis en interview) le maillot du Bayern Munich devant un public acquis à sa cause et à celle d’une techno de masse, jamais plus célébrée que lorsqu’elle offre les morceaux que tous connaissent, à savoir ceux issus de la bande-son de Berlin Calling, « Sky and Sand » et « Aaron ». On entendra aussi « Cloud Rider » et « Mothertrucker », issus du septième album de l’Allemand qui sortira en août, et on se tournera vers la programmation du samedi, à la tête de laquelle on retrouvera les noms de Caribou, d’IAM, de Rone, de Die Antwoord. La programmation complète est .

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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