Musique

[Live report] Breton, Chinese Man, M et Fauve au Solidays

[Live report] Breton, Chinese Man, M et Fauve au Solidays

28 juin 2014 | PAR Bastien Stisi

Petit précis météorologique, d’abord : il n’aura finalement pas plu (ou si peu) sur l’hippodrome de Longchamp à l’occasion de la journée d’inauguration de la 16e édition du Solidays. Les esprits angoissés s’en trouvent rassurés, et la lutte contre la maladie SIDA par le biais de la mobilisation et des vibrations musicales peut débuter sous des augures idéalisés.

Des larmes pour James Vincent McMorrow, des sourires pour Breton

Quelques gouttelettes éparses dans les cieux mouillés, et de grosses larmes dans la voix et dans les mains de l’Irlandais James Vincent McMorrow : entouré par deux musiciens, par une musicienne, et par l’alliance guitare acoustique / clavier, l’auteur du pointilleux Post Tropical se fait le porteur d’une pop folk vertigineuse et aérienne, et introduit de la plus puissante des manières cette première journée de festival. On entendra « Red Dust », « Cavalier », « Gold », et nombre de ces ballades pop de ce pendant de Bon Iver, de Sufjan Stevens ou de Ryx qui miroitent le rasoir, puis l’espoir, puis encore le rasoir, et qui finissent toujours par tout bouleverser sur leurs passages : les étoiles placées tout en haut du chapiteau Domino, les cœurs les plus sensibles, les acclamations sonores qui retentiront lors des derniers instants d’un concert qui aura cumulé rapprochements pop rock et ambitions folktronica.

À quelques encablures, le César Circus termine de présenter les trois lauréats des Tremplins d’Ile-de-France de Paris Jeunes Talents (Garçon d’Argent, Mathilde Forget, Bel Plaine), destinés peut-être à venir occuper l’an prochain une scène bien plus exposée encore (La Femme y jouait l’année dernière, et passera ce dimanche sous la scène du Dôme…) La foule, elle, a pris le parti de se scinder en deux . Les plus roots et les amateurs de folk tziganne prendront la direction de la scène Bagatelle, où est sur le point de s’engager le concert de La Rue Ketanou et de ses hymnes un peu démago à la tolérance, à l’humanisme, à la vie (« Allons Voir », « Les Hommes que j’Aime »). Les plus branchés et les amateurs d’électro pop arty, eux, s’en iront plutôt zieuter du côté du Dôme, où les Londoniens de Breton présenteront à quiconque n’a pas encore eu l’occasion de l’écouter en live leur second album War Room Stories, subtile fusion des consonances électro surréalistes de leur People Other’s Problem et d’un rock au timbre foalsien validé.

« Envy », « 15 Minutes », « S Four » : les Londoniens profitent de l’écran disposé derrière eux pour coller les images de leurs clips, venus illustrer les morceaux de leurs deux premiers albums, et gèrent leur live comme de vrais rock heroes, avec leurs mélodies accrocheuses, leurs élancées épiques, leurs déclarations d’amour permanentes (et en français) au Solidays et à son public, leurs sourires incapables de se décoller du visage d’un Roman Rappack enflammé et rayonnant.

Chinese Man, M : des spécialistes grandioses

Dans la foulé, l’immense scène Paris est inaugurée par Sly, par Zé Mateo, par High Ku, et par leur projet Chinese Man, collectif phocéen aux envergures trip hop, dub et électro world, venus fêter devant un public de plus en  plus nombreux les dix ans d’activité de leur label totalement indé Chinese Man Records. Remarquables d’improvisations scéniques lors de l’interruption des débats par des enceintes devenues soudainement muettes (avec beat making a capella à la clé), les trois DJ et leur attirail électronique rappelleront au plus fidèle la folle performance des C2C l’an passé sur la même scène, et accueilleront à leurs côtés cuivres, chants et tubes magistralement interprétés (« Get Up », « Le Pudding », « Artichaut », « Miss Chang »). Le sol tremble, les morceaux révisent et confondent leurs squelettes initiaux, la downtempo de « Racing With The Sun » devient un dubstep déglingué, le public s’exportera bientôt vers la scène Bagatalle, afin d’y voir Yodelice et ses musiciens tous costumés de blanc, venus présenter les morceaux de leur très convaincant dernier album Square Eyes.

Des clappements de mains dans le public, triangle dessiné sur le visage et chapeau iconique pour le chanteur, une pop rock grossie pour les besoins du live, et bientôt, un retour massif vers la scène Paris, où Mathieu Chedid (un habitué des lieux) est sur le point de diffuser sa charnelle « Onde Sensuelle », son écarlate « Mojo », son pétillant « Machistadore ». Toujours aussi monstrueux scéniquement, M livre sans surprise la meilleure performance de cette première journée de festival, entraînant le public au sein d’un live interminable et conquérant, où les pots-pourris inattendus mélangent Rage Against The Machine et les White Stripes, où l’amour se sème comme un emblème rock, pop, dub, voire même carrément électro, où les cordes de guitares se frottent avec des dents qui auront intérêt à être correctement brossées…

Dans le lointain, on entend alors résonner les accords d’« Infirmière », puis de « Sainte-Anne », puis de « Voyou », puis du catalogue spoken word et tailladé de FAUVE, le collectif francilien aux vingt Bataclan et aux blessures coagulées, dont on constatera la progression scénique immense et les quelques instants de communions jolies (« De Ceux », « Nuit Fauve », « Kané »). On regrettera aussi toutefois les redondances lassantes du collectif, décidément obligé de répéter à chaque live leur surprise de voir autant de monde à leur concert et leur étonnement devant le succès connu par le projet…

Si on ne hurlera pas encore au marketing abominable, le public, lui, invitera encore et toujours le blizzard à aller se faire enculer, avant de se voir offrir deux occasions différentes d’exploser enfin ses neurones : d’abord par le biais de Shaka Ponk, de ses guitares éclatées, de son dynamisme méchamment rock et de ses facultés à faire décoller tout élément humain ayant décidé d’ancrer ses pieds sur le sol, et puis plus tard, par le biais du dijonais Vitalic et de son set aux allures de napalm électronique. Les tympans éclateront, les contours de « Sabali » (le remix d’Amadou & Mariam) résonneront longtemps dans les esprits des festivaliers les moins épuisés, les sets de Nasser, de PFEL de C2C et des escrocs professionnels Salut C’est Cool ponctueront avec fracas une première journée de festival qui, comble du bonheur, se poursuivra aujourd’hui avec les concerts de Talisco, Rodrigo y Gabriela, The Parov Stelar Band ou encore Gesaffelstein.

Tout le programme est à retrouver par ici, sur le site officiel du Solidays.

Visuels : © Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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