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[Chronique] « War Room Stories » de Breton : électro pop complexe et parfaite

[Chronique] « War Room Stories » de Breton : électro pop complexe et parfaite

03 février 2014 | PAR Bastien Stisi

Loin de Londres et toujours plus proche d’une contrée bâtie de toute part par leurs soins experts, le collectif britannique Breton revient avec War Rooms Stories et avec un album qui élève la pop électronisée au grade d’orfèvrerie arty.

Breton War Room Stories[rating=5]

Les basses éclaircies et tropicales qui introduisent l’album en même temps que le très diffusé tube « Envy » l’annonçaient déjà clairement : détaché de l’électro rock industrielle, underground et lo-fi de Other People Problem’s, le deuxième album de la bande de Roman Rappak devait engager avec War Room Stories le chemin d’une pop assumée et moins punk que son prédécesseur discographique.

De la pop, mais pas de populisme

De la pop, mais que l’on se rassure toutefois, pas de populisme pour autant chez le très exigeant collectif d’outre-Manche. Il ne sera en effet question ici de vain et stérile entertainment, mais plutôt d’une pop tantôt fabriquée dans une electronica progressive (« S Fou »), teintée de rock mélancolique et d’instrumentations classiques (« Closed Category »), ou de post-dubstep synthétique (on pense un peu à James Blake sur « Brother »), souvent rangée dans une catégorie proche de ce que peuvent apporter les deux derniers albums des Foals, avec qui les Londoniens avaient partagé quelques dates à l’automne et auxquels ils semblent avoir emprunté la persistance des basses et des claviers claires, presque tropicales (« Envy », « Search Party »).

Other’s People Problem dans le rétro

Sans doute conscient de sa nomination guerrière et narrative, War Room Stories n’en oublie pas pour autant de garder un œil attentif dans le rétroviseur de sa propre histoire, et de réutiliser à bon escient les ambiances martiales, héroïques et vénéneuses qui avaient fondé auparavant la notoriété du groupe. La bonne nouvelle se trouve aussi dans cette continuité fidèle et particulièrement jouissive.

Avec les synthétiseurs pervers de « Got Well Soon », et plus encore avec l’édifiant et lo-fi « Legs and Arms », les garçons de Breton reprennent ainsi les armes qui les avaient rendu maître de l’électro rock arty britannique il y a deux années de cela, accumulant les collages tamisés, foutraques et surréalistes. Ils n’oublieront pas non plus d’y accoler les guitares et les batteries omniprésentes, compléments parfaits des élancées vocales du leader Roman Rappak, toujours aussi punk et dandy dans sa locution acharnée.

Enregistré loin du Lab londonien dans lequel avaient été conçus « Pacemaker », « Edward the Confessor » et autres « Electrician » (et pour cause, l’endroit a été détruit cette année), Breton a dû se réfugier du côté de Berlin et d’un ancien bâtiment du Parti Communiste local pour y trouver semblable havre de paix et d’isolement obligatoire à la bonne santé musicale du groupe.

Other’s People Problem ne suintait pas spécialement la touche indie de la capitale londonienne. De la même manière, War Room Stories ne porte pas en lui une quelconque touche berlinoise. Par-delà les influences locales et générationnelles, l’album paraît manifester plutôt une fois encore la remarquable personnalité sonore d’un groupe qui gravite avec War Room Stories très haut dans la galaxie pourtant bien remplie de l’électro pop britannique.

Aussi efficace dans les (très) grands espaces que dans les (très) petits (le bonheur est le même qu’on l’entende au Zénith ou au Silencio), le nouvel album de Breton sera à découvrir le jeudi 6 mars prochain dans l’enceinte bienheureuse de la Cigale parisienne.

Breton, War Room Stories, 2014, Believe, 38 min.

Visuel : © pochette de War Room Stories de Breton

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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