Théâtre
L’Annonce faite à Marie, Yves Beaunesne restitue la beauté nue et brûlante de Claudel

L’Annonce faite à Marie, Yves Beaunesne restitue la beauté nue et brûlante de Claudel

28 juin 2014 | PAR Christophe Candoni

Aux Bouffes du Nord, la mise en scène dépouillée d’Yves Beaunesne redonne toute sa force lumineuse à « L’Annonce faite à Marie », la pièce mystique de Claudel portée avec incandescence par Judith Chemla dans le rôle de Violaine, sainte et martyre, apportant consolation et délivrance au monde pêcheur.

Si quelques traces discrètes d’un Moyen-âge de fiction persistent, la mise en scène intemporelle d’Yves Beaunesne montre une pièce universelle qui parle et touche aujourd’hui. Depuis son mémorable Partage de midi embrasé par Marina Hands à la Comédie-Française puis avec L’Echange présenté à La Colline, le metteur en scène s’est fait de Claudel un auteur de prédilection et parvient à en livrer, comme nul autre pareil, une lecture débarrassée de toute pesanteur théâtrale, de lyrisme grandiloquent et d’univocité. En ayant recours aux moyens les plus simples – un plateau nu où rayonnent superbement le verbe et les acteurs – il fait entendre une langue rugueuse, terrienne, qui respire bien, se parle bien, s’éructe bien et donne ainsi à voir un Claudel finalement plus proche car tellement humain.

Dans L’Annonce faite à Marie, il est question d’ordre contesté, de sentiments contrariés, de conflits de famille, de rivalités, de don de soi, du désir de chair et de rédemption, tout cela est joué sur scène d’une façon évidente et fort concrète. L’atmosphère rurale et laborieuse de la pièce est parfaitement rendue. Marine Sylf fait une Mara au fort tempérament. Elle entre en scène les pieds et jambes nus, légère et sauvage dans sa petite robe d’été, coquette mais travailleuse avec un panier de linge à la main. La mère, campée par Fabienne Lucchetti, est une femme de poigne qui plume la pintade sous un soleil de plomb. Jean-Claude Drouot est un puissant patriarche.

L’éblouissante Judith Chemla, toute de vivacité enfantine, est une Violaine céleste et animée à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, elle court à sa perte en embrassant par charité Pierre de Craon, un bâtisseur d’églises qui l’a désirée autrefois. Ayant contracté la lèpre dont il est atteint, elle est reniée et dénoncée par Mara, sa sœur rivale car amoureuse de Jacques (robuste et sensible Thomas Condemine), le fiancé que doit épouser son aînée selon les vœux paternels.

A l’occasion d’une poignante séquence filmée en noir et blanc, on découvre Violaine errante éperdue dans un paysage sec et désert, avant de la trouver sur scène telle une bête galeuse, retirée du monde, vêtue de guenilles, bâchée sous un plastique. Modèle de bonté, elle répondra au désespoir de sa sœur qui l’a retrouvée, ressuscitera son enfant mort et fera triompher le pardon.

Les violoncelles de Myrtille Hetzel et Clotilde Lacroix, interprètes de l’étrange composition de Camille Rocailleux et le chant des comédiens installent un beau et fervent climat de solennité mais, trop présents, ils ralentissent considérablement la progression de la pièce déjà suffisamment musicale et en casse le rythme. Quelques fautes de goût dans les costumes que signe Jean-Daniel Vuillermoz sont également à déplorer. Mais tout cela n’est que broutille face à l’intensité de l’émotion reçue.

Photo © Guy Delahaye

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