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[Interview] Paul Kalkbrenner : « tellement de pays dans le Monde dans lesquels j’aimerais jouer »

[Interview] Paul Kalkbrenner : « tellement de pays dans le Monde dans lesquels j’aimerais jouer »

26 juin 2015 | PAR Bastien Stisi

Deux ans après son passage à Rock en Seine et quelques semaines après sa venue au Trianon, le Berlinois Paul Kalkbrenner se prépare à occuper ce soir la scène du Solidays pour y présenter son septième album logiquement nommé 7, un festival dont il est incontestablement l’une des très grandes têtes d’affiche. Dans un vaste et luxueux hôtel du XVIe arrondissement, bien loin de l’intimité des scènes underground berlinoises au sein desquelles il a débuté, rencontre et entretien avec celui que les Français, affectueusement ou mimétiquement, ont pris l’habitude de nommer Paul K…

À la veille du Solidays, la set list de ton live est-elle déjà prête ?

Paul Kalkbrenner : Oh oui bien sûr ! J’ai joué dans des conditions similaires à Rock en Seine il y a deux ans, où la taille de la scène et le nombre de personnes qui viennent assister aux concerts sont à peu près les mêmes, alors je me sens prêt !

Envisages-tu tes lives de la même manière devant un public allemand que devant un public étranger ?

P. K. : Non, je ne les prépare jamais de la même manière. Je ne sais pas vraiment pourquoi… Je joue juste mes trucs à moi, je ne fais pas trop attention au public qu’il y a devant moi…

Tu revendiques le fait de ne jamais jouer que des « lives », et de ne jamais faire de « DJ set »… À partir de ce postulat, doit-on tout de même te considérer comme un DJ ?

P. K. : C’est une bonne question… Je suis musicien et je fais de la musique sur scène. Je pense donc effectivement que ce serait faux de me qualifier de « DJ ».

En novembre dernier, toi qui es né en Allemagne de l’Est (à Leipzig), tu as joué devant 500 000 personnes pour l’anniversaire de la Chute du Mur de Berlin, Porte de Brandebourg…

P. K. : Ce fut effectivement très fort émotionnellement ! Pour moi qui suis né en Allemagne de l’Est, comme tu le dis, clôturer une cérémonie aussi symbolique était juste incroyable.

Penses-tu pouvoir redonner un jour un live émotionnellement aussi fort ?

P. K. : Oui, pour le cinquantième anniversaire !

As-tu la sensation, en participant à des événements aussi importants dans l’imaginaire collectif de ton pays, d’être une véritable icône en Allemagne ?

P. K. : Oui, j’ai parfois l’impression que c’est un peu le cas, notamment dans mon rapport avec l’Équipe nationale allemande… Je suis assez fier de mes couleurs nationales. Mais plus quand je suis à l’étranger quand même. Lors de mes voyages, il y a souvent des gens qui me disent « ah oui, tu es le mec de Berlin ! » C’est l’un de mes noms ! Mais en France, c’est plutôt Paul K. Il y a que les Français qui disent ça. Ils m’appellent « Paulo » aussi parfois, c’est marrant.

J’ai lu que tu n’étais pas forcément satisfait de la manière dont tu avais réalisé ton précédent album. Que tu l’avais composé trop vite, et donc pas dans de bonnes conditions. As-tu œuvré différemment pour cet album-là ?

P. K. : Exactement oui. Je ne suis pas satisfait de la manière dont j’ai composé les deux derniers même… Pour corriger ça, tout simplement, j’ai arrêté de tourner autant que je le faisais avant…J’étais complètement fou, je faisais beaucoup trop de dates pour pouvoir me concentrer correctement sur la réalisation d’un album. J’ai joué, bien sûr, mais beaucoup moins. J’ai enfin pris du temps pour composer.

7 est le premier de tes albums à sortir chez un Major, Sony en l’occurrence (ndlr : ses premiers albums sont parus chez BPitch Control, et ses derniers sur Paul Kalkbrenner Musik, son propre label). Compte tenu de la popularité qui est la tienne et des succès foudroyants de tes derniers albums, est-ce que ce passage de l’indé au major change énormément de choses pour toi ?

P. K. : C’est vrai que j’ai une certaine popularité en Allemagne et que les choses vont plutôt bien pour moi, mais je ne le suis pas au point de ne pas avoir à me soucier des éventuels problèmes qui peuvent arriver. Je crois que passer en Major était une étape logique pour moi. Tu sais, je joue dans de très grands festivals en France, en Allemagne, et j’aime toujours jouer dans ces pays, mais il y a tellement de pays dans le Monde dans lesquels j’aimerais jouer… Il y a la Lituanie par exemple ! Être chez un major me permet d’être distribué de manière différente dans le monde, de m’ouvrir de nouvelles portes.

Rejoindre Sony, était-ce aussi pour pouvoir accès au catalogue de Columbia, dont tu as notamment emprunté quelques samples dans ton album ? (« White Rabit » de Jefferson Airplane notamment, sur « Free Your Head »)

P. K. : C’était aussi l’une des raisons, exactement ! J’ai eu la chance d’être le premier artiste à avoir eu accès aux archives de Columbia, et notamment à tout un tas de pistes de guitares et de batteries, spécialement réservés aux samples d’artistes. C’était hyper pratique pour moi d’avoir accès à tout ça. Et puis, je n’aime pas tellement les sons que l’on produit aujourd’hui, alors c’était très bien…

As-tu un rapport particulier à la musique des années 60 et 70, que tu samples donc pas mal sur ce dernier album ?

P. K. : Lorsque j’ai samplé « White Rabit » de Jefferson Airplane, et que j’en ai parlé à mes amis, personne ne voyait ce que c’était… Mon oncle, lui, voyait par contre très bien ce que c’était ! Il trouvait ça fantastique que je sample un morceau de 1967… C’est une musique que j’ai entendu à la radio, c’est un sample et une voix avec lesquels j’étais personnellement familiarisé.

De cet album, le public ne connaît pour le moment que deux titres clipés (« Cloud the Rider » et « Mothertrucker »), qui forment les deux premières parties d’un triptyque vidéo. Ces deux clips montrent la quête de Florian, un jeune homme désireux de partager la musique qu’il aime avec ses contemporains, et qui se fait violenter par eux pour avoir été un peu trop insistant… Métaphoriquement, ce diptyque, qui appelle un triptyque, est-il une métaphore de ton propre parcourt ?

P. K. : Oui, Florian a exactement le même problème que j’ai avec ma musique aux U.S.A. ! Je joue ma musique, mais personne ne connaît… Mais Florian, pour le coup, c’est le prototype du fan hardcore de ma musique qui essaye de faire partager sa musique avec les autres. C’est sa seule arme face aux autres.

Florian, c’est une personne réelle ?

P. K. : Non, bien sûr que non ! On a juste imaginé quelqu’un qui voulait rendre les gens heureux, leur faire du bien, mais qui, comme c’est mal perçu, reçoit du mal en retour. Tu verras vite ce qui lui arrive au final !

Un garçon passionné par sa musique et qui connaît des problèmes physiques et mentaux à cause de ça… c’est une problématique que l’on retrouvait déjà largement dans Berlin Calling, le biopic fictionnel qui t’a fait connaître…

P. K. : Oui, c’est bien vu ! Je crois que les gens qui ont réalisé la vidéo avaient beaucoup aimé le film… la connexion vient sans doute de là !

Six ans après, ce n’est pas trop lassant de voir que ce sont encore les morceaux de Berlin Calling et notamment « Sky and Sand » qui fonctionnent le mieux lors de tes lives ?

P. K. : Si ça l’est parfois. Il y a deux, je n’en pouvais plus, mais ça va mieux maintenant. Je sais que c’est ce que les attendent, ça se voit, alors je leur donne. J’ai l’habitude maintenant.

On sait que tu exécutes la plupart de tes lives avec un maillot de foot sur les épaules. Est-ce que tu porteras demain, puisque le concert est à Paris, le maillot du Paris-Saint-Germain ?

P. K. : Non ! Je pense que je vais plutôt porter celui du Bayer Munich (ndlr : le club dont Paul Kalkbrenner est fan) : ils ont annoncé récemment sur leur compte Instagram que la meilleure photo de quelqu’un avec un maillot du Bayern serait l’image de la semaine du compte… J’espère avoir mes chances en me prenant en photo avec la foule du Solidays derrière moi !

Paul Kalkbrenner, 7, 2015, Columbia / Sony

Visuel : © pochette de l’album

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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