Essais
« Le Fagot de ma mémoire » de Souleymane Bachir Diagne : Ubuntu

« Le Fagot de ma mémoire » de Souleymane Bachir Diagne : Ubuntu

24 mai 2021 | PAR Julien Coquet

Professeur de philosophie à l’université de Columbia à New York, le spécialiste de la philosophie islamique et de l’histoire des sciences nous raconte les lieux qui ont marqué sa vie, constitutifs de son parcours académique.

Dès l’introduction, Souleymane Bachir Diagne reconnaît que les lieux où il a vécu sont constitutifs de sa personnalité. Né à Saint-Louis mais ayant pourtant passé très peu de temps dans cette ville du Sénégal, le philosophe se définit comme « enfant de Saint-Louis », porteur d’une culture « faite d’une tolérance qui n’est pas condescendance, mais sens du pluralisme ». Une formule qui pourrait s’appliquer à la pensée philosophique de Souleymane Bachir Diagne.

De Saint-Louis à New York en passant par Dakar, Paris, Cambridge, Bayreuth ou encore Chicago, le philosophe loue les personnes qu’il a rencontrées et sa famille qui l’a éduqué, comme cette mère qui a toujours cru aux bienfaits de l’éducation et qui fut extrêmement fière de son fils lors de son intégration de l’Ecole Normale Supérieure. Au-delà de ses rencontres avec Louis Althusser et Derrida, ses professeurs lors de la préparation de l’intégration de philosophie, et Léopold Sédar Senghor, Souleymane Bachir Diagne rend hommage à ses deux maîtres à penser : Henri Bergson et le philosophe indien Mohamed Iqbal (« J’ai découvert combien le philosophe français est présent, non seulement dans les écrits du poète indien, mais dans celle de nombre d’intellectuels musulmans qui, au XXème siècle, ont élaboré, en mettant en œuvre des concepts de L’Evolution créatrice, une pensée de la revivification de l’islam »).

Le Fagot de ma mémoire se présente aussi comme un portrait du monde universitaire et de son mercato où les professeurs les plus réputés s’échangent entre universités. Philosophe ouvertement musulman de tradition soufie, homme de plusieurs cultures, Souleymane Bachir Diagne rappelle l’importance du mot bantou « ubuntu » : faire humanité ensemble.

« La trajectoire qui avait été la mienne jusque-là, de mon école Santhiaba urbaine de Ziguinchor à l’école de Dieuppeul, du lycée Van-Vollenhoven de Dakar à Louis-le-Grand, puis à Normale sup et Harvard, aurait peut-être pu me faire croire, naïvement, que le mérite est le grand égalisateur qui récompense celui qui se consacre à l’étude. Ce n’est pas faux, bien sûr, et c’est dans cette conviction que mes parents m’avaient élevé ; mais encore faut-il être dans les conditions de pouvoir prouver son mérite. Aux esclaves venus d’Afrique il avait été interdit d’apprendre à lire et à écrire. La ségrégation, de droit dans certaines localités, de fait dans certaines autres, avait ensuite barré à leurs descendants l’accès à de bonnes écoles où ils pourraient découvrir leur propre talent. »

Le Fagot de ma mémoire, Souleymane Bachir Diagne, Editions Philippe Rey, 160 pages, 16 €

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Julien Coquet

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