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[LiveReport]Barrière enghien jazz festival, le tour du monde hypnotisant d’Hindi Zahra et la folk sucrée d’Emilie Gassin

[LiveReport]Barrière enghien jazz festival, le tour du monde hypnotisant d’Hindi Zahra et la folk sucrée d’Emilie Gassin

27 juin 2015 | PAR Marie Charlotte Mallard

Pour sa deuxième soirée, le Barrière Enghien Jazz Festival flirtait avec les frontières du genre et s’ouvrait au monde. Blandine Harmelin, directrice du festival, dans une interview qu’elle nous accordait il y un an expliquait vouloir tendre des ponts entre les générations et les styles. C’est ce que révélait une fois encore la programmation de ce soir avec la jeune chanteuse folk Australienne Emilie Gassin, ainsi qu’avec Hindi Zahra chanteuse marocaine aux influences multiculturelles. Un avant goût de vacances, et une soirée proprement dépaysante.

Si elle nous vient de l’autre bout de la planète, Emilie Gassin s’est pourtant déjà faite largement remarquée par le public français puisqu’elle a déjà fait la première partie d’Ayo, de Benabar, Christophe Mae, Renan Luce. Rien d’étonnant car la jeune australienne a foulée le sol français depuis bien longtemps, porté par son père mauricien elle a passé son adolescence en France. Ce soir, elle présentait au public du festival son nouvel album « Curiosity » sortie en mars derniers. Si comme le dit l’adage, la curiosité est un vilain défaut, il est sans nul doute pour Emilie Gassin une source intarissable dans laquelle elle puise son inspiration. C’est avec un titre totalement folk qu’elle débutera le concert, A little bit of love qui dès le refrain séduira le public qui spontanément accompagnera la musicienne ici en session acoustique, en frappant des mains en rythme. Elle enchaînera ensuite par le titre qui la définit le plus, Curiosity kill the cat, un titre plus pop, enjoué et surtout plus malicieux qui encore une fois ne manquera pas de saisir l’attention des spectateurs. Elle poursuivra avec une reprise inattendue, le fameux Freed From Desire de Gala, dont elle propose une version lente, comme une balade méditative et intimiste. C’est avec le sucré, énergique et vitalisant Like a Punch qu’elle clôturera cette première partie, et achèvera d’emporter l’adhésion du public dans une légèreté et une bonne humeur communicative. Encore une fois, le public marquera spontanément la rythmique, et alors qu’elle accélère le mouvement à la fin de son titre, la poussera à aller encore plus loin. Une jolie ovation récompensera la jeune australienne qui a bien des égards n’est pas sans nous rappeler Selah Sue. Une belle découverte et surtout une artiste à suivre.

Récompensée en 2010 d’une victoire de la musique pour son album Handmade dans la catégorie musique du monde, Hindi Zarha est une artiste atypique par l’éclectisme et la richesse de son répertoire qui semble puiser dans les racines du monde entier. En avril dernier, elle a sorti son nouvel opus, Homeland qu’elle présentait hier soir sur la scène du Barrière Enghien Jazz Festival. Un concert qui prendra des allures de voyage tant sa musique pénétrante et entêtante dressera devant nous des paysages lointains, transformant cette soirée en une odyssée fantastique, une aventure peuplée d’oasis ensoleillés où règne la sérénité. Une promenade contemplative où néanmoins l’ouverture musicale apparaît côtoyer la profondeur de l’âme, les méandres mystérieux de l’intime, la sinuosité des secrets jardins intérieurs. Aussi nous étions ce soir tels des observateurs juchés sur les sommets du monde observant sa beauté autant que plongés dans ces abymes. Ainsi, une heure durant nous parcourons la terre, en long, en large et en travers.

C’est par l’hypnotique et même psychédélique To the Forces qu’elle débutera le concert, nous plongeant au cœur de l’orient, puisque la chanson évoque les berbères des montagnes, leur vie dans un confort sommaire, en cohésion avec les forces de la nature.  Puis elle poursuivra dans cette lignée, avec le titre La Luna, balade folk mi andalouse, mi orientale, ou résonnera discrètement le derbouka. Le titre suivant sera plus pop, avec quelques réminiscences de tango, mais aussi plus européen puisqu’il est dans la langue de Molière, il s’agira du nostalgique Un jour. Nous resterons dans les sonorités latines mais partirons plutôt du côté de Cuba avec la petite bossa nova Can we Dance, avant repartir en orient avec le ténébreux The moon is full. Hindi Zarha puise dans toutes les cultures, tous les mouvements musicaux, et sa musique nous en évoque mille autres, des mélodies andalouses en passant par le rock psychédélique des Doors, ou celui des Pink Floyd, le Son cubain, un peu de roots et de reggae, un peu de pop folk américaine avec Any story, sans jamais oublier ses racines marocaines. L’artiste enchainera les titres, et n’échangera que très peu de mot avec le public préférant communiquer uniquement par la musique, comme si tels des solistes de musique classique, elle souhaitait créer une bulle pour mieux peindre les décors, et permettre à l’auditoire la divagation personnel, solliciter son imagination, sa projection individuel plutôt que lui donner d’emblée les clefs de son imaginaire. Les mélodies envoûtent autant que la voix grave, chaude et lascive d’Hindi Zarha ensorcèle. Chaque titre reçoit de grands applaudissements et les cris du public témoignent de la totale conquête de l’artiste sur la salle.

C’est dans la folie du magnétique et fascinant The blues durant lequel elle partira dans une transe énigmatique, dansant de la tête, n’ayant de cesse de faire tourbillonner sa chevelure, qu’elle clôturera le concert. Une apothéose qui ne manquera pas de lever la salle qui malgré les remerciements ne décolle pas et en redemande. Hindi Zahra reviendra donc interpréter deux titres dont Stand up, sur lesquels l’assistance ne manquera pas de bouger et de danser. Une Standing ovation mérité pour une artiste qui porte en elle et sa musique, la terre entière.

© Pascal Thiébaut (toutes les photos ici)

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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