Pop / Rock

[Chronique] « Control » de Fyfe : ombres et lumières

[Chronique] « Control » de Fyfe : ombres et lumières

10 mars 2015 | PAR Bastien Stisi

SOHN, How To Dress Well, James Blake, Oceaan, William Arcane, Deptford Goth…De ces artistes cousins et de leurs sampleurs bavards, qui ont pris le parti de noyer les névroses anciennes et nouvelles dans un mélange acide et contemporain d’électro acoustique, de R&B, et de soul, le Londonien Fyfe, qui a sorti cette semaine son premier album, se détache en amenant quelques timbres lumineux. En tête, un objectif : permettre au noir de rayonner davantage.

[rating=3]

Cette prédominance de la couleur, malgré l’ombre bel et bien existante, elle transparaît jusque sur la pochette de ce premier album, sur laquelle le visage de Paul Dixon (c’est le nom civil de Fyfe) se retrouve peinturé par une multitude de couches gouachées et colorisées. En aérant un peu l’esprit, on pourrait croire que chaque couleur ici étalée symbolise un genre, tant ils sont nombreux à s’accumuler sur ce Control malgré la base R&B évidente que suggère l’élément discographique.

La voix de Fyfe, très juste et gentiment lascive, s’allonge ainsi sur une multitude de territoires sonores, du tribalisme synthétique évoqué par le refrain de « Conversations » au lyrisme mélodique de « Solace », de la soul psychée de « Polythene Love » à l’électro pop-folk de « Keep It Together », donnant un bel aperçu de ce qu’il est possible de créer, dans les années 2010, avec l’assistance précieuses des sampleurs bienfaisants.

Control refuse ainsi le ton sur ton autocentré et trop cafardeux, s’avérant absolument pop et globalement mélodique (hormis sur la tentative gospel « Lies Pt II »). Une pop dans laquelle les pulsions répétées de la boîte à rythmes paraissent être les battements du cœur, un organe qui, tant mieux pour lui, bat bien fort, à en juger l’importance accordée ici à l’expansion amoureuse (« For You », « Polythene Love », « Holding On »). Lorsque celle-ci est nuancée, Fyfe se montre judicieux. Lorsqu’il tombe dans le lyrisme miauleur et le pathos rococo (« Holding One », « In Waves », « St Tropez »), par contre, le tout est bien moins heureux.

De manière très paradoxale, et malgré la richesse véritable de l’objet, c’est sûrement lorsqu’il perd le « Control », justement, que le jeune Londonien (dont la candeur pouponne s’affiche sur son visage de jeune-premier) s’avère le plus intéressant. Prenons pour exemple le titre terminal (qui porte le même nom que l’album), qui par sa capacité à s’étouffer dans une accumulation de nappes électro enfin relâchées, laisse entrevoir un Fyfe plus pertinent, enfin libéré d’une production jusqu’ici excessivement propre. « Ce sont les enfants sages, Madame, qui font les révolutionnaires les plus terribles », écrivait Sartre. On verra bien ce que nous réserve demain.

En concert le 8 avril au Point Éphémère, et le 22 avril au Palais Auron dans le cadre du Printemps de Bourges.

Fyfe, Control, 2015, Believe Recordings, 41 min.

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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