Performance
« P.P.P. » : tentative de dialogue de Phia Ménard avec la glace

« P.P.P. » : tentative de dialogue de Phia Ménard avec la glace

10 mars 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Pari fou de Phia Ménard : jongler avec de la glace. De ce spectacle d’une heure, relevant de la performance, on emportera en définitive, plutôt que le souvenir d’une traversée intense, quelques moments sublimes. Si tous les gestes ne touchent pas, la scénographie et certaines scènes rendent la glace vivante, dangereuse, malicieuse…

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Lorsqu’on arrive au Monfort, on sait déjà que le projet de Phia Ménard est magnifique. Lorsqu’on prend place dans la salle, on remarque que des boules de glace sont suspendues au-dessus du plateau. Tout au long du spectacle, elles vont fondre. Puis s’écraser au sol. Ce plafond va pleurer. Les sphères les plus proches de nous chutent déjà. La chaleur du public, de la concentration humaine ? Cette scénographie émeut en tout cas profondément.

Sur scène, Phia Ménard nous attend, assise sur un siège formé de blocs de glace. Elle va bientôt se lever, commencer à se mouvoir. On la trouvera splendide lorsqu’elle jonglera avec un morceau de glace comme une gamine, avant de le faire atterrir au sol, et se briser. Lorsqu’à nouveau, elle jonglera gracieusement avec une petite boule de glace. Lorsque, assise sur un gros glaçon, elle glissera sur tout le plateau, devenant elle-même une balle de jonglage. Lorsqu’elle fera virevolter en flocons toute la glace répandue sur scène, comme en un bouquet final…

Elle ouvrira plusieurs congélateurs, qui lui tiennent compagnie. En sortira des boules de glace, jouera avec… A certains moments, on la verra déplacer cette neige accumulée. Sans se servir d’elle pour créer et faire évoluer, en direct, une situation. Donc une scène. On pourra alors trouver qu’artiste et matière ne dialoguent pas totalement. On préférera voir revenir les scènes qui semblent les plus écrites. Les moments de cirque, si touchants.

Devant un tel spectacle, on ne demande pas à tout comprendre. Ni même à ce que les gestes soient reliés à un fond. Juste à éprouver. Et on aurait aimé, à certains moments, que la glace joue plus. Qu’elle devienne véritablement la partenaire de Phia Ménard, que les numéros se passent à deux. Mais notre artiste n’a sans doute pas voulu aboutir, au final, à un spectacle relevant totalement du cirque. Plutôt à un objet performatif, contenant du flottement. Afin de figurer « une part de son intimité », au sein de laquelle a lieu un questionnement d’identité. A chacun, donc, d’être plus ou moins touché par cette mise à nu, par ces gestes énigmatiques. Par cette figuration d’un intérieur, domestique et physique, où chaque objet renferme en fait un océan de larmes.

Visuels : © Jean-Luc Beaujault

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