Pop / Rock
[Live report] Oceaán, Woman’s Hour et Lykke Li au Festival des Inrocks

[Live report] Oceaán, Woman’s Hour et Lykke Li au Festival des Inrocks

12 novembre 2014 | PAR Bastien Stisi

C’est au Nord de l’Europe que le Festival des Inrocks est allé piocher les trois noms qui ouvraient hier soir son édition 2014, du côté d’un Casino de Paris essentiellement venu admirer la manière dont se transcrit en live la pop gracieuse et faramineuse de la diva Suédoise Lykke Li..

Et du Nord, c’est d’abord de celui de l’Angleterre dont il s’agit. Alors qu’au même moment s’agitent de l’autre côté de la Manche les pop horizontales des Frenchies Frànçois & the Atlas Mountains, de Petit Fantôme et d’Isaac Delusion (oui, le festival des Inrocks cette année, fait une escale à la Scala de Londres, en plus de ses dates à Paris, Lille, Lyon, Nantes, Strasbourg, Toulouse et Tourcoing), c’est une entité émanant de Manchester qui débarque d’abord sur la scène du Casino de Paris, et qui en profite pour amener dans son sillage cette noirceur que l’on sait propre aux groupes émanant de la cité de Joy Division (de MONEY à WU-LYF, de No Ceremony /// aux Chemical Brothers, c’est rarement la joie).

Oceaán, Woman’s Hour : broyer du bleu, passer les heures 

Mais plutôt que du noir, l’homme-instrument Oceaán s’applique à broyer du bleu (marin), faisant déambuler, avec la complicité d’un batteur en charge de percussions électroniques, quelques vagues d’électro soul tribale (« Grip »), de post-dubstep tracassé (« To Lose »), de R&B apaisé (« I Need You »). Les jeux de lumière teintent la scène de lueurs bleutées (forcément), la sono broie la voix du garçon sous un fracas ignoble avant de se ressaisir, les esprits de James Blake, de SBRTKT, de Disclosure, de Gold Panda, ou d’How To Dress Well trainent dans les environs. Les gambettes gigotent, et les cervelles aussi.

On sait Oceaán quasiment aussi connu pour ses productions personnelles que pour les remix qu’il réalise pour les autres. On l’a ainsi vu retaper au cours des mois écoulés les pop divergentes de Swim Deep, de MØ, et bien sûr celle de Woman’s Hour (sur « Darkest Place »), qui, parce que la vie est quand même bien faite, investit justement la scène dans la foulée. Cette woman-là (Fiona Jane), puisque l’on en parle, vient elle aussi du Nord (Ouest) de l’Angleterre, s’entoure de plusieurs men en charge de l’animation sonore, et engage des Conversations (le nom de l’album sorti cette année chez Secretly Canadians) qui sembleront la concerner davantage qu’un public pas toujours très réceptif aux instants de pop sombre, aérienne et lumineuse proposés ici. L’heure de la femme, peut-être, mais à part sur quelques instants (comme sur cette belle reprise de « Dancing in the Dark » de Bruce Springsteen), certainement pas encore celle du bonheur.

Lykke Li : entre folk de grâce et pop de masse

Et puis, voici Lykke Li, et l’escale terminale du côté du Nord scandinave. On l’introduit avec quelques cris de joie émanant des gorges desserrées de groupies assumées (il y en a pas mal), et avec des brumes factices qui viennent teinter les premiers instants du concert de lueurs chamaniques. C’est aussi que la Suédoise, dont on se rappelle que sa redoutable ascendance FM a débuté il y a quelques années avec la relecture qu’avait effectué The Magician de son gros tube « I Follow River », paraît ici semblable à une grande prêtresse pop, elle qui énonce les sortilèges quasiment tous issus de son dernier album I Never Learn (un disque de rupture) avec une conviction et une justesse vocale irréprochable.

Et les vêtements élargis qu’elle porte renforcent cette impression, de la même manière que ces quelques percussions tribales qui s’animent parfois avec ingéniosité, et notamment sur l’interprétation du tube que tous attendent (c’est donc « I Follow River ») et que tous continueront à chanter avec une joie ostentatoire même après les dernières notes prononcées par les synthé tous chauds du morceau. Cet instant-là est celui d’une belle communion entre l’artiste et son public, tout comme le sera l’interprétation pleine de punch du très rock « Get Some » (« I’m your prostitute, you gon’ get some »).

Elle, entourée de musiciens dont les amples grandiloquentes donneront clairement à sa discographie des allures de cérémonie pop , tape parfois avec force et conviction sur une cymbale, lorsque ce n’est pas sur la peau grelottée d’un tambourin (cette attitude-là rappelle Tune-Yards, que l’on a vu au Pitchfork il y a une dizaine de jours), le tout effectué au sein d’un show à la double face certaine : les moments de pop folk sensibles charment par la force de leur grâce viscérale, et ceux de pop boursouflée de stade lassent par la lourdeur de leurs emphases vocales. On s’y attendait.

Le reste de la programmation de cette édition 2014 du Festival des Inrocks, c’est par ici.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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