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[Live report] José González, Jungle et Caribou au Pitchfork Music Festival

[Live report] José González, Jungle et Caribou au Pitchfork Music Festival

02 novembre 2014 | PAR Bastien Stisi

Troisième et dernière journée hier pour le Pitchfork Music Festival, qui après avoir vu les performances magistrales de The Notwist et de Mogwai jeudi, puis les cajoleries folk de Belle & Sebastian vendredi, accueillait hier une programmation aux résonances électro plus assumées, avec en guise d’apothéose centrale la performance immensément attendue du grandiose Caribou…

Les plus pointus (et les plus oisifs) auront eu l’occasion de traîner dans la luminosité décidément très tamisée de cette Grande Halle de La Villette à partir de 16h30, afin d’y voir un défilé de noms dont l’identité parle surtout aux plus attentifs des reviews notées de Pitchfork Magazine (Jessy Lanza, Charlotte OC, Tobias Jesso Jr, Kwamie Liv, MOVEMENT), un bastion qui verra son espace se remplir de manière plus conséquente dans les environs de 21h, soit juste le temps d’avoir vu passer en coup de vent (de sang ?) le show, psyché, excessif et particulièrement foutraque des gars de Foxygen, fidèles à leur réputation d’allumés des neurones.

Des guitares qui se froissent, des tee-shirts qui tombent des torses (Sam France, le chanteur timbré du groupe, est semblable ici à un Iggy un peu moins amaigris), et voilà une autre tarée (l’Américaine Tune-Yards) qui se présente quelques instants plus tard à l’autre bout de la Grande Halle. Celle-ci convoque M.I.A., Amy Winehouse et Glass Animals, transcrit les épisodes de son dernier album Nikki Nack (« Real Thing », « Wait for a Minute », « Water Fountain »), le tube que tous attendent (« ‘Bizness’ »), envoit un chant guerrier et généreux dans le micro lorsqu’elle ne tape pas brutalement sur des percussions tribales, et livre une pop aux lueurs éparses (il y a ici du hip hop, de la soul, des pulsions haïtiennes, de l’électro, du R&B…) qui ne s’interdit rien. Et même pas d’être incroyablement libre.

José González : le dommage collatéral

Et puis, voici la grosse incompréhension. Alors que tous ont vu leurs jambes, leur bassin, leur tête, commencer à engager des mouvements répétitifs qui se confondent avec de la danse grâce à la pop voyage-sourire de Tune-Yards, et que l’on sait que les fous-funks-furieux de Jungle occuperont cette même scène dans une petite heure, voilà qu’intervient dans les environs José González. Et il faut savoir qu’avec le leader de Junip (qui était d’ailleurs programmé au Pitchfork l’an passé), le propos n’est pas forcément orienté « bacchanale de dancefloor ». L’Argentin-suédois débarque avec la formation guitare acoustique / voix, livre les émanations (sublimes) de son album In Our Nature, reprend The Knife (« Heartbeats ») et Massive Attack (« Teardrop »), et capte plus encore les sens lorsqu’il s’entoure du tandem clavier / batterie (en fait, lorsque l’on se rapproche de la formation Junip…) Le public, lui, somnole. Et pour se réveiller, il discute à haute voix (de choses passionnantes sans doute), à tel point que les bavardages de ceux qui traînent au Pitchfork simplement parce qu’il est socialement fondamental de traîner au Pitchfork couvriront quasiment la voix d’un song-writter dont la performance, pourtant impeccable et honorable compte tenu des circonstances, aura souffert de sa programmation hasardeuse.

Et le voyage des gambettes reprend avec Jungle, cette formation d’outre-Manche longtemps cachotière, dont on a appris il y a seulement quelques mois, après des semaines de buzz savamment orchestré, qu’il s’agissait d’un duo considérablement grossi afin de répondre aux problématiques du live (ils sont sept au total). L’intro se fait psyché, sinoque, vaporeuse, transporte dans un western où le sable se voit remplacer par la verdure des forêts (ou des jungles tant qu’à faire). Et les jeux de lumière, forcément, colorent la scène en vert, mettant en avant le nom d’un groupe écrit en lettres majuscules derrière un sextet tisseur de lianes entre l’électro, le funk, le nu-disco hédoniste, la pop ultra-efficace. Claquement de doigts, mouvement des bassins, renouvellement de la funk de demain.

Caribou toujours au sommet

Et puis enfin, voilà Caribou, et en même temps l’arrivée d’un peu d’ambiance au sein d’un festival qui en aura manqué jusqu’alors de manière absolument désespérante (il semble y avoir plus d’intersections au Pitchfork via Instagram / Facebook / Twitter qu’entre les humains présents sur place…) À cet instant, il est d’ailleurs possible que l’on atteigne la plus grosse affluence de ces trois journées de festivités mesurées, tant le nom du Canadien a parcouru avec insistance les lèvres des jeunes gens branchés du coin durant ces dernières 72 heures. Et le don d’amour est immédiat. Car l’on débute avec « Our Love », le morceau éponyme du dernier album (amoureux) de Daniel Snaith et de son groupe Caribou, dont la performance donnera encore une fois tout son sens au concept de « live électro ». Car il ne s’agit pas ici d’un DJ qui s’occupe de tracklister ses morceaux derrière un Macintosh. Batterie, basse et synthé viennent en effet accompagner la voix (vocodée) du Canadien sur scène, donnant un habillage idéal à un live qui mêlera les compositions de ce dernier album (« Mars », « Silver », « All I Ever Need ») et celles de Swim, bien sûr, dont il suffit de faire résonner quelques notes (les cloches de « Bowls », les cris impossibles d’ « Odessa ») pour imposer sur les visages des sourires (enfin !), pleins et honnêtes, qui viendront se colorer encore davantage lors du lâcher de ballons multicolores qu’occasionnera la venue de « Can’t Do Without You », dont on répétera les paroles si simplistes et si vraies lors d’un vrai beau moment de transe collective.

Et les gens ont raison de hurler avec mimétisme les paroles de « Sun », qui finalisera de manière grandiose le concert. Car Caribou fut le Soleil de cette dernière journée de festival, celui qui sera parvenu à éclairer les visages, les sens, la Grande Halle et ses ombres. Il faut écouter Caribou en studio, et le voir en live. Autant que possible. Les plus courageux passeront le reste de la nuit avec Four Tet, avec Jamie XX, avec Kaytranada. Le tout poussera les corps jusqu’à 6 heures du matin. L’esprit, lui, restera ancré sur les paroles de « Can’t Do Without You ». Car elles résument à elles-même l’importance qu’aura eu ce show-là au sein d’une journée qui se serait montrée bien banale sans l’intervention bienheureuse du plus grand donneur d’amour de la scène électro mondiale…

Visuels © Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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