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[Live report] Health, Battles, Thom Yorke & Four Tet au Pitchfork Music Festival

[Live report] Health, Battles, Thom Yorke & Four Tet au Pitchfork Music Festival

31 octobre 2015 | PAR Bastien Stisi

Après une 1ère soirée marquée par les venues de Godspeed, de Deerhunter et de Beach House, le Pitchfork Music Festival poursuivait hier soir son édition 2015 avec les performances, qu’on attendait largement, de Health, de Battles, et bien évidemment de l’immense légende Thom Yorke, invité à jouer son dernier album solo en date Tomorrow’s Modern Boxes.

De Health à Kurt Vile : montées et descentes

Et en attendant le plat principal de cette soirée particulièrement alléchante, quelques amuse-gueules plus ou moins faciles à digérer. Intervenus après le hip hop un peu trop présomptueux de Rome Fortune (haranguer le public à cette heure-ci et en cet endroit, avec la passivité éternelle de ce public-là, c’est compliqué…), ce sont les quatre membres de Health qui allument, comme on s’y attendait, les premières véritables mèches de la soirée. Explosif, abrasif et sonique (ça bouge quoi), le live des Californiens, fortement imprégné par les extraits de leur dernier album Death Magique (« Stonefist », « Men Today », « Flesh World (UK) »), prouve que l’alliance du sacré et du salé peut décidément être une bonne chose, à condition bien sûr d’être capable de correctement le cuisiner. Maître des contrastes et des contradictions complémentaires, Health invite dance music, pop lyrique, rave épidermique, monde des cieux et des Enfers. Le guitariste et ses cheveux à la Jimmy Page, qui n’aura cessé de faire tournoyer sa nuque et ses cheveux clairs, doit avoir à l’heure qu’il est un sacré mal aux cervicales.

Battles : définitivement aptes au combat

Les cervicales, on continuera de les bouger avec véhémence. Mais pas tout de suite. Car l’un des gros problèmes avec le Pitchfork, et on l’avait déjà constaté l’an passé avec l’enchaînement hasardeux et criminel Tune-Yards – José Gonzalez – Jungle, c’est sa manie de proposer un ordre de passage toujours relativement incompréhensible, line up hasardeux qui fait retomber les ambiances quasiment aussi vite qu’il les avait fait monter. Alors, après la bombe Health, on se voit proposer les ambiances piano bar de Rhye (joli mais chiant, il faut bien l’avouer) puis l’americana dépouillée de Kurt Vile. Compliqué de se replonger dedans avant l’arrivée de Battles, ce trio new yorkais dont on avait salué l’excellence de son dernier album légèrement plus complexe que ce que laisse suggérer son nom (La Di Da Di), et que les plus assidus avaient déjà pu voir à l’intérieur de cette Grande Halle de La Villette à l’occasion de la dernière édition de Villette Sonique. Définitivement à l’aise avec une formation à trois qui avait dû être validée après le départ de l’ancien chanteur du groupe Tyondai Braxton, Ian Williams, Dave Konopka et John Stanier (absolument immense à la batterie) évoquent les éléments passés (« Ice Cream » et « Futura », issus de Gloss Drop ou « Atlas », issu de Mirrored) et récents (« FF Bada », « The Yabba », isus de « La Di Da Di) de leur discographie, et perdront les esprits avec autant d’aisance que s’égarent ces éléments de math rock, de post-rock et de pop bizarroïde. Un live intense et immense.

Thom Yorke en transe, Four Tet sans forces

Et puis voici Thom Yorke. On se le répète plusieurs fois, parce que c’est quand même du leader de Radiohead dont il s’agit. Et on n’est sans doute pas les seuls à écarquiller les yeux bien grands, vu l’étendue de la foule qui se dresse devant la scène principale de la Grande Halle au moment où débute la présentation de cet album – Tomorrow’s Modern Boxes – qui, contrairement à ce qui était envisagé, ne sera pas le seul à recevoir les honneurs de la soirée. Car si l’on entendra bien les contours, pompeux, cafardeux et méticuleux (du très claustrophobe « A Brain in a Bottle » au très décalé « There Is No Ice (For My Drink)) de cet album, le second sous son appellation solo, qui rappelait à quel point la mélancolie traficotée sous toutes ses formes, sinueuses et grandioses, était l’un des exercices dans lequel l’Anglais avait depuis toujours excellé, on entendra aussi quelques-uns des titres issus de The Eraser (les sublimes « Black Swan » et « The Eraser », et aussi la prod’ malade de « Twist » sur une énième complainte superbe), tous accompagnés par ces vidéos diffusées sur deux écrans géants, alternant formes géométriques, onduleuses et cubiques.

Thom Yorke, lui, est exact à ce que l’on pouvait attendre de lui : c’est-à-dire que lorsqu’il n’est pas occupé à manipuler avec ces mimiques lyriques son micro, ses machines ou sa guitare, il se lance dans ces danses aléatoires, épidermiques et indispensables, qui ont contribué à façonner sa propre légende quasiment tout autant que celles qu’engageaient il y a plus de 30 ans Ian Curtis avec Joy Division. Le très grand moment très abouti et très applaudi de cette 2nd journée, suivi de près par le set terminal de Kieran Hebden (aka Four Tet), qui jouait pour la 2e fois en 3 ans dans l’espace de la Grande Halle (une fois à Villette Sonique et donc deux fois au Pitchfork), mais cette fois-ci sans l’aide précieuse de ces vidéos qui épousaient avec une justesse remarquable les formes de son album (Beautiful Rewind) présenté alors. Sans ces vidéos-là, et avec un nouvel album détaché en deux morceaux de 20 minutes chacun (Morning / Evening), le live du talentueux britannique, seul face à la foule derrière ses machines, perdra de son intensité autant que de son intérêt.

Le Pitchfork Music Festival se poursuit et se conclut aujourd’hui. Sa programmation se retrouve ici.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

3 réflexions au sujet de « [Live report] Health, Battles, Thom Yorke & Four Tet au Pitchfork Music Festival »

Commentaire(s)

  • alma75

    Petite précision : Kurt Vile a quitté The War On Drugs en 2008 pour se consacrer à sa carrière solo. Il n’était donc pas présent pour le set de The War On Drugs lors du Festival Pitchfork 2014

    novembre 1, 2015 at 22 h 42 min
    • Bastien Stisi
      Bastien Stisi

      Bien vu Alexis, my bad !

      novembre 2, 2015 at 9 h 52 min
  • nico

    Thom Yorke leader de « feu » Radiohead ? Une petite correction s’impose je pense.

    novembre 2, 2015 at 12 h 48 min

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