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[Live report] Angela Gheorghiu : une diva égarée en terrain vaseux

[Live report] Angela Gheorghiu : une diva égarée en terrain vaseux

12 novembre 2014 | PAR Victorine de Oliveira

Dimanche 9 novembre, la soprano roumaine s’arrêtait à Paris, au Théâtre des Champs-Elysées, pour un récital bien mal fagoté. Récit d’une étrange soirée…

Il est des soirs où l’on rallie l’avenue Montaigne avec un poil plus d’étoiles dans les yeux, un tremblement d’excitation supplémentaire. Car Angela Gheorghiu  se fait rare en France et à Paris, comme bien d’autres divas de renommée internationale dont la préférence va plutôt aux scènes newyorkaises ou londoniennes.

Une coquille dès les premières pages de la note de programme, l’annonce que le ténor est « souffrant », et que le premier air sera remplacé par un autre, nous enlèvent d’emblée à notre petit nuage : tout ça sent la précipitation, la dernière minute ficelée à la hâte. Inquiétude justifiée ! Flanquée d’un orchestre poussif au nom compte-triple, la Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz, et d’un ténor aussi charismatique qu’une endive, Marius Vlad Budoiu, Gheorghiu assure quand même le show. On devine qu’une fois son cachet payé, c’est avec des clopinettes qu’il faut se débrouiller…

Entre les attaques savonneuses du pupitre des vents et des aigus aigrelets tristement pendus au bras de la soprano, on a du mal à goûter l’or moiré de sa voix. Le récital est à son nom, mais elle n’en chante qu’une moitié, le reste se partageant péniblement entre arias pour ténor seul et interludes orchestraux. Où l’on fait l’intéressante découverte qu’un air de Lohengrin peut n’avoir rien à envier aux pires tortures, côté soliste et public… La médiocrité peu inspirée de ses acolytes semble pourtant ne pas l’affecter, ne la privant ni de regards langoureux, d’effets de robe à traîne, ou de sourires enjôleurs.

Quelques pépites sauvent la soirée, moments de grâce d’autant plus inattendus que le reste s’enlise inexorablement, y compris le duo de La Bohème « O suave fanciulla ». « Ebben ?… Ne andro lontana » extrait de La Wally de Catalani, et « O mio babbino caro » de Puccini donné en bis, laissent éclore une voix qui s’épanouit en un phrasé ample et soyeux. Ces moments de fragile tendresse tranchent avec le numéro d’exubérante diva que Gheorghiu joue à coup de trois changements de robes, de coiffures et de maquillages successifs. Si on voulait causer chiffon, on se laisserait tenter par la dernière, dont la dentelle noire lui sculpte un corps de danseuse flamenca. Et de se trémousser sur les rythmes hispanisants de « Granada », de saluer telle une reine à chaque sortie de scène… On sourit en espérant qu’elle ne se prend pas trop au sérieux, que l’ironie de cette soirée l’empêche de prendre entièrement au premier degré le mot « diva »…

A bientôt cinquante ans (mais chut, il ne faut pas le dire…), Angela Gheorghiu respire la plénitude vocale. On l’attend donc avec impatience en juin prochain à l’Opéra Bastille pour l’Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea. En croisant les doigts pour une production moins bâclée… !

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Victorine de Oliveira

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