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[Live report] Christophe, Batuk, Fishbach, Fyfe : nos coups de coeurs du MaMA 2016

[Live report] Christophe, Batuk, Fishbach, Fyfe : nos coups de coeurs du MaMA 2016

15 octobre 2016 | PAR Bastien Stisi

Au MaMA, le festival qui sollicite autant les pros que le public, et qui s’étendait sur Pigalle (de La Machine à La Cigale, du Divan du Monde au FGO Barbara) de mercredi à vendredi, il y en a eu beaucoup, des concerts. Et parmi eux, quelques coups de coeur majeurs.

Magistral Christophe

Christophe d’abord, qui interprétait devant une Cigale conquise d’avance son dernier album en date (le 13e studio), l’inattendu Vestiges du Chaos, empreint d’une modernité saisissante qui fait cohabiter l’auteur des « Mots Bleus » (dans lesquels l’on ne se plongera pas ce soir) avec une musique électronique qui culmine parfois très haut (« Stella Botox », « Les Vestiges du Chaos », « Drone », « Ange SalE »), et qui épouse à merveille la poésie toujours vivace d’un auteur qui, sympa sur ce coup-là, offrira à un public bien azimut (des plus âgés, qui suivent la carrière du Français depuis les années 60 aux hispters qui s’y sont intéressés ces dernières années) son éternel « Aline » en guise d’apothéose finale. Alors, ici, ça crie, ça crie, ça pleure presque sur l’émotivité des « Mots Fous » ou de « Dangereuse ». Mais pas de peine non. De joie plutôt. Car ce concert-là fut grand, ingénieusement maquillé par un jeu de lumière et une scénographie parfaite (dans un autre genre, celle du live impeccable de Clément Bazin avec ce miroir derrière lui et ses jeux de lumières s’était aussi avéré remarquable le mercredi) et un charisme humain absolument attachant.

Question charisme, et dans le versant « théâtral » du genre, on est aussi tombé sous le charme reptilien de la Française Fishbach, nouvelle coqueluche du label francophile Entreprise (Moodoïd, Grand Blanc, Bagarre, Blind Digital Citizen) qui ouvrait le mercredi soir dans la Chaufferie de La Machine la soirée des Inouïs du Printemps de Bourges. Format minimal (une humaine qui chante des mots, et une machine qui balance des prods), mais efficacité maximale : devant un public majoritairement composé de pros (forcément : on y payait des coups gratos…), ce qui est loin d’être le plus évidemment, la Française fait valoir son jeu de corps et ses jeux de mots avec une dextérité saisissante, et livre les contours d’un premier EP éponyme aussi « Mortel » que le titre phare qui lui a permis d’obtenir un minimum de notoriété. « Tu vas vibrer », « Béton mouillé », « night Bird (Petit Monstre) : il y a un mélange bien singulier de Christine and the Queens, d’Eurythmics et de La Femme chez cette fille-là, captivante d’intensité et de présence scénique. La claque est humide, et véritable.

Le festival Batuk

Un peu comme celle reçue le lendemain, dans un genre largement plus festif toutefois, du côté du Centre Barbara et du live de Batuk, ces Sud-Africains survoltés auteurs cette année d’un album ahurissant d’intensité rythmique et politique (Musica da Terra) qui permet de danser sur les beats du monde tout en en constatant les dérives, de ce monde-ci. « Puta », « Força Força », et l’immense « Call Me Naughty » : l’afro house du quatuor (trois garçons, une fille) fait fonctionner les corps, et activent certains neurones. C’est l’alliance idéale. On notera aussi, après le tonnerre Batuk, et avant le set toujours plein d’une énergie parfaite des trois membres de La Fine Équipe le lendemain, la très bonne performance dans la foulée de DBFC le projet du français Dombrance et du mancunien David Shaw, qui dans la lignée des festivités électro-post-punk-pop-new-wave-dance des productions DFA Records (LCD Soundsystem, The Rapture, Factory Floor, Museum Of Love…), proposent une tech-pop jouée et chantée en live, et jamais plus pertinente que lorsqu’elle laissent à ses beats technoïdes la possibilité d’être poussés à fond (le tube « Leave My Room » qui terminent leur live, est en cela une réussite parfaite).

Toujours pertinent, aussi, les lives du londonien Fyfe, auteur d’un bel album sorti il y a deux ans (Control) et d’un EP (Stronger) dans une lignée un poil plus pop au Printemps, et vu le jeudi soir à la soirée organisée pour les 10 ans du label Believe Recordings à La Cigale. Ce R&B-là se fait groovy et électronique, et le live toujours authentique : c’est douillet et confortant comme les caresses que l’on reçoit le dos de ces êtres qui nous veulent parfois un peu de bien. Une ambition qui fut sans doute celle aussi de la jeune et très touchante montréalaise Emilie & Ogden, aperçue dans le confort chaud et peinard des Trois Baudets, avec cette pop faite de murmures, de tendresses jouées à la harpe, et de gentillesses dites avec l’accent toujours charmant des gens du Québec. Le charme de Montréal, et le charme de Pigalle. Quelle jolie réussite.

Visuels : B.S.

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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