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[Critique] du film « La fille inconnue » Polar social inabouti des frères Dardenne

[Critique] du film « La fille inconnue » Polar social inabouti des frères Dardenne

15 octobre 2016 | PAR Gilles Herail

Les frères Dardenne conservent une ambition intacte et toujours aussi salutaire de chroniquer le quotidien des oubliés de la société, en s’essayant cette fois au genre du polar social. La fille inconnue séduit dans son portrait de médecin populaire (interprété par la talentueuse Adèle Haenel) mais a plus de mal à rendre crédible son enquête qui lorgne parfois du côté du téléfilm policier. Notre critique. (Retrouvez également ici notre article cannois)

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Synopsis officiel: Jenny, jeune médecin généraliste, se sent coupable de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune fille retrouvée morte peu de temps après. Apprenant par la police que rien ne permet de l’identifier, Jenny n’a plus qu’un seul but : trouver le nom de la jeune fille pour qu’elle ne soit pas enterrée anonymement, qu’elle ne disparaisse pas comme si elle n’avait jamais existé.

Le cinéma des frères Dardenne est désormais reconnu et installé, grâce au soutien de la presse et des festivals, mais aussi du public qui a réservé un très bel accueil au Gamin au vélo et à Deux jours une nuit.  Les castings sont désormais peuplés de visages connus mais l’exigence artistique et l’aridité stylistique du duo est restée intacte. On attendait donc beaucoup de La fille inconnue, reposant sur des enjeux qui correspondent parfaitement à l’ambition à la fois psychologique et sociale des cinéastes belges. Le point de départ du scénario est une culpabilité, incontrôlable, qui taraude et obsède le personnage principal (interprété par Adèle Haenel) : ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une femme finalement retrouvée morte quelques instants après. Une décision qui paraissait inconséquente et servait surtout de prétexte pour ré-affirmer l’autorité du Docteur face à son stagiaire. Un coup de sonnette ignoré qui va amener cette jeune généraliste à reconsidérer son rapport au travail et à enquêter sur l’identité de la victime.

La fille inconnue a de belles idées. Redonner un nom, une stèle, une dignité aux marginaux qui disparaissent sans que leurs corps ne soient jamais réclamés. Libérer la parole, casser les non-dits et accepter les sentiments les plus noirs de chaque personnage. Évoquer en creux le rôle du médecin auprès des plus précaires, dans la continuité des témoignages de Médecin de campagne ou Hippocrate. Le regard des frères Dardenne est toujours aussi précis sur les détails, les mots, les mouvements et les gestes, qui donnent à leur film une vraie crédibilité. La chronique du cabinet médical, ses patients, son rôle à la lisière du psy et de l’assistante sociale se mêle à un beau portrait de femme, qui cherche autant à ré-humaniser son métier qu’à se dégager de sa propre honte.

La fille inconnue déçoit en revanche sur la gestion de son suspens et l’intégration des codes du polar dans cette chronique sociale qui se veut pourtant réaliste. Les seconds rôles masculins sont caricaturaux (malgré la présence d’Olivier Gourmet, Jérémie Rénier ou Marc Zinga). Et la justesse du regard s’efface quand l’héroïne se perd dans cette quête de vérité qui veut aborder trop de thèmes et lorgne parfois du côté du téléfilm policier. De beaux moments, une conscience militante toujours aussi importante, mais une déception par rapport aux deux derniers films des Dardenne.

Gilles Hérail

La fille inconnue, un drame franco-belge des frères Dardenne avec Adèle Haenel, durée 1h46, sortie le 12 octobre 2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

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