Performance
« L’Étang » de Gisèle Vienne : un ventriloquisme de sentiments

« L’Étang » de Gisèle Vienne : un ventriloquisme de sentiments

03 octobre 2021 | PAR Simon Gerard

Après un Crowd très performatif et grisant, Gisèle Vienne revient — après près de deux ans d’attente dues  au Covid — à la fiction au théâtre. Après sa création à Douai, et ses dates au festival d’Automne, le désormais tube de la rentrée est programmée à Marseille dans le cadre du Festival Actoral. Elle met en scène une intense et difficile adaptation de l’Étang de Robert Walser, génialement interprétée par Adèle Haenel et Ruth Vega Fernandez.

L’Étang rappelle Purifiés de Sarah Kane. La scène est à la fois immaculée et sale, abstraite mais réaliste par incises. L’atmosphère est lourde et toxique du début à la fin – on ne comprend pas exactement pourquoi… on ose à peine le deviner… et quand on le devine on voudrait l’oublier.

Dans un enchaînement de scènes chronologiques, le public distingue un nom parmi les dizaines de personnages interprété.e.s par Haenel et Vega Fernandez sur scène : Fritz. Il est l’enfant dont on suit la vie écorchée via un flux de mots dont on doute toujours de la provenance ou de la destination, ou même de s’ils sont parlés, pensés ou adressés. On décèle un mal être intense, nourri par des violences physiques et morales, des sentiments contradictoires et des des agissements obscurs.

L’horreur de l’Etang ne sera jamais que suggérée, avec une insistante lenteur donnant à la violence une douceur insupportable. L’inceste et le viol sont suggérés avec une finesse telle que l’on se sent coupable d’y penser. Les pleurs et les rires se confondent et nous font douter de notre empathie. Les voix s’enchaînent dans une seule bouche et transforment le récit en un jeu de piste complexe auquel on veut s’accrocher coûte que coûte, pour comprendre, pour savoir. Gisèle Vienne fait du ventriloquisme de sentiments : comme les mots sortis d’une bouche inanimée, les émotions affleurent et l’on ne sait pas d’où ils proviennent.
Visuel ©Gisèle Vienne, L’Étang, ©Estelle Hanania

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