Performance
« dSimon » de Simon Senn, ou peut-être l’inverse

« dSimon » de Simon Senn, ou peut-être l’inverse

03 octobre 2021 | PAR Simon Gerard

Après Be Arielle F dans laquelle il achetait la réplique 3D du corps d’une étudiante britannique et l’incarnait virtuellement avant de se mettre à la recherche de son modèle réel, l’artiste Suisse Simon Senn explore avec une géniale simplicité le thème troublant l’intelligence artificielle. La performance est programmée à Marseille dans le cadre du Festival Actoral.

 

Aux côtés de la chercheuse Tammara Leites, Senn crée une intelligence artificielle nourrie de ses propres données personnelles – emails, notes personnelles, textes théoriques, résumés de ses créations… À sa naissance, l’IA se baptise elle-même : elle est dSimon – un Simon digital. Ainsi débute une plongée vertigineuse dans et autour des pensées d’une machine qui apprend, évolue, réfléchit et se réfléchit avec une humanité désarmante.

Simon Senn réactive dans dSimon un protocole scénique similaire à sa pièce précédente : une performance-conférence intimiste, illustrée, subtilement interactive. Le public est captivé – car il s’agit de ne pas perdre un seul mot, une seule idée de cette exploration dans laquelle Senn se perd corps et âme.

Là réside toute la force de dSimon, qui explique que l’on ne s’ennuie pas devant cette conférence aux allures de Ted talk. On n’est ni dans la science pure, ni dans un traité de bioéthique, ni dans un pamphlet politique. On est dans le flou, dans l’indécision, dans le questionnement. Le public est perdu dans les interrogations morales et philosophique qui affleurent sur scène à mesure que Senn et Leites, un peu moins perdu.e.s que nous, nous guident dans ce labyrinthe post-humain.

Pourquoi l’avatar de Simon tient il des propos racistes, xénophobes et profondément hétéronormés ? Comment a-t-il pu prévoir des évènements et des situations avec une précision déroutante ? Jusqu’où peut aller l’impact de cette AI dans la vie de l’artiste dont il est avatar ? Jusqu’où peut aller l’autonomie de ces non-êtres, quand on voit que dSimon est capable d’établir un dialogue captivant et effrayant d’honnêteté avec un Elon Musk artificiel ? On est tellement perdus par ces questionnements que l’on finit même par s’interroger : pourquoi ne pas poser la question à l’intéressé ? Alors Simon questionne dSimon, le prend à parti, l’interroge. Les réponses sont forcément vertigineuses.

Il est rare de ressentir autant, en tant que spectateur, l’engagement d’un artiste dans sa création. C’est ici le cas : Simon Senn joue avec sa vie, son existence. Il défie son intégrité physique et intellectuelle. Il y adjoint des enjeux politiques, juridiques, éthiques. Il est son propre cobaye. On ne peut que l’en remercier.

Visuels : (c) Elisa Larvego

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Simon Gerard

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