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« L’étang », la dernière création palpitante de Gisèle Vienne

« L’étang », la dernière création palpitante de Gisèle Vienne

16 mai 2022 | PAR Marguerite Delevingne

Les 14 et 15 mai avaient lieu les dernières représentations de L’Étang au théâtre Nanterre Amandiers. Mis en scène par Gisèle Vienne, ce spectacle est une chorégraphie traversant des sujets poignants, tels que le suicide ou l’inceste.

Gisèle Vienne reprend un texte de l’auteur suisse Robert Walser. L’étang, est une pièce de théâtre qui n’en est peut-être pas une, écrit par l’auteur pour sa sœur. Pour Robert Walser, la famille est le reflet de notre société néo-libérale. L’étang, c’est l’histoire d’un garçon qui doute de l’amour de sa mère. Pour réveiller l’amour maternel, il va feindre son suicide.

Pour interpréter les personnages de ce texte poignant, Gisèle Vienne a choisi les comédiennes Adèle Haenel et Henrietta Wallberg. Elles jouent, réciproquement, Fritz, le personnage principal, mais aussi son frère et sa sœur et ses copains et les deux mères.

Le corps comme vecteur des émotions

Gisèle Vienne, en plus d’être metteure en scène, est chorégraphe. Les corps ont toujours une place centrale dans son travail. L’étang ne fait pas exception à la règle. Les corps des deux comédiennes sont toujours en mouvement, parfois des mouvements très lent avec une grande amplitude. Ce qui donne lieu à de réelles performance physiques pour les actrices : déclamer les paroles de trois personnages à la fois tout en contractant les muscles du corps est loin d’être un travail facile. Les différentes scènes de la pièce originale sont entrecoupées de séquence où la parole n’existe plus, le corps devient le seul moyen de communication entre le spectateur et les comédiennes.

Des comédiennes qui deviennent des performeuses

Adèle Haenel incarne à elle-même 7 personnages, notamment Fritz, le jeune garçon qui va tenter de se suicider. Le fait que plusieurs voix émergent d’un seul corps créé, par moment, une ambiance très angoissante. Le passage d’une voix à l’autre donne au corps de la comédienne un caractère s’approchant de la folie.

Cela aurait dû être en 2019, mais la création a été tragiquement suspendue à la suite du décès de la danseuse et comédienne Kerstin Daley-Baradel. Deux ans plus tard, Ruth Vega Fernandez la remplace et « donne la réplique » (si on peut dire !) à Adèle Haenel. Pour la fin de la tournée, c’est Henrietta Walberg qui monte sur scène. Danseuse, performeuse et actrice suédoise. Son jeu passe beaucoup plus par son corps que par sa voix. À vrai dire, on ne l’entend parler que très peu, ce qui rend chacune de ses prises de paroles d’une très forte puissance. Elles donnent aux rares répliques de ses personnages, une dimension glaçante.

L’étang de Gisèle Vienne, est une chorégraphie magnifique qui ne laisse pas le spectateur indemne. La tournée se poursuit à Vienne du 25 au 28 mai 2022 dans le cadre du Wiener Festwochen et est de retour en France le 1er et 2 juin à Points Communs, Nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise.

Spectacle vu au théâtre Nanterre Amandiers.

Visuel : © Estelle Hanania

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