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[Critique] du film « L’Odyssée » Biopic soigné sur le commandant Cousteau

[Critique] du film « L’Odyssée » Biopic soigné sur le commandant Cousteau

15 octobre 2016 | PAR Gilles Herail

Jérôme Salle réalise une grosse production très soignée, proposant de magnifiques images sous-marines et trouvant par instants un vrai souffle aventurier. L’Odyssée s’attarde trop longuement sur l’angle des relations filiales entre le commandant Cousteau (Lambert Wilson) et son fils (Pierre Niney) mais reste un divertissement largement plus haut-de-gamme que le tout-venant des blockbusters français.

[rating=3]

Synopsis officiel: 1948. Jacques-Yves Cousteau, sa femme et ses deux fils, vivent au paradis, dans une jolie maison surplombant la mer Méditerranée. Mais Cousteau ne rêve que d’aventure. Grâce à son invention, un scaphandre autonome qui permet de respirer sous l’eau, il a découvert un nouveau monde. Désormais, ce monde, il veut l’explorer. Et pour ça, il est prêt à tout sacrifier.

La figure du commandant Cousteau et son bonnet rouge incarne une soif d’exploration et une passion scientifique qui ont fait rêver des millions de gens, dans le monde entier. Le personnage est bien évidemment controversé, financé de manière opportuniste par une société pétrolière, converti plus que tardivement aux thèses écologistes, imprégné d’une vision de l’homme dominant et conquérant la Nature. L’Odyssée ne tombe d’ailleurs pas dans l’hagiographie naïve et explore la complexité d’un héros médiatique et entrepreneur mégalo qui n’a pas toujours su faire les bons choix. Le scénario se focalise cependant surtout sur une relation père-fils qui symbolise l’évolution de Cousteau tout au long de sa vie. N’évitant malheureusement pas une tendance à la psychologisation rapide et à la recherche d’émotions un peu faciles. Ces choix de dramatisation nuisent à l’intérêt du film mais Jérôme Salle se montre beaucoup plus convaincant dans l’évocation de la passion de l’exploration.

L’odyssée fait indéniablement partie des productions françaises populaires les plus soignées de l’année, rappelant l’ambition formelle de La Mome ou Faubourg 36. Le cinéaste utilise au mieux ses confortables moyens pour fignoler sa photo, sa musique, ses plans, ses reconstitutions, son montage. Avec un professionnalisme que l’on ne voit que trop rarement dans les blockbusters made in France. Jérôme Salle réussit surtout son principal défi de mise-en-scène : rendre à l’écran le choc visuel ressenti par les fans de Cousteau, illustrer la beauté de la mer et l’émotion de chaque plongée. Les séquences de tournage sous-marin sont splendides et l’épopée en Antarctique apporte des images sublimes. L’odyssée réussit à capter, par instants, ce qui faisait le succès de Cousteau : cette mise-en-scène de l’homme face à l’immensité de la nature, cette quasi télé-réalité suivant les folies d’un explorateur prêt à soulever des montagnes pour toucher du doigt un instant de « beau ».

Plus que la figure du Commandant ou de son fils, c’est d’ailleurs le personnage de sa femme, brillamment interprétée par Audrey Tautou, qui donne la clef du film. Une passionnée de mer, de découverte, de bateau. Qui fera de la Calypso sa maison, un vieux rafiot qu’elle connait sur le bout des ongles, où elle se sent chez elle, aux côtés de ses marins. Une aventurière qui donne au film une dimension plus universelle et l’éloigne par instants du cahier des charges trop attendu du biopic familial.

Gilles Hérail

L’odyssée, un biopic français de Jérôme Salle avec Lambert Wilson, Pierre NIney et Audrey Tautou, durée 2h02 sortie le 12 octobre 2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

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