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Playlist de la semaine (84)

Playlist de la semaine (84)

27 septembre 2014 | PAR Bastien Stisi

L’arrivée imminente du nouvel album d’Arnaud Rebotini et des Black Strobe, l’émergence fulgurante de la pop sombre de Grand Blanc, et la mélancolie pleine d’espérance du nouveau Fritz Kalkbrenner…la playlist de la semaine, rendez-vous hebdo confectionné par Toute La Culture, rien que pour vos oreilles et pour vos tympans exigeants :

1. Black Strobe, « For Those Who Came to Earth Thru the Devil’s Asshole »

Dans la lignée de ses deux précédents EP Girl From the Bayou et Going Back Home, les Black Strobe et leur leader Arnaud Rebotini s’engagent avec leur second album Godforsaken Roads sur la voie d’un blues crevassé sur lequel s’ajoute, évidemment, la virulente touche disco synthétique qui a fondé leur réputation. « For Those Who Came to Earth Thru the Devil’s Asshole » en est le premier extrait clipé, et focalise la vidéo sur son leader, plus que jamais accaparé par le costume de crooner électro blues qu’il porte avec tant de dextérité depuis les débuts du projet Black Strobe (initialement mené avec le DJ Ian Smagghe) il y a une quinzaine d’années.

2. Grand Blanc, « Degré Zéro »

Phénomène pop français de l’instant, et sans doute aussi de l’année à venir (c’est en tout cas le pari que l’on fait), les Messins de Grand Blanc accompagnent la sortie de leur premier (excellent) EP chez Entreprise (Moodoïd, Blind Digital Citizen, Superets…) du clip de leur « Degré Zéro », road movie décadent et réaliste qui évoque quelque peu l’esthétisme jusque-là véhiculé par d’autres Français, ceux de Le Vasco. Niveau son, les Grand Blanc nous rappellent à quel point ils ont su, déjà, digérer les phrasés et les sonorités de leurs prédécesseurs pop du siècle présent (Lescop, La Femme), pour en évacuer quelque chose de diamétralement singulier : une pop synthétique suffisamment noire pour que nous vienne l’envie d’y trouver la lumière.

3. Fritz Kalkbrenner, « Back Home »

Mélancolie, espoir, mouvement lascif des jambes, voyage, désertion des sens, nécessité évasive : un tas de sentiments complémentaires convergent sur le single Back Home, le nouvel extrait du prochain album de Fritz Kalkbrenner, humecté par la house aux accents soul et disco que l’on sait propres à la famille K. (Fritz, bien sûr, c’est le frère de Paul). Porté par un clip qui obligera tout ceux qui le regarderont dans sa totalité à réserver dans l’immédiat un billet sans retour pour les stupéfiantes contrées scandinaves qu’évoquent les images, le morceau introduit Ways Over Water, un LP prévu pour le 27 octobre prochain. Agence de voyage ambulante, Fritz Kalkbrenner sera également à Paris le 15 janvier 2015, à l’occasion d’une date au Trianon que l’on attend avec une impatience non feinte. En attendant, rêvons, encore, en se souvenant qu’il y a ici quelque chose d’essentiel.

4. Tricky ; Tirzah, « Sun Down »

Après l’odyssée trip hop, l’expérience club : sur Adrian Thaws, son onzième album solo (hors Massive Attack donc), le Britannique Tricky affirme la volonté de vouloir s’intéresser aux largeurs du dancefloor, mais n’en abandonne pas pour autant les angulations détraquées que sa large discographie présentait jusqu’alors. En témoigne ce nouvel extrait éponyme, qui accueille la voix de la chanteuse Tirzah, et qui paraît réservé, s’il concerne vraiment les clubbers, à ceux qui favoriseront le vagabondage de l’âme à celui des guiboles. Tout ça est bien noir, et laisse se répandre dans les airs une odeur de souffre aux accents soûls. On pourra en tout cas s’y perdre, allègrement.

5. Pérez, « Gamine »

Aussi proche des héros new wave d’hier (Taxi Girl, Etienne Daho) que de ceux d’aujourd’hui (Lescop, AV), le Français Pérez prend sur son nouvel EP Gamine la route des dancefloors désuets et eighty (le revival préféré des années 2010), le tout abrité par une production moins nuancée que sur ses morceaux antérieurs (« Le Prince Noir », « Cramer »). Tout de suite, l’intérêt s’en trouve alors beaucoup plus limité. C’est que l’on attend aussi beaucoup de l’ancien leader d’Adam Kesher, remixé également par Chloé, et d’un premier album complet qui sortira courant 2015 chez Barclay.

6. Benjamin Fincher, « Go Outside »

Azimut et difforme, orchestrale et électronique, instantanée et savante…sur son troisième album studio (Kamishibai, sortie le 20 octobre), le Français Benjamin Fincher propose une pop (que l’on appellera parfois folk, rock, électro, et sans doute autre chose) sans papiers ni catégorisation formelle, et poursuit l’élaboration d’un univers que pourrait résumer, s’il n’était toutefois aussi complexe, le réjouissant « Go Outside », qui cumule montées vertigineuses et descentes tout aussi fulgurantes. Ici gravite le genre de pop, en bref, qui sépare le véritable orfèvre capable de produire des horizons nouveaux, de l’artisan capable, simplement, d’élaborer des pastiches gâtés calqués sur le travail de ses prédécesseurs. Lorsque « pop », et ce n’est pas si fréquent, sous-entend véritablement « art ».

7. Koudlam, « The Magnificent Bukkake (1756-1785) – A World of Love remix »

En attendant de sortir son second album chez Pan European Recording (ce sera pour le 13 octobre), le raveur et très bizarrement déstructuré Benidorm Dream, le Français Koudlam s’occupe en remixant ses propres morceaux, et donc « The Magnificent Bukkake (1756 – 1785) », dont il parvient à l’aide d’un beat épileptique et malade à rendre l’ensemble encore plus dangereux que l’original. Et si cette dangerosité concerne d’abord les tympans, elle concerne aussi les yeux, compte tenu des lueurs hallucinogènes et épidermiques qui émanent d’un clip où l’on se croirait dans la version du Procès de Kafka vu par Orson Welles, mais qui aurait été assisté sur le tournage par un gitan des temps anciens sous ecstasy des temps récents.

Les morceaux de la playlist sont à retrouver sur la page Deezer de Toute La Culture.

Visuel : (c) pochette de Back Home de Fritz Kalkbrenner

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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