Pop / Rock

[Live Report] Lescop à la Cigale

[Live Report] Lescop à la Cigale

22 mai 2013 | PAR Lucie Droga

Alors que certains se remettaient difficilement d’un lundi férié, d’autres avaient prévu de prolonger encore le week-end : mardi dernier, après une première partie bien menée par le groupe 69, l’ancien chanteur d’Asyl monte sur les planches de la Cigale avec « Paris s’endort ». On est pourtant bien loin de vouloir fermer les yeux et les oreilles et encore plus d’imaginer  ce qui nous attend.

lescop-album

Qu’on se le dise, Lescop ne peut pas plaire à tout le monde : si son premier album intitulé Lescop  peut être critiquable, le compositeur-interprète énerve par son arrogance, son mépris visible pour le public, ne cessant de répéter à qui veut lui parler « attends, c’est moi qui chante » et surtout, par son refus continuel de sourire. C’est donc face à un personnage froid et antipathique que le public de la Cigale se retrouve ce soir-là : heureusement, nos voisins de droite et de gauche ne semblent pas déconcertés pour autant. A raison il faut dire, car, à la manière d’un Bowie ou d’un Manson (sans pousser trop loin la comparaison), Lesocp s’est créé un personnage pour accompagner une musique à son image, froide et grinçante, où l’humour n’a visiblement pas sa place.

21.00, « Paris s’endort » et une partie du public aussi : rapidement le fossé se creuse entre ceux qui ont tout misé sur « La Forêt » et les autres, qui, dès la première écoute de l’album, ont su entrevoir des mélodies sonnant comme dans les années 80. Là où les premiers font fi de l’hypnotique « Ljubljana », morceau qu’on jurerait composé par les membres de Taxi Girl ou de « Los Angeles » qui rappelle forcément un Daho dans sa jeunesse, les seconds sont ravis par la prestation impeccable des quatre musiciens, qui transforment l’électro de Lescop en un véritable carnage rock, tourbillon de notes qui s’entremêlent, donnant à tous les morceaux de l’album une gravité qu’on n’attendait pas. C’est ainsi que « Le Mal, mon Ange », sordide ballade noire devient la pièce phare du concert, malgré l’absence de Dorothée De Koon, accompagnant le chanteur sur ce morceau.

Parce que maîtrisant avec brio l’art scénique, battant la pulsation avec ses doigts ou dirigeant ses musiciens à la manière d’un chef d’orchestre, tous les yeux sont braqués sur l’énergumène présent sur scène qui alterne entre des mouvements directifs sérieux et des gestes mal assumés, comme si parfois cette enveloppe physique lui pesait trop. Puis les yeux se détachent et les corps commencent à bouger dans la fosse lorsque résonne dans les oreilles les premières notes de « La Nuit Américaine », puis de « La Forêt », véritables claques sensuelles et obsessionnelles : impossible de ne pas penser à Joy Division, Ian Curtis ne devait pas être loin ce soir.

Et il y en avait un autre qui devait se tenir par dessus son épaule : après sa disparition voilà bientôt trois mois, Lescop en profite pour rendre hommage à l’artiste qui l’a probablement le plus inspiré, Daniel Darc et reprend avec humilité « Nijinski », morceau issu de l’album éponyme de 1994 qu’il transforme avec l’aide de ces musiciens en une impressionnante machine de guerre. Quatre assistants débarquent des coulisses et offrent des verres de vodka au public, parce que célébrer Darc ne peut évidemment se faire sans alcool. « A ta santé » lancera Lescop avant de s’enfiler lui aussi un petit verre. Les bras le long du corps, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte, se transformant de plus en plus en gourou new-age, le chanteur entame ensuite « Un Rêve » puis « Le Vent », qui vient légèrement caresser les corps serrés, et terminera son rappel par « Pendant que les champs brûlent » de Niagara avec intensité et émotion. La touche finale, ce sera « La Forêt » : descendant de son piédestal et décrochant quelques sourires au passage (nous voilà tous rassurés, Lescop sait sourire), il s’assoit au milieu de la fosse pour un dernier morceau autour d’un public ravi. Une prestation un peu facile et déjà vue certes, mais qui clôt avec beaucoup de tendresse une heure et demie de concert.

La Cigale en a prit un coup et le sol tremble encore à la fin du concert : on pourra dire ce qu’on veut de Lescop et de sa mauvaise volonté, il reste que le chanteur invite au respect grâce à une esthétique musicale et scénique difficilement critiquable.  A ta santé.

Image à la Une et visuel : pochette d’album de Lescop, Lescop 

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Lucie Droga

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