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Mort de Daniel Darc : A la recherche du garçon perdu

Mort de Daniel Darc : A la recherche du garçon perdu

03 mars 2013 | PAR Aaron Zolty

Une cinquantaine bien tapée, trop tapée.  Une peau noircie par les tatouages à en perdre la clarté.  Le leader baudelairien de la vague new-wave parisienne dialogue désormais avec les anges. Si la nostalgie poétique, la névrose et les expédients sont la voix des génies de la face noire de la lune romantico-rock, ils les perdent à jamais. Séducteur, portant le fardeau d’une psychologie complexe et mortifère, Daniel Darc aura alimenté des albums-giboulées d’éclatantes lumières romantiques et rauques. Une vie d’ébauches à chercher l’homme dans le garçon des Taxi Girl. RIP.

1977, année sexe non bissextile. Les lycées parisiens ont leur groupe. Ils sont tous les héros d’une révolution intellectuelle en marche frappée du sceau des New-York Dolls, des riffs conceptuels punks et de la déferlante « son » des synthés et boîtes à rythmes qui voient le jour. Starshooter, Edith Nylon, Elli Medeiros et les Stinky Toys, Marquis de Sade, Artfact, Les Bérurier Noir, Metal Urbain et Taxi Girl.  Anti-trust, ils le sont tous. Dans tous les sens du terme. Y compris avec ce groupe qualifié de démagogique qui perd son sang froid. Des Bains Douches à la Mecque de la tendance Le Palace, ils remplissent les salles, inventent un mouvement trotskyste et anarchique anti-social dans la ferveur de Joe Strummer, Joe Jackson, les Dead Kennedys, XTC et autre Duran Duran. le mouvement est plus complexe qu’il n’y parait. On trouve dans chacun de ses groupes de Lycée, une désinvolture et un mélange de culture littéraire et musicale haute dans les gammes. Gammes minimalistes s’il en est. Certains groupes, tel Edith Nylon exploseront pour cause de divergence « Punk-rock ou New-Wave ».

Au milieu trône une icône quasi misogyne, mais aimant tellement les femmes. Non pas Nicolas Sarkis d’Indochine, que la plupart considérait comme un groupe fake, ne faisant pas partie de la coalition parisienne. Les héros sont deux.

Elli Medeiros et Daniel Darc.

Le clavier Laurent Sinclair laissera sûrement l’un des plus intéressants chorus d’orgue sur le titre phare Cherchez le garçon. Un chorus solo au son clair proche de Planet Claire des B52’s. Sur tous ces groupes, la ligne claire de Cure règne dans les guitares et les basses. Les riffs reggae s’installent avec l’arrivée de Bob Marley et se mixent au rock de plus en plus harmonique et toujours contestataire des signatures d’Island records. La modernité est en marche. Les drogues Addictions aussi. Si l’on vous demande « C’est quoi les années 80 ? ». Les années 80 c’est tout sauf une marque de spectacle.

Chaque membre des Taxi Girl connaîtra des fortunes diverses. La plus célèbre Mirwaiss Stass, guitariste de son état deviendra le compositeur et producteur des deux albums grandioses de Madonna (Music et American Life). Daniel Darc donnera quelques albums en solitaire. Deux ont retenu l’attention du public : Crêve coeur et Amours suprêmes, deux réelles pépites aux textes forts avec cette voix « de profondis » aux accents mystiques perdus entre un judaïsme de douleurs ancestrales et des amours frustrées, une mère adulée, l’alcool, les amphétamines et une lucidité poétique à nulle autre pareille. Une vie à garder ce garçon de sang et de poussière, émerveillé par le ciel, la peau tant tatouée qu’il semblait se cacher de toute vérité fallacieuse. Il fut jeune et fier. Ce fou de John Coltrane vient de prendre le dernier taxi  devant le Gibus. Où était-ce le Bonbon rose.

 

Discographie Taxi girl

  • Mannequin (1980) Maxi vinyle 3 titres
  • Cherchez le garçon (1980)
  • Seppuku (1981)
  • Quelqu’un comme toi (mini album) (1983)
  • Paris (1984) Maxi & Single
  • Suite & fin ? (1989)
  • Quelque part dans Paris (live) (1990)
  • 84-86 (compilation) (1990)

 

Pour lire la chronique du dernier disque très inspiré de Daniel Darc, c’est ici.

 

 

 

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Aaron Zolty

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