Chansons

L’interview stroboscopique : Grand Blanc

L’interview stroboscopique : Grand Blanc

06 juin 2014 | PAR Bastien Stisi

Crépitements lumineux, rugissements scintillants, et coup de strobo sur Grand Blanc, nouvelle pépite de l’émergeant label Entreprise, entre textes bashungiens et post-punk curtisien. En concert ce soir au Centre Barbara FGO.

Grand Blanc et pop toute noire. Le paradoxe était-il volontaire ?

Il y a un côté paradoxal effectivement et on l’a sûrement un peu cherché. Quand on a trouvé le nom on s’est dit qu’il pouvait à la fois tout et rien dire, on trouvait que ça marchait et que ça avait du sens. Mais après on ne voit pas notre musique comme toute noire. Elle est obscure, sombre, mais elle a aussi son lyrisme et sa confiance et sa lumière. Et ces deux aspects se nourrissent l’un de l’autre.

On pense à Cantat, à Darc, à Bashung, à Ferré dans les mots, et puis beaucoup à Joy Division dans le son. Vous en parlez aussi dans vos textes de présentation. Mais y a-t-il véritablement un processus de citation musicale chez Grand Blanc ?

Dans notre texte de présentation, on a essayé d’esquiver la biographie traditionnelle, on ne voulait pas expliquer ou paraphraser notre esthétique mais plutôt que notre esthétique nous représente. Donc tout se mélange, les influences y compris. Mais on dit simplement qu’on écoutait tel ou tel artiste dans nos voitures pourries, dans notre province et notre adolescence. On ne les érige pas en héros non plus.

Ce qui est certain c’est qu’on compose avec nos coups de cœur, en mêlant nos lubies musicales du moment. On se dit souvent que ce qu’a fait untel on devrait le faire nous aussi. Mais on est quatre – sans compter l’équipe autour avec qui on travaille, vit et échange sur notre musique – donc des choses très diverses se mêlent dans un même morceau. Et au bout du compte, même quand on a envie de « faire du Bashung » on n’y arrive pas et on fait du Grand Blanc. C’est cette inertie du projet qui fait notre son et qui nous garde du jeu de la référence. On s’y prêterait peut-être si on pouvait, mais ce n’est pas le cas.

Avec un peu de recul, est-ce plus compliqué de percer dans l’Est de la France, où la concurrence est moindre, ou de percer en région parisienne, où la concurrence est furieuse ?

La réponse est dans la question, non ? On a commencé à Metz, dans une ville qui compte une salle de concert et un seul café-concert pour 150 000 habitants… Donc forcément c’est plus facile de jouer dans de bonnes conditions avec un projet en démarrage. Et puis la relation aux gens est différente, on tisse des liens plus forts, et sur le long terme. Après il y a le revers, à Paris une fois que tu as trouvé la « porte d’entrée » (ce qui a été très difficile pour nous) tu peux jouer dans beaucoup de lieux, diversifier, faire plus de concerts. Mais quant à la concurrence je ne sais pas si c’est ce qui fait la différence. Les effets de « scènes », qui se produisent plus facilement à Paris j’imagine, sont souvent porteurs pour les groupes proches artistiquement. A Metz on a l’attention pour nous, à Paris il y a plus d’émulation. On a fait le tremplin des Inouïs en Lorraine, pour le coup, le facteur concurrence était en notre faveur, mais c’était aussi et surtout parce qu’on avait presque tout fait en Lorraine jusque là… Musicalement on n’est pas parisiens depuis longtemps. (On en profite pour saluer Nicolas Tochet, Julien Baston, Zikamine et Patrick Perrin qui bossent beaucoup pour tenir la musique éveillée à Metz).

En rejoignant le label Entreprise, vous rejoignez un label qui revendique une pop avant tout déclinée en français. Est-ce déjà un positionnement artistique affirmé pour vous ?

On a toujours écrit et chanté en français. C’est un positionnement artistique qu’on assume, mais même si on ne l’assumait pas ça nous positionnerait malgré nous, c’est le phénomène curieux de la « musique française ».  Après on ne revendique pas du tout le côté franchouillard ou l’exception culturelle, au contraire. Ce qui nous intéresse c’est d’écrire des textes travaillés, si on parlait assez bien une autre langue ou si on avait une vraie histoire personnelle dans une autre langue on l’utiliserait aussi, mais ce n’est pas le cas. Et puis chez Entreprise il y a au moins Moodoïd et Blind Digital Citizen qui chamboulent beaucoup les standards de la chanson en français. Que ce soit par le traitement de la voix, la forme d’écriture. On apprécie et on s’inspire de ce genre de démarches même si la forme de nos chansons est assez classique.

Assurer la première partie de FAUVE pendant toute une série de dates au Bataclan…y a t-il eu après ça un petit changement de dimension pour Grand Blanc ?

Il y a plusieurs aspects de cette expérience. D’abord c’était une expérience humaine incroyable. On a rencontré Fauve, on s’est bien entendus, on a beaucoup parlé de textes et de musique et c’était d’autant plus intéressant qu’on diffère sur pas mal de choses. Ca change la donne de rencontrer d’autres artistes, de créer des liens. On a gagné en recul je pense.

Après il y a l’aspect technique, on a appris à tenir un live sur de grosses scènes et parfois il y a même eu de vrais échanges avec le public. Comme on a passé une semaine entière à faire ça on a appris énormément de choses, revu et corrigé chaque soir. Clairement il y a un avant et un après scénique.

Mais par contre, si on a fait la première partie de Fauve au Bataclan, on est loin d’avoir fait notre Bataclan, et il y a encore beaucoup à faire. On s’en est bien rendu compte. Ce qu’on a vécu nous donne envie d’avancer mais nous rappelle aussi qu’on a des efforts immenses à fournir.

D’un point de vue discographie, où en êtes-vous exactement ?

On sort notre premier EP en septembre prochain chez Entreprise ! On avait quelques maquettes assez inégales avant ça qu’on avait regroupées sous un titre. On a abandonné certains de ces morceaux, retravaillé certains autres. On est au tout début quoi. Et on pense beaucoup à la suite, à un premier album peut-être.

Je cherche des sons pour remplir mon iPod…quelque chose à me conseiller ?

En ce moment on écoute pas mal Girls Names, ils passent au Pop-up Label lundi prochain d’ailleurs. Broadcast fera toujours rêver. Le dernier album de Cheveu est vraiment cool, quoi que certains puissent en dire. On fouille pas mal dans la  discographie de Denim aussi…

Visuel : (c) Adrien Landre

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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