Musique

Deux jours au Festival Chorus des Hauts-de-Seine 2019

Deux jours au Festival Chorus des Hauts-de-Seine 2019

09 avril 2019 | PAR Pierre-Lou Quillard

Sur l’île Seguin, le weekend dernier, pas de chèvres mais des décibels ! La Seine Musicale de Boulogne-Billancourt accueillait du 3 au 7 avril la 31e édition du Festival Chorus 2019 des Hauts-de-Seine, premier événement incontournable de la saison des festivals. Nous y sommes allés ce weekend pour rencontrer les artistes, les publics et pour en capter l’atmosphère. Reportage.

C’est dans l’immensité de ce vaisseau encore flambant neuf qu’est la Seine Musicale, inaugurée en avril 2017, que se tenait pour la deuxième année consécutive le Festival Chorus, anciennement localisé à la Défense. Pour cette 31ème édition, pas moins de six scènes, réparties sur l’ensemble de cet espace dédié à la musique, permettaient aux artistes de se produire. Choix de programmation, les trois journées du weekend présentaient chacune des thématiques et genres musicaux différents. Le samedi était principalement réservé à la scène pop-rock ; à la scène hip-hop/rap pour le dimanche. Mais c’est d’abord une soirée techno-electro qui ouvrait les festivités, ce vendredi 5 avril, avec une foule de DJ sets de la scène française et internationale, faisant techniquement de La Seine Musicale, la plus grande boîte de nuit de la région parisienne pour quelques heures. Rythmes endiablés, saccadés, samples syncopés et effets stroboscopiques étaient bien au rendez-vous.

Pourtant, l’ambiance est étonnamment calme quand-t-on arrive. La musique ne filtre pas dans les immenses espaces de déambulation de ce complexe très bien insonorisé. Quelques dizaines de personnes à peine font la queue devant les food trucks du quai de Seine et discutent dans les bars à l’ambiance chill. Des espaces entiers sont plongés dans l’obscurité. La scène Odéla et l’Auditorium ne sont pas ouverts au public ce soir-là. La foule, on la retrouve dans les salles de concert, quoiqu’en quantité relative. Si les plus petites salles des clubs « Riffx » et « Tutti » sont bondées, le festival peine à remplir le parvis extérieur ainsi que la salle de la Grande Scène sur laquelle se produisent les plus grosses têtes d’affiche. Parmi elles, on notera le quasi bide de Tricky. L’artiste, connu pour son irrévérence assumée, a choisi de faire tout le concert plongé dans l’obscurité. Expérience déroutante pour le public qui ressort, même pour les initiés, avec une certaine amertume dans la bouche. « On aurait bien aimé voir autre chose que la lumière rouge de son joint » nous confie Eric, 43 ans. Ça en dit long sur le personnage. Sur les balcons du fond de la salle, les spectateurs soufflent d’exaspération et discutent entre eux. Aïe !

De  belles découvertes. 

A l’inverse, plusieurs concerts ont suscité un réel engouement. Coup de cœur pour le quatuor de MIND WAVE qui nous a transporté dans sa poésie electro-rock. Sa chanteuse, Kelly Carpaye, mène la danse d’une voix envoûtante teintée de soul tandis que ses musiciens en survêts intergalactiques l’accompagnent en symbiose. Une belle découverte qu’il faudra surveiller ! En parallèle des groupes officiels se produisaient sur scène les candidats du Prix Chorus 2019 des musiques actuelles qui a été remporté par Oktober Lieber, un duo de parisiennes aux sonorités electro-punk vintage. 

Mais le climax de cette soirée, la cerise sur le tourne-disque, c’était le très attendu Fatboy Slim, icône de la scène électro anglaise des années 90 qui nous a proposé un véritable show, autant visuel qu’auditif. Les images psychédéliques en arrière plan des visages du DJ grimé en clown macabre ou en smiley (sa marque de fabrique), un balai de pilules d’ecstasy dansent en parfaite synchronie avec le rythme effréné que nous propose le maestro quinquagénaire à la chemisette hawaïenne.

Bilan en demi-teinte donc pour cette première soirée.

Mais remettons nos compteurs à zéro car il faut le souligner : la journée du samedi n’avait rien de comparable avec la précédente.

Samedi était aussi la journée au cœur du festival qui réunissait le plus de têtes d’affiches. Un public beaucoup plus vaste, plus familial et intergénérationnel était au rendez-vous pour venir écouter Adam Naas, Jacob Banks, Charlie Winston ou encore les hard-rockeurs simiesques et survoltés de Shaka Ponk qui ont presque clôturé la journée et proposant, comme à leur habitude, un show à l’américaine mêlant  jungle apocalyptique et singes cyborgs. Sans oublier Gaëtan Roussel (lire notre interview) qui a fait salle comble et nous as comblés de ses plus grands titres comme d’autres chansons de son dernier album, souvent entendues à la radio.

Le grand auditorium sphérique a lui aussi accueilli des pépites musicales. Mention spéciale pour le très talentueux Worakls qui, accompagné des 18 membres de son orchestre, a fait danser toute la salle avec la virtuosité entraînante de ses partitions électro-symphoniques, dignes des plus grandes musiques de film. On n’a rarement vu ça. On a n’a jamais entendu un tel mélange. Chapeau l’artiste ! Chapeau aussi à la voix infiniment modulable, teintée de soul et de hip-hop de Sly Johnson, éminent représentant du beatbox à la française et ancien membre du Saïan Supa Crew. Il nous a régalés avec un répertoire varié, entre chansons de son futur album et titres plus anciens (lire notre interview pour plus de détails).

Fin de cette immersion au Chorus 2019 pour Toute la Culture qui ne pouvait y retourner le dimanche, journée qui fut aussi riche en programmes et animations liées à la musique et aux arts urbains (hip-hop, rap). Si le Festival Chorus a eu un peu de mal à trouver son public le premier soir, la machine n’en reste pas moins bien huilée et le cœur de festival à pu palpiter au son du chœurs et du Chorus. 

 

 

Visuels : Image en avant : affiche officielle de festival. 

Galerie : ©Pierre-Lou Quillard. 

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