Danse

Les identités orientales de Shira Eviatar au Théâtre de la Bastille

Les identités orientales de Shira Eviatar au Théâtre de la Bastille

08 avril 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Pour la deuxième fois et pas la dernière, le Théâtre de la Bastille fait équipe avec le CDCN Atelier de Paris pour un Focus Danse. Ce soir, deux courtes pièces  Shira Eviatar étaient à voir : Body Roots et Rising.

C’est ce qui s’appelle présenter les choses dans le bon ordre. D’abord les origines puis les traditions bien ancrées. Dans Body Roots Shira Eviatar avance masquée des visages de sa filiation : sa grand-mère marocaine, sa mère américaine, son père marocain, ses sœurs jumelles et elle, toutes israéliennes.  A la veille des élections israéliennes qui ne laissent aucun espoir quant à leur issue, voir Body Roots et Rising permet de saisir en pantomime et en déhanchés à quel point la société israélienne est complexe.

C’est peut-être la figure du père qui est la plus politique. C’est elle qui lui fait dire qu’il veut effacer toute trace marocaine en lui. Elle le fait danser raide loin des bras tout en volutes et en ouvertures de sa grand-mère. Et pour cause, à leur arrivée en Israël, les Juifs Marocains ont été traités de la plus vilaine des façons, parqués dans des lieux dont personne ne voulait et perçus comme des êtres inférieurs aux communautés ashkénazes premières arrivées. Sa danse raconte comment la transition entre les deux identités se fait par un inévitable changement de nom. Eviatar cache un Amoyal plus marqué. 

Les masques donnent une allure clownesque à Shira Eviatar vêtue d’un tee-shirt et d’un short tout deux informes.  Le visage caché devient un objet immobile, en avant sur le reste du corps, qui augmente encore plus ce que tout ce qui est mobile fait.

La transition avec Rising est toute faite. Que garder dans ses gestes de la culture populaire de nos parents et plus loin encore ? En compagnie de Anat Amrani de dos, en culottes et soutifs noirs, elles balancent sérieusement. Ça tremble de partout et surtout des fesses et des hanches. Le duo amène sur la scène contemporaine des archétypes de la danse orientale pour Shira et yéménites pour Anat plus communes aux danses de rues et aux fêtes de famille. Les codes sont occidentaux : un plateau blanc et pas de musique (pour l’instant). Elles vont rester de dos, longtemps jusqu’à la transe. Tout remue ici, des cheveux lâchés et bouclés jusqu’aux pieds qui vont devenir les darboukas nécessaires à tenir la longueur.  

Là encore, le propos est politique. Montrer ces cultures-là, yéménites et marocaines, sur une scène est un acte fort. Il y a du lien entre les deux qui font sens.  Cette danse-là est harassante, les jambes sont lourdes et les chairs en vibrations. Il y a de la masculinité, nécessaire pour être autorisée à danser.  Et au fil de l’eau, aidée par les musiques ( des tubes orientaux : Haya Mei Sana’a de Aharon Amram et Ahlan WaSahlan de Sfataim), la danse frise une autre invention israélienne, la Gaga dance d’Ohad Naharin, tant le geste doit être libre et dépossédé pour être abouti. Elles dansent guidées par le souffle profond, qui peut devenir chant. Le résultat est totalement étonnant.

Deux pièces très actuelles qui questionnent avec un regard neuf le poids de l’héritage culturel.

Ne ratez pas l’occasion de revoir Hard to be soft de notre chouchoute Oona Doherty ( jusqu’au 12) et le troublant Hymen Hymne de Nina Santes (du 15 au 18)

Visuel : ©Jakub Wittchen

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