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[Live report] Vanessa Paradis, The Black Keys et FAUVE aux Vieilles Charrues

[Live report] Vanessa Paradis, The Black Keys et FAUVE aux Vieilles Charrues

18 juillet 2014 | PAR Thibaut Tretout

Pour sa vingt-troisième année consécutive, le festival des Vieilles Charrues est une nouvelle fois l’occasion de transformer Carhaix, quatre jours durant, en capitale éphémère, mais ardente, de la scène musicale française et internationale. Avec une programmation aussi diverse qu’ambitieuse, l’édition 2014 des Vieilles Charrues, devrait tenir toutes ses promesses, par grande chaleur et sous un ciel parfois capricieux. Le thème retenu par les organisateurs, l’heroic fantasy, n’a guère inspiré semble-t-il les festivaliers, plus soucieux de rentrer sur le site ou de s’approvisionner en bière et nourritures diverses, que de se travestir en elfes ou autres créatures à la Tolkien.

Le premier jour commence tambour battant, avec un concert de Vanessa Paradis. Pour son retour à Carhaix, la chanteuse de l’amour, dont le dernier album, Love Songs, décline le thème en ballades d’une gravité légère, était accompagnée sur scène de Benjamin Biolay, qui s’est effacé volontairement devant la star, beaucoup plus à l’aise qu’il y a treize ans. Sur fond d’effets kaléidoscopiques, Vanessa Paradis – cheveux mi-longs, tee-shirt blanc, bracelets aux poignets – semble avoir trouvé le secret de l’éternelle jeunesse : radieuse, elle interprète avec douceur, dynamisme et conviction, ses tubes les plus récents et les plus classiques, face à un public comblé. Vanessa Paradis s’invente, donc, un mariage réussi avec la scène – la scène, la scène – et livre une prestation dont la fraîcheur enchante.

Mat Bastard, survolté pour le premier concert à Carhaix de Skip The Use, s’agite sans retenue et met littéralement le feu aux planches de la scène Kerouac. Le spectacle est de qualité, et la tirade anti-frontiste de Mat déchaîne la ferveur du public, mais les titres du groupe, trop manifestement inspirés de Police et d’autres géants du rock, ne convainquent guère. Verdict : keep the show, skip originality.

Très attendus, Frànçois and the Atlas Mountains sont hélas relégués sur une scène périphérique et font les frais d’une ingénierie du son meurtrière qui assassine aussi bien la voix du chanteur que la suave complexité du jeu instrumental. Frànçois se démène pourtant, mais son passage parmi les quelque festivaliers présents, bien qu’apprécié, ne suffit pas à convaincre.

Retour à la grande scène pour les boys de Nashville : les Black Keys sont là, sur fond d’écrans en noir et blanc, prêts à envoûter le public avec un son qui mêle aux rythmes du rock la mélopée presque country de Dan Auerbach. Les garçons de l’Ohio, toutefois, privilégient une interprétation presque scolaire de leur album, plutôt que de faire un concert : l’atmosphère s’en ressent, et la passivité du public ne s’efface qu’à la fin, pour « Lonely Boy », qui met heureusement à un terme à cette prestation plutôt décevante, comme si la plus belle scène du festival, en somme, avait été donnée au groupe le moins à même de l’animer.

Le contraste avec la prestation suivante, celle de FAUVE, n’en est que plus saisissant, et les fans, dont certains arborent avec une fierté impatiente l’insigne du collectif francilien, affluent par milliers pour assister à l’un des concerts les plus attendus de cette première journée, qui est aussi, et sans contestation possible, le plus réussi. Parfaitement accompagné, fort d’une diction parfaite et d’une maîtrise époustouflante de l’espace scénique, le chanteur de FAUVE est pour ce soir encore la voix d’une génération sans repères, mais qui ne brûle de renier les épiphanies que par amour. Le refrain d’« Infirmière » amène – ou ramène – à FAUVE, et quand tout le monde dans l’assistance – adagio en sourdine, mais sensibilité à vif – pourrait se dire « Voyou », Quentin Postel invite le public à reprendre en chœur et en canon « une sorte de chanson de marin », qui nous emmène encore plus loin que les « 4 000 îles » annoncées. Certes, la rage des musiciens mercenaires ne sera pas éternelle, et divise, mais la prestation de FAUVE, elle, laisse un souvenir proprement impérissable.

Indochine prend le relais, pour un show convenu aux effets inutilement kitsch – ombres chinoises derrière un drap blanc, soldats de bois façon Playmobil géants et poneys galopant dans le soleil couchant – et médiocrement convenable, comme si la longévité de Nicolas Sirkis n’était que la conséquence de l’incapacité du groupe à se renouveler vraiment. Le concert n’ayant été ni tout à fait bon ni vraiment mauvais, Indochine s’est contenté, en fait, d’alimenter le consensus et de laisser ses fans ni tout à fait déçus ni vraiment enthousiastes.

Christine and the Queens, du côté de la scène Grall, entourée de danseurs et dansant elle-même, met en scène son personnage avec une sincérité et une ardeur communicatives, livrant de Saint Claude et de la Nuit 17 à 52 une interprétation littéralement charmante. La nuit ne pouvait pas finir sans un voyage en électro, avec pour guide Bakermat, qui a offert aux festivaliers les plus courageux une heure de musique qui aura passé comme un songe estival.


Les Vieilles Charrues se poursuivent aujourd’hui avec les concerts de Franz Ferdinand, de Stromae et d’Elton John, une programmation complète à retrouver par ici.

Thibaut Tretout et Gweltaz Le Fur

Visuel : (c) affiche du festival

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Thibaut Tretout

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