Musique

[Live report] Vanessa Paradis, Metronomy et Woodkid au Solidays

[Live report] Vanessa Paradis, Metronomy et Woodkid au Solidays

30 juin 2014 | PAR Bastien Stisi

La pluie, omniprésente la veille, a eu la gentillesse de laisser les festivaliers relativement tranquilles à l’occasion de la dernière journée de la 16e édition du Solidays. Pour la remplacer : un temps clément et ensoleillé, et un petit brin de Paradis pour débuter la soirée après les shows de l’après-midi proposés par les garçons et les filles de La Femme et les perturbations timbrées des éternels F.F.F.…

Par Paradis, entendons bien sûr la prénommée Vanessa, programmée sur la grande scène Paris à la même heure que sa cadette de quinze ans Christine and the Queens, révélation féminine de la saison pop qui parviendra à imposer les composantes de son premier album Chaleur Humaine (« Narcissus Is Back », « Saint Claude », « Nuit 17 à 52 ») devant une foule compacte, dansante et tout particulièrement branchée.

Alors, Vanessa. En dehors des déchirantes pages people et des refrains fredonnés un peu trop forts dans les karaokés non-fréquentables (« Joe le Taxi », « Maxou », tout ça tout ça), l’ex-femme de Johnny Depp continue donc à fournir des albums marqués variet’ et pop rock, et, c’est la grande information de la soirée, les décline admirablement bien en live : Vanessa minaude, Vanessa bouge comme si elle n’avait pas encore l’âge qu’elle a (c’est-à-dire 41 ans), Vanessa, surtout, livre une prestation vocale vitaminée et parfaitement juste, accompagnée par une armada de musiciens parmi lesquels on reconnaîtra notamment Benjamin Biolay (guitare, piano), qui avait justement produit son dernier album Love Songs. M, lui, ne viendra pas interpréter aux côtés de Paradis son très diffusé « La Seine » (qui apparaissait dans la BO d’Un Monstre à Paris), ce qui n’empêchera pas le public de répéter avec une charmante candeur les tubes (« Les Espaces et les Sentiments », « Mi Amor », « Il y a ») d’un live aussi inattendu que convaincant.

Girls In Hawaii, Sarah W. Papsun : tristesse et fureur

Et comme quoi il ne suffit pas d’apparaître aux yeux de tous comme de véritables icônes pour produire un vrai bon live, on sera un poil déçu quelques instants plus tard par l’interprétation des Girls In Hawaii sous le Dôme, malgré la beauté toujours aussi incandescente et bouleversante de leur Everest (toujours compliqué de retenir ses larmes sur le somptueux et cathartique « Misses »), composé quelques mois après la disparition du batteur Denis Wielemans (le frère d’Antoine, l’un des deux chanteurs du groupe).

Relativement statiques sur scène malgré le grossissement des accords et les efforts d’Antoine Wielmenas, les porte-étendards de la scène pop rock belge n’éveilleront pas outre mesure. Certains les trouveront apaisés. D’autres penseront qu’ils le sont un peu trop. Qu’importe : les mécontents auront toujours la possibilité de se diriger vers la Scène Circus afin de contenter leurs humeurs bourrines, et y profiteront du live dynamique et complètement coké des Sarah W. Papsun, ingénieux créateurs français d’un électro rock prêt à tout dégommer sur son passage.

À six sur scène, les SWP trouvent une brèche entre Foals, Two Door Cinema Club et Goose, et y entrent à grands coups de synthés et de guitares acharnées : pas de dentelle sous les dessous de Sarah, mais plutôt de la sueur, des sauts, beaucoup de don de soi, et un hymne déjà célébré que d’aucuns reprendront très franchement (« Lucky Like Stars »). L’un des concerts les plus déchaînés de ces trois journées de festival.

Du côté de la Green Room Session, le Rémois Yuksek néglige pour sa part l’invocation des orages, y préférant celle du large Soleil, et livre devant une foule tassée un live crème solaire aux accentuations colorées et électro house.  « On A Train », « Off The Wall » : tout ça se reconnaît de bien loin, tant les manifestations musicales du créateur du label Partyfine sont emplies d’une réelle personnalité, de la même manière que se reconnaîtront celles, plus synthétiques et groovy, délivrées quelques instants plus tard par les très attendus Metronomy. « I’m Aquarius » résonne, et la foule tout entière se retrouve au-devant de la scène Paris.

Metronomy bien sages, Woodkid magistral

Affublés de leur désormais traditionnels costard blancs avec chemises et cravates sombres (et une robe blanche pour la batteuse / chanteuse Anna Prior), la bande de Joseph Mount livrera alors une set-list consensuelle, étirée entre les titres issus de Nights Out (« Heartbreaker », « Radio Latio »), de The English Riviera (« The Bay », « Corinne »), et surtout, forcément du dernier album Love Letters (le single éponyme, « Monstrous »). Le public fredonne, jongle entre les flaques d’eau afin de se frayer un chemin à travers la foule, bourdonne ses jambes et sa nuque avec de jolis sourires collés au visage. À défaut d’être des dingos de la scène, les concerts de Metronomy sonnent toujours idéalement juste, mise à part peut-être lorsqu’il s’agit d’utiliser la voix d’Anna Prior au micro…

Certains, un brin exigeants, râleront devant la sobriété trop conséquente des gentils Britanniques. Ceux-là trouveront sans doute leur bonheur, lorsque quelques minutes plus tard, sur le devant de la scène Bagatelle, s’exporteront les premières sonorités pop et baroque de Yoann Lemoine, que chacun connaît désormais sous le nom de Woodkid, et qui n’a pas franchement pris l’habitude de se déplacer seul ni de bercer dans la trop grande discrétion. Autour de l’homme à la barbe, à la casquette, et aux multiples tatouages, se dresse en effet un véritable orchestre symphonico-numériques (alto, violons, violoncelles, batterie, piano, clavier, trompette, machines…), destiné à porter sur la scène les morceaux du sublime et singulier premier album du réalisateur devenu artiste chanteur. Silence. Et fracas.

Le show est épique, grandiloquent grandiose, et cumule les instants de grâce vocale et symphonique (« The Golden Age », « I Love You ») et les instants héroïques (« Ghost Lights », « Stabat Mater ») dont on ne sait plus très bien s’il faut les ranger dans la catégorie « pop de cathédrale » ou incitation manifeste aux espoirs les plus emphatiques. Par le biais du chant cafardeux et lyrique de son atypique géniteur, on crève, et on renaît dans l’instant. Certains chialeront d’ailleurs sûrement devant la déclinaison d’une pop aussi cathartique, mais personne ne les verra. Car les jeux de lumière rivalisent de puissances aveuglantes, car les vidéos projetées engagent au sein d’une nature parfois déchaînée, parfois apaisée, car le son de Woodkid hypnotise jusqu’à en perdre toute conscience de temps et de saison. Hier avec Gesaffelstein, aujourd’hui avec Lemoine : Bagatelle paraît bel et bien être la scène des ambitions déraisonnées.

Il y aura les tubes immenses (« Iron », « Run Boy Run »), et aussi, une nouveauté, que l’on nommera « Volcano » et qui, justement, délivre une pop volcanique où le dubstep baroque rencontre la SF d’espaces élargis. L’association vidéo / son / lumière atteint ici son apogée, et engage le Solidays dans une révolution robotique symbolisée par la mutation violente d’un robot aux allures belliqueuses. Woodkid vient d’inventer la transe post-apocalyptique, et on engage une danse frénétique et décérébrée à sa gloire.

Après une telle démonstration, il sera alors bien difficile de demeurer dans les environs, et devant les miaulements pseudo punk mais quand même sympas de Matt Bastard et de Skip The Use, jamais avares de refrains racoleurs et de dynamisme contagieux. On ne discernera pas les « People In The Shadow », car il y a aura encore trop de monde. On saluera toutefois comme il se doit le dernier concert d’un Solidays 2014 marqué par des shows de très hautes volées (celui de James Vincent McMorrow, de M, de Talisco, de Gesaffelstein, de Sarah W Papsun, de Woodkid) et par des bénéfices globaux de 2 millions d’euros, qui contribueront à lutter encore et toujours contre les effets et la prévention de la maladie SIDA.

Parce qu’il y aura toujours des malades, des gens à ne pas rendre malades, et des instants musicaux pour poursuivre la lutte, on se donne donc rendez-vous l’année prochaine. D’ici là, « demeurons solidaires », comme le dit le large sourire de Nelson Mandela qui illustrait les différents parvis de cette 16e édition du Solidays

Visuels : © Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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