Musique
[Live report] Rock en Seine, 2ème journée

[Live report] Rock en Seine, 2ème journée

25 août 2013 | PAR Bastien Stisi

Rock-en-Seine-2013Deuxième journée hier pour la 11e édition de Rock en Seine, une seconde séance marquée par la performance clinquante et déroutante des versaillais de Phoenix, venus en voisins saluer le public du festival le plus qualitatif de cette fin d’été 2013.

On avait quitté vendredi soir les parcelles de la Grande Scène du festival en subissant les assauts technoïdes répétés du dj et producteur berlinois Paul Kalkbrenner, venu déverser la dextérité de sa techno émérite entre les tympans des nombreux festivaliers franciliens. On la retrouve ce samedi occupée par le songwritter dandy Eugene McGuinness, armé d’une guitare fracassante, de trois musiciens énergiques et d’un patronyme de whisky irlandais. Venu étaler quelques effluves de son dernier album Invitation to The Voyage, l’artiste paraît avoir emmené depuis sa contrée natale un ciel considérablement plus grisonnant que la veille, en même temps qu’une pop teintée de folk et libérée par des guitares considérablement accentuées pour couvrir l’espace de la Grande Scène qui se présente devant lui.

https://soundcloud.com/dominorecordco/eugene-mcguinness-lion-1

Rugissements de plaisir avec l’interprétation terminale et énergique du sauvage « Lion », le tube central de l’irlandais, et direction la scène de la Cascade où les garçons et la fille de La Femme et leurs looks rétros de gredins des beaux quartiers sont sur le point de livrer au public les compositions de leur premier et singulier album Psycho Tropical Berlin. Interprétation des principaux titres du groupe (l’adultère « Nous étions deux », l’androgyne « Si j’étais », le vénéneux « La Femme »…), recherche de sensations surf pop, rock, cold-wave et yéyé, et titillement du point G de la foule lorsque le bassiste du groupe, venu illustrer les paroles du tube « Sur La Planche », s’arme d’une planche et vient déferler sur la vague métaphorique et concrète formée par le public. Pour une nouvelle dose de plaisir, rendez-vous est donné par le groupe au Trianon, le 14 novembre prochain.

https://soundcloud.com/lafemmeressort/la-femme-1

Toujours pas de taxi dans les faveurs de La Femme (« Anti Taxi »), pas plus que dans l’espace du Domaine National de Saint-Cloud : c’est donc à pied que l’on est contraint de revenir du côté de la Grande Scène, afin d’y contempler une foule nombreuse regroupée autour des cheminements vocaux des américains de Black Rebel Motorcycle Club (appelons-les les BRMC…), venus balancer avec assurance et hauteur les composantes de leur septième album studio Specter at the Feast. Parfois rocailleux, parfois insoumis, souvent performant, le show des BRMC, lorsqu’il n’est pas marqué par des arrangements brutaux et obscurcis, sombre malheureusement dans une tendance au pathos rock répétitif qui égarera bientôt notre esprit dans de lointains ailleurs.

https://soundcloud.com/inrockitrust/black-rebel-motorcycle-club-let-the-day-begin

Les jambes, elles aussi, s’éloigneront alors, et atterriront à proximité du reggae métissé et empreint d’une évidente verve rock de Patrice, ultra popularisé il y a quelques années par l’intermédiaire du titre follement soul et addictif « Soulstrom ». Les bras se tendent haut dans le ciel, la foule se compacte, le sol tremble sous les sauts répétés et bruyants d’un public manifestement conquis par la bonne humeur communicative du reggaeman contemporain.

Alors que les américains de Nine Inch Nails, porte-étendards d’un rock industriel et alourdi, font résonner les fureurs de leurs guitares et le timbre assaillant du leader Trent Reznor sur les largeurs de la Grande Scène, le dj français Vitalic regroupe de l’autre côté du domaine, sur la scène de l’Industrie, les amateurs d’une électro tout-terrain alternativement goinfrée de techno, de disco, de rock et de house, bien aidée dans sa démarche de destruction sonore massive par le jeu de lumière niché, agressif et érudit du collectif 1024 Architecture. Le temps de nous déglinguer correctement le cerveau et d’immoler nos tympans sous les fracassements numériques du dj dijonais (« No More Sleep », « Benelux », « No Fun »…), nous voilà une dernière fois de retour du côté de la Grande Scène, où la très grande majorité du public (du moins ceux qui n’auraient pas décidé de se laisser conquérir par le spoken word 2.0 de Fauve, programmés à 23h30 sur la scène Pression Live) se presse pour ne pas louper l’arrivée des versaillais des dandys électro rock de Phoenix, venus vanter les mérites de leur dernier et scintillant opus Bankrupt!

https://soundcloud.com/ehz/vitalic-terminator-benelux

Dire que Phoenix était attendu comme la tête d’affiche absolue de cette 11e édition de Rock en Seine (ouh les cris stridents des groupies féminines !) est un doux euphémisme dont on pourra constater la véracité à la seule vue des moyens mis en place pour ornementer la performance et la prestation scénique des élégants auteurs du brillant Wolfgang Amadeus Phoenix : filmage en direct et en coulisses de l’arrivée de Thomas Mars et consorts, sonorités vivaldiennes balancées avant l’interprétation de l’immensément tubesque « Entertainment », illustrations vidéos dans le fond alternant formes psychés et paysages parisiens, versaillais, romains et bucoliques, et même quelques confettis en forme de billets de la Banque de France (de zéro euro, et signés Phoenix !) éjectés dans les cieux sous un tonnerre de guitares et d’arpèges ! Véritables rock stars de la scène électro pop rock française, les versaillais enfilent comme des perles (parlons plutôt de diamants bruts) et durant plus d’une heure les orfèvreries les plus populaires de leur discographie (« Armistice », « Rome », « Lisztomania », « Run Run Run », « Too Young »…) et livrent un show scintillant, emphatique et  hyper calibré, ponctué par un slam gigantesque (et interminable) de Thomas Mars dans la foule sur une dernière interprétation à rallonge de « Entertainment ». Malgré un moment de flottement (de malaise ?) lors du retour sur scène du leader et chanteur du groupe après son odyssée au sein de la fosse et le départ presque précipité des versaillais de la scène, le déroutant final en queue de poisson des versaillais ne parviendra pas à ternir une prestation de très haute volée, point culminent incontestable de ces deux journées de festival qu’il conviendra de clôturer ce dimanche (et sous la pluie…) de la plus probante des manières…

https://soundcloud.com/phoenix/entertainment

Visuel : affiche du festival

David Messager, Article 122-1, le trouble psychique devant la loi
Gagnez 5×2 places pour le film « Magic Magic » (sortie le 28 août)
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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