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[Chronique] « Bankrupt! » de Phoenix : chevauchée d’électro rock efficace à la trajectoire attendue

[Chronique] « Bankrupt! » de Phoenix : chevauchée d’électro rock efficace à la trajectoire attendue

24 avril 2013 | PAR Bastien Stisi

[rating=3]

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Quatre ans après le succès pontifiant du phénoménal Wolfgang Amadeus Phoenix, le quatuor versaillais le plus célèbre de la dernière décennie faisait paraître ce lundi un cinquième album studio annoncé depuis de nombreuses semaines comme l’événement électro rock central du printemps hexagonal. Dans cet océan de pop gonflée et emphatique, générateur de quarante minutes de tubes FM potentiels, les uns se baigneront avec jovialité réconfortante et allégresse convaincue, lorsque les autres demeureront sur la berge, quelque peu fâchés devant le manque de renouvellement d’un opus d’une efficacité redoutable mais au timbre sacrément attendu. 

« L’absence augmente toujours l’amour qui n’est pas satisfait ». C’est donc après quatre longues années d’un mutisme musical insupportable et en se souvenant des résonnances de cette maxime voltairienne que nous avons enfin retrouvé les Phoenix, le sourire aux lèvres, l’esprit aux aguets, le corps suspendu aux claviers baroques et scintillants de Deck D’Arcy, aux riffs de guitare clairs et accentués de Laurent Brancowitz à à la voix doublée et singulière de Thomas Mars, à la cohérence musicale des brillants et très attendus auteurs de Wolfgang Amadeus Phoenix.

Que les fans de la première heure se rassurent : les plages de ce cinquième opus ont beau se maquiller assidument de sonorités nouvellement asiatiques, comme l’avaient déjà laissé envisager les curieuses notes du premier extrait « Entertainment », cette nouvelle escapade pop proposée par le groupe est bien trop proche des albums antécédents pour pouvoir perde quiconque en route. Sous l’égide du mixage expert et très électronique de l’omnipotent Philippe Zdar, la moitié la plus vivace de Cassius (comme sur les deux derniers albums), les synthétiseurs se décuplent, les guitares s’accrochent, Thomas Mars étale son timbre vocal et allongé sur une dizaine de morceaux aux mélodies toujours impeccablement travaillées, toujours redoutables de dynamisme et d’énergie, toujours pourvue d’une marque de fabrique impeccablement établie.

Si l’Asie continue de coller aux basques de « The Real Thing » et de ses lévitations mélodiques, les versaillais finissent par se détacher de cette influence sur le morceau suivant, atterris dans des contrées et dans une musicalité plus familière par le biais de « S.O.S. in Bel Air » et de son évocation du XIIe arrondissement. Arpèges accumulés et pointillisme spatial (« Trying to be cool »), électro rock convaincu et affirmé (« Drakkar Noir », « Don’t »), mélodies pop saccadées et synthétisées (« Chloroform »), Bankrupt! enfile les tubes en puissance et les gimmick résolument pop pleines de ces références aux années les plus tumultueuses du disco rock et du début des années 1980.

Dans cette accumulation d’effets électroniques et d’instrumentations chevauchées qui raviront les uns en même temps qu’ils lasseront sensiblement les autres, quelques pépites savamment confectionnées, à l’image du rock épique de « Bourgeois », mot que les Phoenix prononcent comme des anglais qui s’appliqueraient a bien parler français, et surtout de l’expérimental et complexifié « Bankrupt! » et de son essor temporisant et nuancé, un morceau qui nous rappelle que si Phoenix avait vécu au temps de Marie-Antoinette, comme l’avait fantasmé Sofia Coppola, c’est sans doute eux qui auraient été aux platines et sur scène à Versailles.

Il sera malaisé de le contredire : malgré les déclarations en amont de Thomas Mars et de sa bande, Bankrupt! ne permet pas au groupe de se renouveler autant qu’on aurait pu le croire et l’espérer.  Sur cette nouvelle production, Phoenix se baigne dans l’eau d’un bain rempli par ses propres soins depuis les premiers gémissements du groupe, il y a treize années de cela. Phoenix fait du Phoenix, mais le fait diablement bien. De cela, on n’est pas obligé de se plaindre…

Visuel © : pochette de Bankrupt ! de Phoenix

 

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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