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[Live report] Vitalic au Zénith : orgie transcendante, technoïde et délicieuse

[Live report] Vitalic au Zénith : orgie transcendante, technoïde et délicieuse

24 février 2013 | PAR Bastien Stisi

Parrain technoïde de la scène french touch seconde génération, Vitalic présentait hier soir son nouveau live VTLZR ainsi que les morceaux de Rave Age, son troisième opus personnel sorti à l’automne dernier, à l’occasion d’une date au Zénith introduit magistralement par l’électro rock de Goose, et surtout par l’électro punk casse-cou des Sexy Sushi.

Une salle de 6 000 places chauffée à bloc, des spectateurs dispersés entre des tribunes pleines à craquer et une fosse littéralement bondée, l’ensemble des esprits tendus vers celui qui se prépare en coulisses à présenter son nouveau live, quatre ans après la sortie de son deuxième album Flashmob…Il en fallait visiblement plus pour impressionner et pour tétaniser les Goose, rockeurs électronisés et virevoltants originaires de Courtrai, invités par Vitalic lui-même pour effectuer la première des trois parties du concert. Électro rock héroïque et emphatique porté par une guitare et une batterie lourde, par des synthés percutants et par une ribambelle de titres accrocheurs (comme le très diffusé « Audience »), les Goose paraissent parfaitement à leur place sur la scène élargie du Zénith, définitivement calibrés pour les grands espaces et pour les sonorisations de ce genre. Une efficacité énorme pour une mise en bouche idéale.

Les Sexy Sushi et leur électro punk toujours aussi timbrés

Et puis, attente véritable pour les initiés ou curiosité perturbante pour les autres, voilà les Sexy Sushi lâchés sur scène, duo aliéné et électronique en permission accompagné d’une solide réputation scénique et d’une suite d’individus travestis et grossièrement déguisés. Lui (Mitch Silver), se défoule nerveusement sur son synthé, et tend parfois ses mains vers le ciel en guise d’accompagnement métronomique. Elle (Julia Lanoe, alias Rebeka Warrior), sexy et punkette, introduit la prestation du groupe avec le polémique « J’aime mon Pays », braille des sons inaudibles et sacrilèges, gesticule frénétiquement en manquant plusieurs fois de se vautrer sur le sol, siffle les (nombreuses) bières qui se présentent sous ses yeux, et se frotte contre celles qu’elle appelle « les choristes de Jean-Jacques Goldman », des filles qui dansent (qui bougent, plutôt) à ses côtés sur scène… Beats désuets et lancinants balancés par des synthés aux sonorités follement eighties, boîtes à rythmes tonitruantes, lyrics agressifs et drôlissimes, l’électro amorale et anormale des Sexy Sushi comble de bonheur la partie la plus turbulente du public du Zénith, dont certaines entités s’extraient parfois de la masse pour aller augmenter un peu plus encore le bordel général qui règne déjà sur scène…

La misanthropie mystique de « Toute la haine qui m’incarne », l’électro loufoque et frondeuse de « Princesse Voiture », les synthés langoureux et appliqués de « Sex Appeal » (dont les paroles sont largement reprises par le public), une partie de la discographie des Sexy Sushi défile dans les travées enflammées du Zénith, performance tarée ponctuée par le titre « Petit Pd », sur lequel deux étalons masculins hyper bodybuildés montent sur une estrade, en haut de laquelle ils se trémoussent en s’embrassant goulument…En partant, après avoir mélangé sa salive avec les garçons en question et après avoir eu soin de balancer un pied de micro dans la foule, Julia Lanoe annoncera fièrement qu’elle et son groupe : « s’appellent les C2C »…

Vitalic : une orgie technoïde ininterrompue

La tornade Sexy Sushi, contrairement à ce que certains pensent alors, n’est en réalité pas tout à fait terminée. Après une longue attente et après l’ouverture salvatrice et acclamée du show Vitalic par l’intermédiaire du son brutal, techno et anxiogène de « Vigipirate » et de son jeu de lumière époustouflant, Julia Lanoe se projette à nouveau sur scène, armée d’une faux mortuaire et d’une rage portée à son paroxysme, et accompagne vocalement le décapant « la Mort sur le Dancefloor ». Le Zénith, déjà, si durement et délicieusement agressé, ne dispose plus d’aucun moyen pour se défendre, et est contraint de céder à la frénésie orgiaque. Lorsque résonnent les premiers sons du destructeur « Terminator Benelux » ou du déjanté « No Fun », le contraste entre la foule transcendée et un Pascal Arbez (le véritable nom de Vitalic) impassible, imperturbable et isolé sur une petite estrade avec pour seule compagnie sa panoplie de DJ émérite et des néons formant le « V » lumineux de son patronyme, est alors tout à fait saisissant.

Les morceaux de Rave Age, terriblement calibrés pour la folie et la férocité des dancefloors, s’installent dans l’immensité du Zénith, poussés par l’énergie de « Stamina », par la techno aux effluves disco de « Rave Kids Go », par les vibrations tuméfiées de « Next I’m Ready » et par la transe normée, sauvage et phénoménale de « No More Sleep ». Les tympans explosent alors, les silhouettes ondulent et se déchaînent, les enceintes collaborent avec des néons et des stroboscopes qui ne cessent de se balader et d’assaillir une foule fusionnée et plus compressée que jamais. Folie furieuse dans la fosse, mais également dans les tribunes, où il est impossible de trouver le moindre être vivant assis sur son siège dans une salle résolument possédée par un tropisme électronique qui le tourne irrémédiablement vers le crâne sans chevelure de Vitalic et par ces écrans et ces spots qui laissent défiler derrière l’artiste l’illustration visuelle des morceaux défilants, performance cinétique magistralement mise en scène par le collectif 1024 Architecture.

Si l’on peut regretter l’apparition de productions quelque peu aseptisées et tournées vers une électro-house fade et amère comme « Lucky Star » ou « Under Your Sun » en seconde partie de concert, l’ambiance et l’impression globale n’en souffriront pas, performance hybride et survoltée dans laquelle viendra s’introduire une version plus légère du « Sabali » d’Amadou & Mariam, et qui sera ponctuée par deux rappels fructueux et efficaces, et par une ovation grandiose à la hauteur du show proposé par celui qui demeure incontestablement l’un des plus grands performers de la scène électronique française.

On imaginait et soupçonnait les titres de Rave Age calibrés pour les foules et pour les dancefloors élargis. On en a eu hier soir une sublime et magistrale confirmation.

Visuel © : pochette de Rave Age de Vitalic

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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