Cinema

[Critique] « The eternal road », splendide film historique

[Critique] « The eternal road », splendide film historique

04 décembre 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Par son sujet passionnant, et la justesse de sa reconstitution, ce drame finlandais s’impose comme une réussite. Une oeuvre découverte à l’Arras Film Festival 2018 dans la section Compétition Européenne, récompensée par le Prix du Public, et projetée à Paris au cinéma Christine 21 le 4 décembre.

[rating=5]

The eternal road est un film qui suit l’histoire de Jussi Ketola, finlandais accusé d’être communiste par l’extrême-droite de son pays, réfugié malgré lui en U.R.S.S. , et forcé d’aller espionner la communauté d’Américains pauvres de la ferme d’Hopea, composée d’immigrés venus vivre pleinement l’idéal communiste.

Situé dans les années 30, ce récit tire son origine de faits réels, peu connus par les spectateurs de cinéma. L’histoire de cette communauté reste le premier intérêt de The eternal road : peu montrés dans les films auparavant, les immigrés américains arrivés dans le monde soviétique connurent pourtant un destin inexorable et terrible, avant même la Guerre Froide des années 50, du fait de la paranoïa des dirigeants de l’U.R.S.S. et des principes dictatoriaux progressivement mis en place.

Finesse de la reconstitution

Le film – projeté à Paris au cinéma Christine 21 le 4 décembre dans le cadre de la reprise des films primés à l’Arras Film Festival 2018 (en partenariat avec French Mania) – donne à suivre ces faits sans nul mélodrame : sec dans les scènes où la menace sourd, il n’apparaît pas pesant lors des passages heureux. Sa reconstitution d’époque semble exacte et crédible, et pensée à hauteur d’homme en même temps : pas démonstratives, les scènes heureuses s’attachent à montrer avec des détails très précis les pratiques et traditions du temps décrit, à savoir les danses, la construction des bâtiments agricoles dans le cadre rural russe…

Et lorsque les hommes du gouvernement viennent rôder autour de la ferme, où lorsque le héros les visite en ville, les teintes de l’image se font discrètement plus ombrageuses, et le danger se manifeste grâce à des scènes de dialogue tendues, pas précipitées, qui savent rester dans la sobriété. Même lorsque l’Histoire a raison de ces immigrés menacés, pris pour des espions, les partis-prix restent sobres. Les joies de ce temps, malgré la pauvreté, et les angoisses de l’époque décrite, parviennent parfaitement au spectateur : la solidarité apparaît à l’écran le temps d’une scène de fête, et tout à coup, des phares sur la route de campagne qui mène à la ferme annoncent l’horreur.

Film historique très maîtrisé, et très juste – on le remercie, aussi, de respecter les langues parlées en fonction des lieux décrits – The eternal road donne à suivre également d’excellents acteurs : Tommi Korpela (Les Lumières du faubourg, L’Autre Côté de l’espoir), terrien, sensible, et totalement habité dans le rôle central, Hannu-Pekka Björkman (L’Autre Côté de l’espoir, également), massif et menaçant dans la peau de l’interlocuteur russe du héros, où encore Sidse Babett Knudsen (la série Borgen, L’Hermine, La Fille de Brest) en Américaine immigrée, pleine d’espoir mais réaliste. On espère qu’une sortie officielle dans les salles françaises permettra au film et à son réalisateur, Antti-Jussi Annila, d’être révélés.

The eternal road est projeté à Paris au cinéma Christine 21 le 4 décembre.

Les autres dates de projection dans les salles partenaires en région, dans le cadre de l’Arras Film Festival Off : https://bit.ly/2Sz2kOn

Visuel : The eternal road © détail affiche étrangère

Odysseus, Ulysse revient.. en clown à l’Essaion
[Critique] « Jumpman », drame sobre aux thèmes vastes
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *